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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:09


Si Le voyeur a posé des bases du film de serial killer, l'œuvre en elle-même a un peu vieilli. Cependant, si l'on se replace dans le contexte de l'époque, Le voyeur est un film impressionnant, car en avance sur son temps.
Le film de Michael Powell s'ouvre sur un plan remarquablement beau (une rue, la nuit), qui imprègne déjà le spectateur de cette ambiance poisseuse qui va subsister par la suite. L'auteur des Chaussons rouges prouve avec ce film son aisance à maîtriser des genres très différents: il distille la tension avec un sens de la mesure, et dirige parfaitement l'acteur principal, Karlheinz Böhm, convaincant dans la peau d'un être complexe et tourmenté. Portrait psychologique assez fin d'un homme rongé par ses traumatismes d'enfance, prisonnier de ses névroses, Le voyeur présente l'épisode crucial de sa vie, où celui-ci va tomber amoureux et se retrouver ainsi tiraillé entre ses pulsions et ses sentiments, entre la partie souillée et la partie innocente de son être. Le personnage est remarquablement écrit, pétri d'ambivalence: tour à tour terrifiant ou sensible, pervers ou infantile, déchaîné ou d'une timidité maladive, il provoque le malaise chez le spectateur dans la mesure où il lui fait ressentir une foule d'émotions contradictoires. Indirectement, mais de façon claire, le film pointe du doigt une science qui aliène les hommes, avec cette histoire d'un père spécialisé dans l'étude du mécanisme de la peur, et qui, en prenant son fils comme cobaye, l'a rendu fou. Si le film a quelque peu perdu en intérêt (visuellement un peu passé, construction dramatique prévisible), il n'en reste pas moins que le récit aborde des thématiques majeures, et s'est imposé comme une influence pour les générations suivantes œuvrant dans le film de genre.

Œuvre polémique à sa sortie, Le voyeur annonce le filmage en temps réel comme porte d'accès à la perversité et aux pulsions les plus primitives (la télé réalité, les snuff movies,...), et s'affirme comme une ingénieuse mise en abyme du cinéma, art voyeuriste par excellence. Un film important sur le fond, car avant-gardiste.

7/10




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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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