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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 15:08

Pour son premier film, Terrence Malick pose déjà les bases de son cinéma, et impose un duo de personnages totalement atypique.
Au fur et à mesure des créations de Malick, une tendance notable se fait sentir: le cinéaste américain se débarasse de plus en plus des conventions narratives pour ne formuler que des impressions, des sensations, en s'appuyant sur une mise en scène toujours plus panthéiste. En cela, La balade sauvage, son premier film, contient encore une narration classique et s'affirme comme le récit le plus structuré de son auteur. Ici, la nature occupe déjà une place prépondérante, et nourrit les réflexions du cinéaste, mais le film se singularise par ses deux personnages principaux. Malick filme leur cavale à la façon d'une balade désincarnée: unis par un amour beaucoup plus fort qu'il n'y paraît, Kit et Holly éliminent tous les obstacles qui se dressent sur le chemin, avec une indifférence qui fait froid dans le dos. Martin Sheen confère à Kit cette nonchalance et cette désinvolture d'un homme totalement dérangé, qui, pour préserver son amour pour Holly, n'hésite pas à assassiner des gens de sang-froid. Quant à Sissy Spacek, elle prête ses traits à Holly, cette jeune fille lunatique, mystérieuse, qui ne connaît rien de la vie, et se croit toujours aussi innocente malgré les meurtres auxquelles elles assistent passivement: son personnage fait d'ailleurs preuve d'une froideur inhumaine face à la mort de son père. Ce couple se crée un monde à lui, avec ses propres règles. Le contraste naît de la différence entre l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et ce qu'ils sont vraiment. A de multiples moments, Malick fait naître un décalage, un humour cynique, qui souligne la folie masquée du personnage de Kit: après avoir planqué le cadavre du père de Holly dans la cave, il remonte dans la cuisine avec un grille-pain, prétextant que cela pourrait être utile. C'est un exemple parmi tant d'autres qui fait comprendre au spectateur l'état d'esprit de Kit. Pour autant, le cinéaste refuse toute explication psychologique, ce qui est d'autant plus terrifiant: les personnages semblent dépossédés d'eux-mêmes, en totale absence d'empathie envers ceux qu'ils tuent. Seulement, en contre-point, Malick leur confère une certaine part illusoire d'innocence, une sorte d'humanité sensible qui rend ce couple attachant: en cela, La balade sauvage est un film particulièrement dérangeant. Le cocon d'irréalité qui les maintient dans un état d'esprit désincarné a beau être rompu par la trahison d'Holly (elle ne veut plus le suivre, pour la première fois il s'énerve), Kit continue à "jouer un rôle", même après son arrestation et la sentance prévisible de condamnation à mort. A de multiples reprises, le style naissant du cinéaste se fait sentir: si La balade sauvage fait moins dans la contemplation que ses films suivants, tous les ingrédients sont en germe ici. Le contraste entre une nature belle mais indifférente à la violence des hommes est déjà exploité ici: elle apaise, elle donne un sentiment de refuge aux personnages, loin du monde, loin des hommes.

Si les pistes de réflexion sont plus abouties, La balade sauvage n'atteint pas le choc visuel des Moissons du ciel, le deuxième film du cinéaste. Néanmoins, le premier film de Terrence Malick regorge d'ambiguités et de trouvailles d'une maîtrise rare. Injustement boudé à sa sortie, il mérite d'être redécouvert.

8/10



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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 17:42

Point Limite Zéro, en digne rejeton d'Easy Rider, participe à cette mouvance qui dresse un état des lieux de l'Amérique et de son rapport à la contre-culture dans les années 60-70.
Richard C. Sarafian, au moyen d'une réalisation énergique, montre toute l'étendue de sa maîtrise à filmer des scènes de courses-poursuites ininterrompues. Le récit, minimaliste, conte le parcours d'un homme libre et attachant, qui, une fois le point de non-retour dépassé, ira jusqu'au bout de son acte pour préserver l'essence de son être. Au départ, le personnage ne commet aucun délit: c'est pour répondre à un pari que celui-ci se met à parcourir les Etats-Unis avec son bolide vrombissant, la Dodge Challenger (commentée et réutilisée en hommage dans le Boulevard de la mort, de Tarantino), à des vitesses non autorisées. A ce titre, Point Limite Zéro constitue la quintessence du road-movie: Kowalski vit pour cet adrénaline de la vitesse, cette jouissance de la conduite. Les nombreux personnages qu'il croise sur sa route sont autant de facette de l'Amérique marginalisée de l'époque: des hippies, un animateur radio idéaliste, une secte religieuse,.... Le personnage principal, Kowalski, qui donne d'ailleurs au film son staut d'oeuvre culte, est un être charismatique, symbole d'une opposition à l'autorité établie et d'une génération éprise de liberté, mais aussi un homme éminemment nostalgique (on le voit à travers une poignée de flash-backs plus ou moins réussis, le plus raté étant ce souvenir d'un moment passé avec sa petite amie sur une plage, filmé d'une façon tellement kitsch qu'il en devient grotesque). La fin, pied de nez ultime à la l'autorité (plutôt que de se faire arrêter, Kowalski crie son statut d'homme libre jusqu'à son dernier souffle), noble conclusion à un parcours hors normes (c'est la cause qui a motivé sa vie qui motive désormais sa mort: la conduite de véhicules - à l'instar de sa petite amie nageuse qui a fini noyé), scelle définitivement le destin aux allures de légende de Kowalski.

Plus jouissif qu'Easy Rider, Point Limite Zéro est le road-movie par excellence, qui porte son statut d'oeuvre culte du début jusqu'à la fin, mémorable.

8/10



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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:29

Le véritable intérêt de ce Blue Valentine ne vaut pas pour son sujet, mais pour la manière dont le cinéaste le traite, pas pour ses personnages, mais par la manière dont les deux acteurs principaux leur donne vie.
Derek Cianfrance, le réalisateur du film, aborde un sujet ultra-classique, mais parvient à rendre Blue Valentine à part pour plusieurs raisons. D'abord par sa direction d'acteurs: en effet, Ryan Gosling et Michelle Williams font preuve d'une complicité et d'un naturel confondants, leur sensibilité de jeu se révèle fusionnelle à tel point que s'en est presque dérangeant. Ensuite, la mise en scène, qui souffre néanmoins de certains défauts (quelques "tics" propre au cinéma indépendant), adopte toujours la bonne distance, pose un regard à la fois compréhensif et sincère sur ses personnages principaux. Dans Blue Valentine, ce qui se démarque vis-à-vis de la plupart des autres films sur la destruction d'un couple, c'est que la perte d'amour se fait progressivement, et que le moteur de la destruction est interne: en effet, ici, il n'est jamais question d'infidélité, ou d'un quelconque poids social, les blessures naissent du silence de l'autre, d'une phrase maladroite glissée au détour d'une prise de parole, ou d'un regard qui se vide et qui fuit l'autre. Blue Valentine n'est rien d'autre qu'un film sur l'érosion de l'amour par le temps qui passe. Le cinéaste, très intelligemment, parvient à équilibrer les torts des deux personnages, il s'est attaché au fait que le spectateur ne ressente pas plus d'empathie pour l'un ou pour l'autre, mais pour les deux. Du coup, l'analyse de couple est très intéressante, très juste, très parlante pour le spectateur. Le récit est monté de façon particulière, où des situations passées et présentes se répondent en écho, pour souligner d'autant plus l'évolution du couple et des liens qui les lie.

Avec Blue Valentine, Derek Cianfrance filme une flamme d'amour qui s'éteint entre deux êtres, avec une authenticité assez troublante, d'où un film, malgré ses maladresses, particulièrement attachant.

7/10



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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 18:28

Avec La dernière piste, la cinéaste Kelly Reichardt pose un regard neuf sur un genre qu'on croyait usé jusqu'à la corde, le western, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, par son angle d'approche inédit: en effet, ce pseudo-western est raconté du point de vue des femmes, habituellement rabaissées aux seconds plans. Le spectateur suit leur attente face aux décisions des hommes, puis leur évolution au sein de ce groupe, leur volonté d'imposer leurs opinions. Ensuite par sa mise en scène: le ton adopté est volontairement sec, l'approche est quasiment naturaliste, le spectateur est amené à ressentir physiquement l'abattement de ces hommes et ces femmes perdus au milieu d'un environnement particulièrement aride et désespérant. La réalisation est minimaliste, épurée à l'extrême. Enfin, par son récit débarrassé de toutes fioritures: La dernière piste conte l'errance de personnages dans un milieu hostile, livrés à eux-mêmes et guidés par l'instinct de survie: en cela, La dernière piste fait écho au récent Essential Killing, à la différence près qu'ici, point de flash-backs envahissants et inutiles, seul le présent des personnages importent. La cinéaste veut capter ces instants d'attente qui s'étirent, cet espoir qui s'étiole ou renaît, ce quotidien d'errance des personnages: ainsi, on ne sait quasiment rien de leur passé (seul quelques éléments infimes sont livrés au détour de quelques phrases), et surtout des motivations qui les ont poussé à traverser ce désert, avant de se perdre. Reichardt se concentre essentiellement sur les relations ambigües qu'entretiennent les personnages, sur ce qu'ils laissent paraître et dissimulent, en analysant les rapports de forces, les silences et les individualités qui se manifestent au détour de petites phrases a priori anodines. L'incertitude est la base du récit (à qui faire confiance? où l'indien les mène-t'il? que pense-t'il? vont-ils tous mourir?), et la fin en constitue à cet égard l'apogée.

Avec La dernière piste, Kelly Reichardt impose une vision très naturaliste du mythe américain, et illustre de façon concise un récit très intéressant qui amène à s'interroger sur les notions de dilemme, de confiance et d'espoir. La fin, si elle en décevra plus d'un, est en fait magistrale du fait, d'une part, qu'elle constitue la seule issue valable à ce récit constamment porté par l'incertitude, et d'autre part, qu'elle laisse le soin au spectateur d'interpréter l'avenir des personnages à sa guise.

8/10



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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 17:50

Avec New-York 1997, John Carpenter opère un mariage réussi entre plusieurs genres, et impose une figure de cinéma: Snake Plissken, génialement interprété par Kurt Russell.
Dès les premières images, Carpenter plonge le spectateur dans un univers délétère, une ambiance sombre. Avec ses plans nocturnes d'un New-York fantomatique transformé en prison d'état, et sa description d'une organisation policière déshumanisée, le cinéaste américain impose d'emblée son film comme une oeuvre d'anticipation: sa vision d'une Amérique ultra-sécuritaire qui délaisse les marginaux et s'appuie sur une institution policière répressive est sans concessions. Et c'est d'autant plus remarquable que tout est finalement vraiment crédible. Par la suite, le film emprunte davantage aux codes du film d'action, en accentuant la tension par un resserrement du cadre dans lequel se déroule l'histoire: l'espace (la prison) et le temps (le personnage principal a 24h pour retrouver le président, sinon il mourra) sont en effet limités. S'appuyant sur une musique délicieusement eighties, Carpenter filme un New-York à l'état de ruines et impose une atmosphère de déchéance et de chaos qui, à elle seule, vaut la vision du film. Mais que serait New-York 1997 sans son héros ultra-charismatique, auquel le génial Kurt Russell prête ses traits? En effet, il est le moteur du film, celui qui a l'avenir des Etats-Unis entre ses mains. C'est un homme qui a vécu, une légende (dans la prison, tout le monde connaît son nom, et tout le monde le croyait mort), qui exècre les gouvernants et se retrouve piégé, dans l'obligation d'accomplir une mission dont il n'a rien à faire: sauver le président des Etats-Unis. A cet égard, la fin est proprement jubilatoire, et inscrit définitivement Snake Plissken au rang de personnage culte du cinéma.

Au final, est un film qui a, certes, un peu vieillit par certains aspects, mais demeure intemporel par d'autres (la portée politique, le charisme du personnage principal).

7/10



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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 17:33


Après Fame ou encore Pink Floyd-The Wall, Alan Parker renouvelle son attirance pour la musique avec The Commitments.
Au son d'une musique particulièrement entraînante, Parker tisse un film simple mais profondément humain. Mené par une troupe d'acteurs pleine d'énergie, The Commitments est un film vivifiant, bourré d'humour et d'envie. Parker s'intéresse à l'art comme remède à la misère sociale, avec cette histoire de jeunes adultes irlandais qui décident de former un groupe de musique. Le récit, rythmé par une voix-off utilisée à bon escient, définit d'emblée de façon claire les différents membres du groupe: chacun possède une part d'humanité et de décalage nécessaires pour que le spectateur s'attache facilement à eux. Si, à la fin, le groupe ne survivra pas aux conflits individuels, l'unité momentanée créée par la musique, par l'acclamation de la foule sur scène, aura permis à chacun d'entre eux de rêver à de nouveaux horizons pendant un moment, pour prendre à l'issue de la séparation du groupe un nouveau départ, ou non. On ne peut s'empêcher d'éprouver un petit pincement au coeur en apprenant que les acteurs à l'écran, remarquables, n'ont pour la plupart plus jamais rejoué au cinéma.

Alan Parker réussit avec The Commitments une comédie sociale d'une générosité comme on en fait plus: d'un bout à l'autre, le film fait preuve d'une sincérité qui émeut et fait plaisir à voir.

8/10


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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 16:16

Au début des années 2000, Gladiator eut un succès retentissant, en proposant une relecture moderne d'un genre oublié depuis des décennies: le péplum. Quelques années plus tard, Alejandro Amenabar s'y intéresse également, mais avec au final un résultat beaucou moins remarqué. En effet, son nouveau-né, Agora, est complètement passé inaperçu lors de sa sortie en salles.
Comment préserver la somme des connaissances humaines quand la marche de l'Histoire en a décidé autrement? Voilà l'une des questions centrales de ce film. Agora encourage la puissance de la raison, de la curiosité, de la remise en question constante de nos certitudes, et de la détermination à toute épreuve, au péril même de sa vie, pour défendre ses opinions contre l'avis général. Amenabar s'intéresse à une période peu flatteuse de notre culture occidentale: l'émergence de la religion catholique dans la fureur et le sang. On peut regretter qu'Amenabar, en athé convaincu, ne nuance jamais son propos, et manque ainsi de subtilité. Il n'empêche que la puissance de conviction du cinéaste nous emporte, surtout qu'elle se base sur des faits, certes romancés, mais bien connus. En pointant du doigt une religion catholique née dans le violence la plus effroyable, Amenabar fait un parallèle avec les extrémistes religieux actuels du Moyen-Orient. La fin du film, bouleversante, impose un constat assez terrible: la marche de l'Histoire a détruit bien des trésors de l'humanité. Si, aujourd'hui, tous les questionnements et les découvertes du film peuvent paraître triviaux ou scolaires, il faut se replonger dans le contexte de l'époque pour savourer le développement d'une pensée, d'une démarche qui aboutit à la vérité.  Malgré quelques outrances (notamment ces très hasardeux plans de la Terre vus de l'univers avec, en fond sonore, des bruits de foules humaines en colère), Alejandro Amenabar réussit parfaitement à rendre compte d'une société en regression, d'un recul de l'intelligence humaine (notamment lors de la scène, saisissante, du pillage de la bibliothèque). Sa mise en scène est ample et lyrique, renforcée en cela par des décors soignés. Dans la peau d'une philosophe déterminée, Rachel Weisz est particulièrement convaincante.

 Pour sa mise en scène, pour la puissance de ses thèmes, Agora est un film à découvrir, un péplum plein de bruits et de fureur qui livre l'une des plus fortes dénonciations de l'obscurantisme religieux vues au cinéma.

7/10



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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 12:39

 Pathé Distribution

Dernier film de Roman Polanski, né dans des conditions plutôt exceptionnelles (avec l'affaire judiciaire concernant le cinéaste), The ghost writer apparaît dès le générique de fin comme un absolu du film de genre.
La mise en scène, à l'élégance racée, laisse apparaître, sous des airs faussement académiques, une maîtrise et des trouvailles visuelles qui prouvent l'envie de cinéma intacte de l'auteur du Pianiste. La gestion magistrale du cadrage, du rythme, et de l'ambiance en font une véritable leçon de mise en scène. Servi par un casting impeccable et des décors volontairement austères, le film baigne dans une ambiance étouffante, étrange, quasi-surnaturelle, alors que tout est parfaitement crédible. Dans The ghost writer, l'extraordinaire découle du crédible, l'étrangeté est une extension du réel. Elaboré avec un soin maniaque, le scénario, sur fond de paranoïa et de faux-semblants, se révèle retors mais d'une limpidité brillante, qui n'égare jamais le spectateur. Le mystère, la tension sous-jacente qui émanent du film viennent du fait qu'il met en scène des personnages tourmentés, qui manipulent et dissimulent, des personnages que l'on n'identifie jamais vraiment. Le personnage principal, naïf et inexpérimenté mais extraordinairement curieux, puis déterminé, fait ainsi office de contre-poids à la tendance générale: il est le passeur qui nous fait entrer dans l'histoire. C'est à lui que le spectateur s'identifie: ainsi, l'on vit de l'intérieur cette irruption dans un monde inconnu, régit par des codes terrifiants (manipulation, corruption, meurtre). Cet univers, c'est celui de la politique: Polanski nous livre une vision fascinante du pouvoir, de la médiatisation, en insistant sur le fossé entre ce que les hommes politiques laissent transparaître d'eux, et ce qu'ils sont vraiment. En accord avec cette vision globalement sombre, la conclusion du film apparaît d'un cynisme et d'un pessimisme rares. Dans un monde aussi noir et corrompu, rien ne sert de découvrir la vérité au péril de sa vie, mieux vaut survivre et rester dans l'ignorance, semble nous dire Polanski.

Hommage aux films d'Alfred Hitchcock autant que thriller aux résonnances politiques éminemment actuelles, The ghost writer est un grand moment de suspens, parcouru de fulgurances particulièrement tendues (notamment les dix dernières minutes, géniales).

8/10



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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:44


Voir La règle du jeu, c'est accéder aux sommets cinématographiques. Voir La règle du jeu, c'est assister à une œuvre tellement fondamentale qu'on se doit de l'étudier dans toutes les écoles de cinéma. Voilà ce que l'on veut nous faire croire, mais, en fait, voir La règle de jeu n'est rien d'autre que voir un film intéressant, mais sans génie, et donc incroyablement et inexplicablement surestimé.
La mise en scène de Jean Renoir est maîtrisée et limpide dans la seconde partie du film. Auparavant, il faudra accepter de s'ennuyer comme rarement au cinéma. Mais cela vaut la peine d'attendre, car La règle du jeu brasse des thématiques sociales avec une certaine finesse. Tableau ironique et féroce des convenances et de la futilité de l'aristocratie, La règle du jeu mélange habilement la légèreté du vaudeville à la gravité du drame humain. Renoir excelle à rendre compte d'un microcosme où se côtoient maîtres et serviteurs, et dépeint l'irruption du chaos par l'explosion des convenances et la perte de maîtrise des personnages avec un humour assez corrosif, dans la dernière partie. Film éminemment social, La règle du jeu s'orchestre autour d'un récit qui suit en parallèle les aristocrates et leurs serviteurs, pour finalement nous montrer ce qui les unit: ils remplissent leur vie des mêmes occupations futiles (tribulations amoureuses), et chacun d'eux est susceptible de céder à la colère, à la jalousie, en dépit des convenances. C'est dans ces plans où Renoir arrive à nous faire oublier les différences de statut social entre les différents protagonistes à l'écran, qu'il excelle. Le cynisme du cinéaste atteint son apogée à la fin, où tout reprend comme si de rien n'était après la mort de l'un des personnages.

En conclusion, La règle du jeu est une œuvre à la portée sociale intéressante, mais ni la mise en scène, ni le récit ne lui permettent d'accéder de près ou de loin au statut de chef-d'œuvre... 

7/10





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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:09


Si Le voyeur a posé des bases du film de serial killer, l'œuvre en elle-même a un peu vieilli. Cependant, si l'on se replace dans le contexte de l'époque, Le voyeur est un film impressionnant, car en avance sur son temps.
Le film de Michael Powell s'ouvre sur un plan remarquablement beau (une rue, la nuit), qui imprègne déjà le spectateur de cette ambiance poisseuse qui va subsister par la suite. L'auteur des Chaussons rouges prouve avec ce film son aisance à maîtriser des genres très différents: il distille la tension avec un sens de la mesure, et dirige parfaitement l'acteur principal, Karlheinz Böhm, convaincant dans la peau d'un être complexe et tourmenté. Portrait psychologique assez fin d'un homme rongé par ses traumatismes d'enfance, prisonnier de ses névroses, Le voyeur présente l'épisode crucial de sa vie, où celui-ci va tomber amoureux et se retrouver ainsi tiraillé entre ses pulsions et ses sentiments, entre la partie souillée et la partie innocente de son être. Le personnage est remarquablement écrit, pétri d'ambivalence: tour à tour terrifiant ou sensible, pervers ou infantile, déchaîné ou d'une timidité maladive, il provoque le malaise chez le spectateur dans la mesure où il lui fait ressentir une foule d'émotions contradictoires. Indirectement, mais de façon claire, le film pointe du doigt une science qui aliène les hommes, avec cette histoire d'un père spécialisé dans l'étude du mécanisme de la peur, et qui, en prenant son fils comme cobaye, l'a rendu fou. Si le film a quelque peu perdu en intérêt (visuellement un peu passé, construction dramatique prévisible), il n'en reste pas moins que le récit aborde des thématiques majeures, et s'est imposé comme une influence pour les générations suivantes œuvrant dans le film de genre.

Œuvre polémique à sa sortie, Le voyeur annonce le filmage en temps réel comme porte d'accès à la perversité et aux pulsions les plus primitives (la télé réalité, les snuff movies,...), et s'affirme comme une ingénieuse mise en abyme du cinéma, art voyeuriste par excellence. Un film important sur le fond, car avant-gardiste.

7/10




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  • Le Point Critique
  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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