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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 10:41

http://spielbergonline.ru/wp-content/uploads/the-sugarland-express-1974/4ce19b500cb0d.jpg

Steven Spielberg réalisa ce film atypique, véritablement à part dans sa carrière, en 1974, à savoir entre deux des plus grand chef-d'oeuvres de sa carrière: Duel et Les dents de la mer.
Pour la seule et unique fois de sa longue filmographie, Spielberg s'intéresse au road-movie, genre par excellence du cinéma américain. A partir d'un fait divers d'une rubrique de journal, Spielberg tisse son récit, et l'inscrit dans une veine tragi-comique. Les deux personnages principaux qu'il met en scène sont encore des enfants, totalement immatures, comme déconnectés de la réalité: ils se mettent en tête de récupérer leur enfant, qui a été adopté. Ainsi, quand ils se retrouvent embrigadés dans une course-poursuite totalement disproportionnée (des centaines de voitures de police, venus des quatre coins des Etats-Unis, les prennent en chasse!), un décalage humoristique se crée, remarquablement illustré par une mise en scène il faut le dire assez habile (même si l'on a perdu l'intensité de Duel). Si son film semble radicalement différent de tous ceux qui suivront, Spielberg confronte déjà l'insouciance à la violence de la société, la douceur de l'imaginaire à la dureté de la réalité. Sugarland express est l'oeuvre d'un révolté, d'un homme qui n'hésite pas à pointer du doigt les disfonctionnements de l'autorité sociale. Tout du long, les policiers nous sont montrés de façon presque grotesque. Seul le chef semble conscient d'une issue fatale qu'il conviendrait d'éviter, mais, prisonnier d'un système, il devra faire le choix de trahir son humanité. La tonalité absurde du film s'en trouve renforcée lorsque le couple devient un véritable phénomène de société, que les gens les accueillent comme des célébrités. Goldie Hawn est extraordinaire de naturel, de légèreté, dans la peau d'une jeune femme sexy et totalement insouciante: c'est elle qui mène la danse de ce film attachant. Alors, oui, Sugarland express souffre sûrement d'un quart d'heure de trop, mais la façon extraordinairement décalé dont Spielberg filme une histoire tragique (sauf la fin, qui prend la forme d'un brusque retour à la réalité) démontre tout le potentiel du jeune homme.

Road-movie tragi-comique, Sugarland express fait partie de ce genre de films qui ne marque pas forcément une vie, mais dont l'on conserve tout de même quelques images: le visage de Goldie Hawn, déjà, mais aussi ces plans atypiques où l'on voit les fuyards poursuivis par une horde de voitures de police.

7/10

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 22:34

http://media.rtl2.fr/online/image/2011/1222/7741233637_les-crimes-de-snowtown.jpg

Dernier symbole du renouveau du cinéma venu des lointaines contrées australiennes, Les crimes de Snowtown clôt l'année cinématographique de 2011 sur une note particulièrement sombre et morbide.
 Justin Kurzel, pour son premier film, ne choisit pas la facilité. Avec un ton cru, presque documentaire, il s'attelle à un sujet particulièrement retors: la lente déchéance dans les abîmes de l'inhumanité. L'histoire prend corps dans une banlieue grisâtre, véritable terreau de misère et de désespoir, où chacun traîne derrière lui sa crasse et ses tourments psychologiques. Tout est déjà là, enfouit, potentiellement prêt à exploser. Il suffit qu'un inconnu à l'allure poupon débarque de nulle part pour allumer la mèche: progressivement, il recompose les morceaux d'une famille brisée en séduisant mère et enfants par son charisme, en même temps qu'il intègre une communauté fascinée par sa harengue fascisante. Le film se vit comme une métaphore sur le mal comme incarnation capable de manipuler les foules en exploitant les tensions, les frustrations, pour parvenir à ses fins: ainsi, Jamie, l'individu qui débarque dans le cadre bien déterminé de départ, parvient-il à diffuser sa morale moribonde et son sens de la justice expéditive. Le récit suit l'aîné de la famille, un adolescent qui, jusque là, souffrait en silence, et qui se retrouve confronté à une relation ambivalente avec Jamie, qu'il admire (en tant que substitution de la figure paternelle) tout en étant ébranlé par l'extrême violence gratuite dont il est capable. Le jeune cinéaste australien ne conte rien de moins qu'une "initiation" au mal. Jamie se comporte comme un père envers l'adolescent, c'est-à-dire qu'en le détruisant psychologiquement il l'éduque à devenir comme lui: un être déshumanisé, sans respect aucun pour la vie humaine. En cela, Les crimes de Snowtown explore la confrontation passive face au mal, la longue résignation psychologique d'un adolescent, qui, à force d'assister à cette violence qui l'insupporte, finit par devenir insensible. Et la mise en scène, qui, dans l'escalade de violence, se fait lourdement insistante et répétitive dans la dernière partie, fait écho à cette volonté d'éprouver psychologiquement le spectateur pour lui faire partager le point de vue du jeune homme.

Les crimes de Snowtown est une oeuvre d'une noirceur et d'un désespoir vertigineux, qui, sur la longueur, peut se révéler plombant. Ce n'est pas un film sur la contamination par le mal, mais, encore plus terrible, sur la résignation de l'être humain à l'accepter.

7/10

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:23

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Renié par Abel Ferrara qui ne supportait pas l'idée d'un remake de son Bad Lieutenant, la version 2011 par Werner Herzog, et l'on pouvait s'y attendre vu la personnalité du réalisateur, n'est en aucun cas une plate adaptation: à cent lieues de l'original, ce Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans se fixe un tout autre objectif.
La trame polardesque est tout ce qu'il y a de plus classique, voire même clichée (l'enquête sur un meurtre, la descente aux enfers un inspecteur de police drogué qui agit dans l'illégalité, et finit par s'associer par les bandits à l'origine du meurtre), mais peu importe car, même si le film y reste encore trop attaché (d'où quelques longueurs regrettables), Werner Herzog ne s'y intéresse pas vraiment: il l'utilise pour mieux la dynamiter de l'intérieur. En d'autres termes, ici, l'histoire est au service de l'ambiance, et non l'inverse comme il est communément usage de faire dans le cinéma dit classique. Ce qui fait la singularité de Bad Lieutenant, c'est qu'il n'existe vraiment que par ces quelques passages en lévitation qui gravitent autour de l'histoire: sans cela, il ne serait qu'un film policier de plus, dénué d'inventions et passablement ennuyeux. Il suffit d'un cadre fortement symbolique (la Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina), d'une désormais célèbre séquence d'hallucination avec des iguanes, d'une âme qui danse à côté de son cadavre, d'un plan final étonnant de poésie absurde, ou encore de l'abattage d'un Nicolas Cage sous amphétamines, pour affirmer toute l'essence de ce projet en marge. Si le cynisme du film n'est jamais gratuit ou poseur, s'il est toujours mordant et redoutablement efficace, c'est parce qu'il est aussi et surtout un cynisme qui se moque de lui-même. Sur le plan-là, la mise en scène de l'auteur de Fitzcarraldo affiche un talent certain, renforcée par le jeu halluciné mais incroyablement libre de Cage (ce n'est pas une performance téléguidée, l'acteur, par son jeu, s'autorise tout, jusqu'à se moquer du personnage qu'il est entrain de jouer). Alors oui, le film est globalement un peu long, Herzog ne parvenant pas tout le temps à se décider entre classicisme et détournement décalé, mais Bad Lieutenant n'en demeure pas moins une oeuvre précieuse parce qu'étonnante et inclassable, bien plus enthousiasmante que le plombant film d'Abel Ferrara qui lui sert prétendument de modèle.

7/10

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 17:13

http://medias.fluctuat.net/films-posters/3/8/3814/m-le-maudit/affiche-1-medium.jpg

M le Maudit est, à juste titre, considéré comme l'un des titres phares de la très volumineuse filmographie de Fritz Lang. Il s'agit d'un film indiscutablement majeur par la volonté du cinéaste de rendre hommage au passé tout en affirmant une grande confiance dans la modernité de son art. Au-delà de ses qualités purement esthétiques, M le Maudit marque bien évidemment par l'intemporalité de ses thématiques.
Durant pratiquement toute la durée du long-métrage, Fritz Lang ne se repose jamais sur la seule solidité de son récit, qui aurait pu servir de prétexte à ne rien expérimenter formellement. Au contraire, le cinéaste allemand démontre son talent au travers d'une réalisation à la fois respectueuse de ses modèles et fortement innovante. La mise en scène, à forte tonalité expressionniste, s'autorise des quelques passages entièrement muets, mais affiche dans le même temps une maîtrise totale du langage cinématographique. En premier lieu, M le Maudit est une oeuvre à l'atmosphère sonore remarquablement élaborée: le son est utilisé aussi bien sous la forme de bruitages (les bruits de pas, le sifflement) que de dialogues (particulièrement brillants dans une séquence finale de tribunal restée célèbre), pour renforcer la liaison entre les séquences ou encore suggérer le hors-champ. En second lieu, sur le plan purement visuel: par la gestion parfaite du hors-champ, du montage (notamment dans la mise en parallèle des deux actions simultanées du prologue ou de la réunion de la police d'un côté, et de la mafia de l'autre), des transitions entre les plans, ainsi que de l'utilisation de la symbolique (le sifflement, le ballon). Fritz Lang se permet même un long plan séquence d'une virtuosité inédite où la caméra balaie l'espace, virevoltant de personnages en personnages dans le but de peindre dans toute sa complexité un univers au sein d'une unité temporelle limitée. A la croisée des genres (thriller, policier, film de gangsters, drame psychologique), l'action de M le Maudit est resserrée dans le temps et l'espace, débarrassée de toute fioriture (pas de quelconque histoire d'amour). Le film est intemporel en ce sens qu'il soulève des problèmes insolubles, qui plus est d'une troublante actualité: le fonctionnement de la justice des hommes y est questionné, le voile trouble qui entoure la notion de responsabilité et le sentiment de culpabilité y sont mis en exergue par le monologue final du tueur. Fritz Lang étend sa réflexion à des perspectives plus sociétales: le récit démonte la solidité apparente d'une société, paralysée par une vague de meurtres, en analysant l'impact de celle-ci sur les différentes institutions que sont la police, la mafia et la presse, tous trois décidés à résoudre le problème, mais pour des raisons différentes (le maintien de l'ordre public, les intérêts financiers, la primauté de l'information pour accaparer l'audiance). Le film, réalisé en 1932, devient même troublant par son caractère prémonitoire lorsqu'il met en scène des rafles policières qui préparent fatalement la suite de l'Histoire.

Hommage au muet autant que film résolument moderne dans sa perfection technique (exploitation totale des ressources du cinéma, foi qu'il affiche à l'égard du son), M le Maudit est une oeuvre intemporelle et visionnaire, qui s'égare peut-être parfois dans certaines longueurs, mais reste un indispensable à tout bon cinéphile.

8/10

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 15:46

Pour les connaisseurs de l'oeuvre du cinéaste, L'oeuf du serpent est considéré comme un film atypique, en marge des créations habituelles de Bergman.
Pendant toute la durée du tournage, Ingmar Bergman, habitué des petites productions indépendantes, s'est retrouvé déstabilisé par les moyens financiers dont il disposait, pour cet Oeuf du serpent qui fait office de superproduction dans sa carrière: le film se révèle ainsi particulièrement étrange dans son cheminement, comme s'il ne savait pas trop où aller. Néanmoins, L'oeuf du serpent s'impose, sur la longueur, comme un film d'ambiance inclassable et marquant, qui distille un malaise indicible, sous-terrain. Empreint d'une atmosphère poisseuse et mortifère, cette oeuvre désespérée autopsie la peur d'une société qui se sait déclinante, d'un peuple errant qui a perdu sa foi en l'avenir. Bergman parsème son film de séquences sous forme d'errances nocturnes dans les rues de Berlin comme autant de visions cauchemardesques d'un monde à la dérive. Tel une trainée de lave, le désespoir embrase la pellicule. Le couple Carradine/Ullman fonctionne parfaitement: le récit les suit dans leur bref moment d'espoir aussi bien que dans leur crise de survie, mais au final l'amour est bel et bien enterrée par le pessimisme du contexte historique. L'histoire, assez surprenante, prend de multiples directions, hésite parfois, et, après une première partie plus classique, s'impose dans la seconde, et notamment dans le dernier quart d'heure, avec un face-à-face glaçant et inoubliable entre David Carradine et Heinz Bennent. En dressant un double portrait: celui, terrifiant, de l'humain dans ce qu'il a de pire, et celui, non moins pessimiste, d'une société en crise et de la descente aux enfers d'un peuple à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Habité d'une noirceur morne peu commune, L'oeuf du serpent est une oeuvre étrange, difficilement cernable, qui fait sournoisement son nid dans l'esprit du spectateur, en particulier grâce à sa magistrale conclusion.

8/10



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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 11:57
Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr
Sous la caméra de Marcel Carné, le récit de Thérèse Raquin subit une transformation: le film ne s'inspire en fait du matériau d'origine de Zola que dans la première partie, et rejette l'ambition naturaliste omniprésente dans l'ouvrage. 
 Carné s'entoure d'une pléiade de comédiens d'exceptions (Simone Signoret, magnétique, est secondé par l'imposant Raf Vallone), chacun parvenant magistralement à donner chair à son personnage, et ce, jusqu'aux moindres seconds rôles (entre autres, Jacques Duby et Sylvie). Du roman d'origine, le réalisateur du Jour se lève ne conserve que les enjeux de départ: il restitue la première partie quasiment à l'identique, avant de développer une toute direction par la suite. Carné élimine les considérations physiologiques ainsi que le côté viscéral et morbide du livre: le film est moins éprouvant, plus édulcoré et donc plus accessible que son homologue littéraire. Néanmoins, la modification opérée se révèle remarquable de cohérence et de naturel: ce qui était chez Zola une dissection naturaliste des humeurs se transforme sous la caméra de Carné en drame sur la fragilité du destin, marqué du sceau de la fatalité. Ainsi, les deux oeuvres peuvent être appréciées séparément, sans recourir à la comparaison.

S'il n'atteint pas la puissance d'évocation du livre, le film en constitue une alternative plus qu'honorable. Sous le regard de Marcel Carné, Thérèse Raquin prend des allures de tragédie haletante et véritablement émouvante.
8/10




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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 15:06

 

Sur un peu moins de deux heures, Assurance sur la mort s'impose comme un superbe film noir. Considéré comme un classique, il est plaisant de voir que sa réputation n'est pas usurpée.
Billy Wilder mène le récit à la perfection, s'appuyant sur une voix-off toujours utilisée à bon escient, et une magnifique photographie noir et blanc, tel un linceul noir enroulé sur le destin funeste du personnage principal. L'atmosphère est admirablement soignée: sombre à souhait, le film est un plaisir de tous les instants. Si cette oeuvre noire baigne dans un étouffant climat de fatalité, la science du supens dont fait preuve le récit parvient néanmoins à contrebalancer le propos, en alignant des rebondissements qui s'enchaînent et tiennent en haleine le spectateur sur la durée. Ainsi, dans Assurance sur la mort, le cinéaste s'intéresse moins à la finalité de son histoire qu'aux différents enchaînements qui s'imbriquent pour amener le spectateur jusqu'à la conclusion. Si Fred McMurray et Barbara Stanwyck composent un duo parfaitement huilé, c'est Edward G. Robinson qui impose son charisme dans la peau d'un fin limier. Il est particulièrement jubilatoire de suivre son cheminement de pensée qui l'amènera jusqu'à la vérité.

Assurance sur la mort se démarque des films noirs de l'époque: d'entrée, les enjeux et leurs issues sont dévoilées au spectateur, et pourtant, le film est un modèle de suspens et de tensions. C'est ce parti pris étonnant qui fait tout le sel de ce film suprêmement élégant.

9/10



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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 15:26

Etonnament, Sleuth est un film oublié de Mankiewicz, alors qu'il est considéré par beaucoup comme le chef-d'oeuvre du cinéaste.
Avec le recul, Sleuth se perçoit comme un film purement théâtral: ici, tout repose intégralement sur la solidité du scénario et la prestation des acteurs. En effet, Mankiewicz, le réalisateur,  s'efface la plupart du temps derrière son sujet. Toutefois, l'on ressent la maîtrise du cinéaste dans sa gestion parfaite du rythme (les rebondissements sont admirablement préparés et amenés), de l'espace (on ne se rend pratiquement pas compte que toute l'histoire se déroule dans un cadre très limité) et du temps (le pari de ne pas ennuyer pendant 2h18 est réussi). Harold Pinter, célèbre dramaturge, spécialiste de la manipulation psychologique, est à l'origine du script: Sleuth est un récit d'une rigueur cartésienne, qui distille rebondissements et tension avec habileté, élégance et parcimonie. En mêlant humour noir british, intrigue policière et peinture sociale, l'histoire marque par son aspect schizophrène: Sleuth est un récit qui, sous des airs de duel psychologique remplit de jeux de masque et de faux-semblants, dissimule un propos sous-jacent d'une justesse admirable sur la lutte des classes, l'échec et l'humiliation. Que ce soit avec des répliques ouvertement brutales, des petites phrases pleine de cynisme ou d'une lutte d'esprit tout en finesse, Sleuth garde toujours en point de mire ses objets de réflexion. Au début, le récit plonge le spectateur dans une ambiance aristocratique, élégante, typiquement british, pour mieux faire craqueler la morale et les apparences vers la fin. Outre de mettre en scène un scénario virtuose, le dernier film de Mankiewicz est aussi l'occasion d'un duel au sommet entre Laurence Olivier, parfait du début à la fin, et Michael Caine, à l'image de son personnage (fade au début, hallucinant sur la fin).

Sleuth est un film rare dans tous les sens du terme. Mankiewicz clot sa filmographie avec cette histoire dense, intense, gorgée de rebondissements incroyables et jamais gratuits, un véritable modèle du genre qui fait preuve d'une inventivité dont on n'est plus capable aujourd'hui.

8/10



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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 16:23

La sublime Marilyn Monroe hypnotise littéralement ce western atypique et marquant, pour le plus grand plaisir du spectateur.
Pour sa première et unique incursion dans le western, il est intéressant de remarquer comment Otto Preminger se débarrasse des procédés narratifs du genre pour ne s'intéresser principalement qu'à ses personnages, et, par extension, leurs interprètes. A ce titre, le duo principal fonctionne à merveille: Marilyn Monroe est resplendissante, et Robert Mitchum imposant. Ils font preuve d'une complémentarité et d'une complicité de jeu exceptionnelles, qui fait vraiment plaisir à voir. Accompagné d'interventions musicales admirables, Rivière sans retour se démarque donc des westerns habituels dans son architecture narrative et son point de vue sur les personnages. Le scénario est plus fin, plus axé sur la complexité des relations qui unissent (ou éloignent) les personnages. Ici, point de duels au soleil ou de fusillades à tout bout de champ: les enjeux sont plus humains et plus dramatiques, plus ancrés dans une situation sociale que dans une quelconque héroïsation. Et si le récit se clôt sur un duel au pistolet, c'est pour mettre fin au parcours d'un personnage en perte d'humanité constante. Mais au final, l'obstacle qui aura été le plus dangereux pour les héros n'est autre que la nature (un fleuve déchaîné, une cascade). Seul bémol: une tendance à enfermer les indiens dans les clichés habituels, là où les autres personnages sont traités sans manichéisme.

Au-delà du magnifique couple de cinéma qu'il révèle, Rivière sans retour est un grand film classique, un véritable plaisir de cinéphile qui échappe aux plaies du temps qui passe.

8/10



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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 15:32

Réalisateur de bon nombre de films devenus cultes (Fame et Midnight Express en tête), Alan Parker signe avec Mississippi Burning une oeuvre sans surprises mais d'une force étonnante, l'une des pièces maîtresses de sa filmographie.
Basé sur le canevas habituel des deux flics que tout oppose obligés de s'associer, le récit s'organise de manière très classique. La force de Mississippi Burning, c'est la mise en scène implacable d'Alan Parker conjuguée au brio de l'interprétation. Gene Hackman est, comme souvent, parfait: il trouve le juste équilibre entre virilité et sensibilité, à l'inverse de Willem Dafoe, plus sobre. Jusqu'aux seconds rôles, l'interprétation est solide: en témoigne la composition marquante de Frances McDormand. Parker excelle à rendre compte du quotidien d'une petite bourgade du fin fond des Etas-Unis, engluée dans ses traditions, son puritanisme, et sa haine de l'étranger. Outre son aspect évidemment dénonciateur du racisme, le récit pose une question éminemment intéressante: comment changer une mentalité entretenue depuis des décennies? Comment s'extirper de préjugés raciaux quand on est conditionné dans la haine depuis l'enfance? A cet égard, la plus belle réplique du film, attribuée à Frances McDormand, met parfaitement en lumière l'ambiguité des choses: "On ne naît pas avec la haine. On l'apprend. On la respire." Rajoutant même avec une pointe de désespoir: "On l'épouse." Ainsi, le film nuance quelque peu ces personnages qui agissent aveuglément, utilisant l"humiliation et la violence pour servir leur idéologie excécrable. Dans la deuxième partie, le cinéaste américain s'interroge sur les solutions à adopter pour résoudre ce problème, à l'instar des policiers hésitant sur la technique d'intervention (usage de la force, de la violence, ou pas?). Au final, c'est par l'intimidation et la manipulation, sans avoir recours à la violence, que la police viendra à bout de cette communauté raciste.

Mississippi Burning fait partie de ces oeuvres qui prouvent que classicisme ne rime pas forcément avec académisme. Un film intense, révoltant, et prenant, l'un des meilleurs d'Alan Parker.

8/10



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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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