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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:08

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Au-delà de la qualité propre du film, il est nécessaire de rectifier cette pseudo-réflexion (pardonnez-moi, le mot est déjà bien trop grand), disons plutôt ce bruit ambiant absurde relayé par une partie de la presse et du public, selon lequel la présence Des hommes sans loi en compétition au festival Cannes était injustifiée, voire imméritée: bref, que son soi-disant trop grand classicisme n'était pas digne d'une représentation aussi voyante à Cannes. Comme s'il y avait une grille de lecture à respecter, un type de profil à garantir, alors que Cannes est réputé pour être un festival transcendant les genres, et qui par là-même se doit d'honorer, non pas un cinéma, mais le cinéma. Si habituellement ce sont les organisateurs qui pêchent par l'élitisme de leur choix (Cannes compte son lot de cinéastes privilégiés, en particulier européens, qui reviennent à chacun de leur film), force est de constater que la sélection d'un film américain traditionnel (réalisé par un quasi-inconnu pour les non-néophytes) dans la compétition témoigne d'un soucis réel de variété, et que, pour une fois, ce sont bien les contestataires qui méritent la Palme d'Or du conservatisme condescendant et hypocrite.
Taxer d'académisme le travail effectué avec Des hommes sans loi serait se méprendre considérablement sur la nature et la portée du projet. Secondé par le singulier Nick Cave, John Hillcoat (The proposition, La route) ne se contente pas de copier des codes et des motifs, il se les réapproprie par le regard bienveillant qu'il pose sur eux. En jouant avec la matière même d'un scénario a priori sans grand intérêt (c'est du vu et re-vu, clameront certains) et la mise en scène trop vite critiquée par son classicisme apparent, le tandem australien offre un hommage vibrant au cinéma américain traditionnel tout en s'autorisant de petits écarts de conduite qui soulignent la modernité du film sans pour autant trahir son amour du cinéma classique. Le décalage du film vis-à-vis de la tradition à laquelle il semble se rattacher (au-delà du fait premier que Des hommes sans loi se situe à la croisée entre le film de gangster et le western) s'opère par saillies. Imprévisibles, ces traits d'humour du récit qui, plutôt que d'envisager avec condescendance ses influences, apporte un recul admiratif vis-à-vis de la substance qui le nourrit. Etonnants, ces instants de pure violence graphique qui surgissent à l'écran sans pudeur aucune (rattachant ainsi le film à la radicalité du cinéma américain des années soixante-dix). Au-delà du récit d'initiation classique (mais par ailleurs fort bien mené), Des hommes et des loi questionne les contradictions de ses personnages principaux. Refusants la modernité (ils veulent agir comme ils l'ont toujours fait), attachés à des principes traditionnels de la société américaine (la cellule familiale), les frères Bondurant apparaissent dans un premier temps comme les vestiges de temps anciens où, après avoir acquis sa part d'espace, l'on était légitime, et donc en règle avec la loi. Seulement, quand les mutations sociales (l'arrivée des flics de la ville) s'en mêlent, et remettent en cause leur principe de vie (leur activité, jusque-là tolérée, devient complètement illégale), il n'y aura d'issue que par la violence. Le film interroge finement les relations entre la légende et la vie réelle: si cette-dernière, par son absurdité, peut "s'auto-mythifier" en quelque sorte, il suffit d'un rien pour que cette même absurdité nous ramène à notre insignifiance (si la rumeur de l'invicibilité de Forrest au combat s'avère réelle -Hillcoat pousse sa logique jusqu'au grotesque-, ce gaillard soi-disant intouchable mourra stupidement d'une pneumonie). Quoique caricaturée, la vision de la ville proposée à travers le personnage de Guy Pearce n'en demeure pas moins éclairante. Si les "campagnards" s'accompagnent d'une dimension animale et instinctive (les grognements inoubliables de Tom Hardy; la tronche crasseuse de Jason Clarke; la logique purement primaire dont ils font preuve par leurs actes de vengeance), l'homme de la ville, dissimulant son instabilité névrotique derrière une élégance douteuse et fétichiste, est l'incarnation la plus proche du Mal absolu, auteur d'une violence calculée et perverse, renforcé par le fait qu'il se sait du bon côté de la loi, et en profite.

Des hommes sans loi est donc, en plus d'un divertissement haut de gamme servi par un casting démentiel et une bande-son exceptionnelle, un film qui pousse son travail formel et thématique bien plus loin que l'on voudrait nous le faire croire, et opère un lien plus qu'intéressant entre tradition et modernité.     

8/10

 

 



 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 17:40

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Après Touristes!, L'Etrange Festival 2012 nous ressert une histoire de couple tueurs, mais cette fois-ci dans une optique de dénonciation d'une Amérique complètement décérébrée. 
God bless América trimballe derrière lui tout un tas d'influences (le motif du couple tueur avec, au choix, Badlands, Bonnie&Clyde,... ; la critique violente d'une télévision comme seul apport culturel et intellectuel de la population, déjà magistralement anticipé en 1976 avec Network) et arrive bien trop tard pour faire preuve d'originalité (la matrice du genre, Tueurs nés, a presque 20 ans). Aussi prendrons-nous ce film comme un rappel et une réactualisation d'un phénomène que l'oeuvre-phare d'Oliver Stone avait parfaitement mise en exergue: la déroute complète d'une Amérique gangrénée de l'intérieur par la société de consommation et les médias, qui propagent la superficialité et la haine aveugle dans le seul but de faire du profit. Pour autant, God bless América prend le pari de se démarquer en adoptant un ton décalé, voire humoristique, qui en fait un pur plaisir coupable. Le dispositif est assez lourd, mais son côté caricatural semble n'être même pas forcé tant l'objet de dénonciation du film est déjà, en soi, une caricature. Après, l'on peu regretter certaines maladresses (le film n'épouse pas un point de vue plus global que celui de l'Amérique, et laisserait même penser au détour d'un dialogue que ce serait mieux ailleurs, avec une réplique sur la France qui, si elle a de quoi flatter l'élan patriotique de certains, ne parvient pas à faire oublier que notre pays "s'américanise" depuis des décennies déjà), une structure trop démonstrative qui ne laisse pas réfléchir le spectateur par lui-même (peut-être pour viser le plus grand nombre), et un travail formel pas forcément à la hauteur dû au manque de moyens (il est difficilement imaginable qu'un tel film ait pu être financé sur le sol américain... vive les petites boîtes indépendantes!), mais l'ensemble tient la route. Les multiples clins d'oeil et autres références à la culture américiane en générale participent à la cohésion d'un projet qui se veut marginal, satirique et éminemment ludique.

God bless América est un pur défouloir, aux mécanismes tout sauf subtils, mais qui fonctionne à plein régime!

7/10

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:59

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Il est de ces oeuvres sur lesquels les conditions de réception ont peu d'impact, tant la proposition de cinéma qui est donnée à voir marque le spectateur. Ainsi, même vu dans une édition DVD indigne (rendu visuel blafard, qualité sonore parfois difficilement audible, doublage français imposé), On achève bien les chevaux reste une oeuvre intense et magistrale; même affublée d'une voix française absolument insupportable, Jane Fonda irradie le film de sa prestence et sa sensibilité.
Adapté du roman éponyme d'Horace McCoy, On achève bien les chevaux est une plongée dans l'Amérique de la Grande Dépression des années 30, qui, comme dans toute grande oeuvre, sert avant tout de prétexte pour dresser un constat plus qu'amer de son époque (les années 70) et traiter de l'humain dans sa globalité. La force du film de Sidney Pollack est inséparable du personnage de Gloria, et par extension son interprète, Jane Fonda. Figure de la beauté féminine que des années de misère ont patiemment détruites, Gloria se démarque dès le départ, avant tout par son âpreté dans la relation aux autres. "Trop souffrir rend aigre", disait Félix Leclerc. Ainsi, pour elle, tout est déjà joué d'avance. Pourtant, la rencontre avec Robert va dans un premier temps prendre la forme d'une lueur d'espoir, mais c'est pour mieux l'étouffer dans l'oeuf. Le récit, traversé de flashs dont on ne comprend qu'à la toute fin qu'il s'agissait en fait de flash-forward, épouse davantage le point de vue du jeune homme (mais ce n'est pas pour autant que la noirceur est nuancée, bien au contraire, la souffrance est partout, jusque dans ce flash-back d'enfance a priori idyllique et qui se termine de manière tragique). Parce qu'il est le seul à s'engager dans ce marathon sans motivation véritable, et que l'on suppose en conséquence qu'il n'a pas un besoin aussi urgent que les autres de la récompense pour survivre, c'est bien lui que les rouages du système doivent briser, pour bien nous montrer à nous spectateurs que même les plus aguerris, les moins "miséreux", peuvent plier. La rencontre avec Gloria, et la fascination qu'elle exerce sur lui, lui donneront progressivement une résistance et une motivation pour continuer ce marathon qui ne pourrait qu'être un jeu pour lui. Seulement, au bout de chemin, il paiera le prix de cette expérience extrême (voir la mer ne lui fait plus aucun effet). Gloria, tellement épuisée par la vie qu'elle ne trouve pas les ressources pour se tuer, demandra à Robert de lui rendre ce "service". Le seul réconfort que l'on puisse trouver dans une conclusion aussi pessimiste réside peut-être dans le fait qu'il s'agit là de l'acte ultime d'amour. On achève bien les chevaux peut aussi se voir comme l'un des premiers films à dénoncer la société du spectacle, qui jette en pâture la misère et la souffrance des autres pour détourner l'attention du spectateur et nourrir ses plus bas instincts (voyeurisme, égoïsme, voire même sadisme). La danse, motif éminemment symbolique de l'élégance et du mouvement gracieux des formes, est ici détournée par le récit pour n'être plus qu'un moyen comme un autre de générer l'épuisement: aux mouvements habituellement agiles et gracieux se substituent des corps vidés d'énergie, qui finissent par se mouvoir de façon totalement désincarnée et automatique. L'organisation de ces marathons de danse se posent en métaphore d'une société obsédée par le profit, dont les instigateurs sont des figures calculatrices pleinement conscientes de ce qu'elles font ("Ils viennent voir la misère des autres pour oublier la leur", dit l'animateur dans les coulisses à propos des spectateurs) mais qui décident de mettre leur humanité au placard, et dont l'entreprise réside dans la lente destruction des plus faibles, ou disons plutôt, des plus marginalisés du système.

Jusqu'à un certain point, l'on voudrait croire que la noirceur ambiante sera nuancée par une victoire finale tant espérée du couple principal, mais les dernières minutes, encore plus sombres que tout ce qui a précédé, viennent littéralement enterrer les rêveries naïves du spectateur. Par sa façon d'aller au bout des choses, de refuser le sentimentalisme et le happy-end, On achève bien les chevaux s'inscrit clairement dans cette mouvance désenchantée du cinéma américain des années 70. On achève bien les chevaux, quand ils souffrent trop. Et pourquoi pas les hommes?

8/10

 

 

 

 

 



 

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 14:02

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Pour peu que l'on se fie à l'accroche sensationnaliste (et déjà trop explicative) de l'affiche du film et que l'on connaisse un minimum les thématiques chères à Pascal Laugier, le spectateur envisage déjà le début de The secret en doutant de ce qui est montré. Pour autant, le film parvient aisément à dépasser le stade de la simple structure ostentatoire entièrement régie par la succession de twists que laissait suggérer sa campagne promotionnelle.
Le film dans sa globalité est plutôt bien filmé, bien joué, et le puzzle narratif tient la route au-delà des fragilités inhérentes à ce genre de récit à tiroirs (tout comme Sixième sens, mais dans une moindre mesure, le film partage cette invraisemblance aussi criticable que prétexte à des interrogations vertigineuse sur la texture même de l'ellipse narrative, à savoir: comment le film peut-il continuer imaginairement au-delà de ce qu'il filme sans sacrifier sa cohérence? Les situations présentées sont-elles possibles entre les lignes du récit? Autrement dit, l'ellipse n'est-elle pas une facilité pour masquer la proposition incohérente du scénario?). Après une première partie (et un générique) lorgnant sur les séries B d'horreur à la Stephen King, le récit de The secret, comme celui de Martyrs, prend un virage imprévu à mi-parcours. Le dernier rejeton de Pascal Laugier s'inscrit en effet dans une continuité vis-à-vis de son prédécesseur: s'ils partagent la même structure, leurs thématiques sont également communes (l'idée d'une réalité inavouable toujours masquée derrière les apparences, avec le motif de l'organisation secrète; les agissements ambigus des personnages principaux, figures qui dépassent la sempiternelle frontière Bien/Mal). Le puzzle narratif invite à s'interroger sur la notion du point de vue, et de la manière dont il peut être conditionné par les apparences et influence à son tour la réflexion du spectateur. Dans The secret, chaque personnage, chaque maison, chaque élément banal est susceptible de dissimuler un envers bien plus sombre et torturé, mais, et c'est ce qui fait aussi l'intérêt de l'entreprise de Laugier, l'inverse est également vrai. Ainsi, avec son nouveau film qui, rappelons-le, est sa première expérience américaine, Pascal Laugier surfe sur la vague d'un genre fondamental et codifié du cinéma américain (le film d'horreur), pour mieux le pervertir par une bonne dose d'incertitude morale. Ici, et le spectateur le découvre progressivement, pas de bons, pas de méchants, juste des gens qui tentent de survivre et d'autres qui tentent de rendre le monde moins déséspéré. Aussi la scène finale a de quoi déranger en ce sens que l'on soupçonne Laugier, par l'intermédiaire de la voix-off, de prendre parti. 

En désamorçant totalement le manichéisme inhérent à ce genre de production, The secret trouve là sa profonde raison de vivre. C'est ce qui en fait tout l'intérêt, mais il n'est pas certains que les spectateurs américains le voient de la même façon...

7/10

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 22:06

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Avec ses deux personnages principaux qui partent en vacances et qui sont prêt à tout pour ne pas être emmerdés, Touristes! s'apparente à une version à la fois amusante, décalée et cradingue de tous ces films mettant en scène un couple de tueurs (Badlands, Bonny&Clyde, Tueurs nés,...).
Avec son dernier film, Ben Wheatley change de registre et convainc davantage que Kill List, ovni aussi creux qu'harassant plébiscité un peu partout et réalisé un an auparavant. Pourtant, à y regarder de plus près, Touristes! partage pas mal de points communs avec son prédecesseur: même volonté de dévoiler la face cachée des êtres humains (seulement, ici l'effet est bien moins opportuniste, relevant davantage d'une évolution du personnage - aussi mécanique soit-elle - que d'un twist final foireux), même attirance pour le mélange des genres (le récit est un peu fourre-tout, mais l'humour omniprésent rend Touristes! bien plus jouissif que l'épuisant Kill List) et la violence graphique. Ici, le scénario est par contre classique et prévisible (l'on anticipe aisément dans un premier temps que si l'homme n'est pas très clair, c'est bien la femme qui, au final, se révélera la plus dangereuse), et qu'importe si Wheatley a parfois recours à des lieux communs (la figure maternelle étouffante) puisque ceux-ci sont finalement éclipsés par des thématiques plutôt intéressantes (la déréalisation totale de la femme envers la violence: dès le premier meutre, elle réagit déjà de manière anormale; les assassinats comme conséquence d'une volonté de se démarquer des autres). La structure de Touristes! n'échappe pas à la suite de vignettes ressassant à l'infini les mêmes enjeux (une rencontre, un assassinat), mais malgré tout, l'on finit par se prendre au jeu. Est-ce l'implication réelle des acteurs? Le rythme décalé de la mise en scène, soutenu par une bande originale de qualité? Toujours est-il qu'au-delà des facilités et des effets de manche qui caractérisent le style Wheatley, il serait hypocrite de ne pas avouer que Touristes! fait passer un bon moment au spectateur.

Avec Touristes!, Ben Wheatley s'est assagi et ne prend plus ses spectateurs pour des dégénérés en quête d'expériences épileptiques. Il ne lui reste plus maintenant qu'à dépasser le stade du simple exercice de style pour prétendre à sortir du lot...

7/10

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 16:05

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Après un second épisode unanimement consacré comme l'un des meilleurs (voire le meilleur?) films de super-héros de tous les temps, Nolan était attendu au tournant pour la conclusion de cette trilogie.
La maîtrise visuelle, le rythme et la lisibilité totale de chaque embranchement narratif ne parviennent pas à masquer un scénario boursouflé, qui emprunte trop de chemins à la fois pour se conclure de manière satisfaisante. En effet, sur près de 2h45, l'accumulation d'enjeux, de personnages et de retournements de situation donnent la sensation d'un trop-plein où Nolan se perd, d'où la déception dans la dernière partie du film, où toute la densité narrative est expédiée au profit d'un déluge d'actions qui résolvent un peu trop facilement toutes les difficultés auxquelles sont confrontées Batman et ses alliés (il suffit de lister le nombre d'invraisemblances et de coïncidences trop parfaites pour êtres crédibles qui s'accumulent pour permettre une fin sans zones d'ombre). Pour autant, The Dark Knight Rises dispose de suffisamment d'arguments pour s'imposer comme un moment de cinéma qui, par-delà les compromissions inhérentes à ce type de production, divertit, fascine, et dans lequel l'on accepterait de se perdre sur une durée indéfinie. Quand Bane (le grand méchant de cet épisode) prend le pouvoir dans la ville, Nolan instaure un climat de terreur proprement saisissant, d'une noirceur abyssale. Ces séquences terrifiantes du stade et de ponts qui explosent aux quatre coins de la ville traduisent cette impression d'un monde qui s'achève, le film entrant alors en résonnance de manière admirable avec le climat actuel. Même si cet aspect politique finit malheureusement par être relégué au second plan (voire même totalement évincé sur la fin), sacrifié sur l'autel d'une intrigue de bombe nucléaire aussi académique qu'inintéressante, The Dark Knight Rises illustre la fragilité de nos sociétés, qui ne résisteraient pas face à un soulèvement massif contre les injustices sociales, une remise en cause en acte des institutions corrompues, de la finance et de toute cette minorité de privilégiés qui vivent dans une cage dorée à l'écart de la réalité (en cela, le cas de Bruce Wayne est indéniablement complexe). Il suffirait d'une flamme pour déclencher l'incendie: Bane en est ici le symbole. Si ce personnage n'atteint pas le degré de fascination exercé par le Joker (qui était, en soi, peut-être la figure la plus pure du mal vue au cinéma), il n'en demeure pas moins charismatique, voire touchant, hélas pas suffisamment développé, et c'est d'autant plus dommage quand l'on voit avec quelle froideur expéditive Nolan s'en débarrasse. Si The Dark Knight Rises affiche un côté bien plus hollywoodien que son prédecesseur (bien plus d'actions, une fin dénuée de toute ambiguité), Nolan ne flenche pas de suite face aux enjeux de production, esquissant dans un premier temps un personnage de Selina Kyle vraiment intéressant (avant de tomber amoureuse, elle agit toujours en fonction de ses propres intérêts), et, par l'intermédiaire d'une sous-intrigue (l'épisode de la prison, sur fond de flach-backs et de vieux sages tapis dans l'ombre qui enseignent le surpassement de soi, a beau être du revu milles fois, l'on y croit vraiment), il réécrit l'histoire d'un super-héros bien humain qui doit apprendre à renaître après un cuisant échec. Par ailleurs, tout ce qui précède, à savoir le repli sur soi de Bruce Wayne, puis son humiliation en tant que Batman, démontre bien à quel point Nolan est parvenu (du moins dans un premier temps) à s'affranchir des contraintes des studios, s'autorisant à écorner l'image infaillible d'un être qui, avant d'être un figure de légende, est avant tout un homme, avec ses parts d'ombre et ses faiblesses. Au-delà de la prestation factice et opportuniste de marion Cotillard (le dernier plan qui lui est consacré a d'ailleurs déclenché une salve de rires dans la salle), le casting est toujours aussi dense et élégant.

Bien moins maîtrisé et intelligent que son prédécesseur, The Dark knight rises réserve néanmoins des moments d'une intensité folle, et rien que pour la puissance de ces moments où les ténèbres enfouissent toute possibilité de retrouver la lumière, il se doit d'être vu.

7/10

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 13:34

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Sortie, si je ne m'abuse, directement en DVD, The loved ones est un petit film malin et audacieux qui mérite d'être redécouvert.
Sean Byrne passe les codes du teenage movie (le beau gosse aux cheveux longs, le pote maladroit, la fille timide que personne ne remarque,...) à la moulinette du film d'horreur, prétexte à une inversion des rapports de force, où la timide impuissante se retrouve dans une position de domination face à celui qui l'a rejeté. Derrière un vernis teinté de sang, de pastiche et de clichés, le cinéaste australien ausculte le mal-être adolescent de ses deux personnages principaux, qui, au-delà de leur confrontation tout au long du film, ont bien plus en commun qu'ils ne veulent le faire croire. La frustration sexuelle et la folie de l'une, la culpabilité et le spleen de l'autre, ne servent qu'à mieux définir leur solitude commune, et le fait que, dans cette vie qui les a écarté du bonheur, ils n'ont plus rien à perdre. Alors bien-sûr, The loved ones n'évite pas certains écueils, quelques fautes de goûts, et reste globalement prévisible, mais la confiance absolu du cinéaste en son projet fait de ce film, plus qu'un simple thriller gore (qui, par ailleurs, n'hésite pas à aller assez loin dans les scènes de torture), une sorte de conte absurde et désenchanté. 

Un film plutôt convaincant, mais qui, maheureusement, ne s'accroche pas plus que quelques jours dans l'esprit du spectateur, à l'inverse d'un Martyrs par exemple, qui marquait bien plus durablement. Pour autant, par son énergie singulière, The loved ones confirme la vitalité du cinéma australien. 

7/10 

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 10:42

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Si Jarmusch ne parvient pas à éviter le piège principal d'un tel projet, à savoir que la structure se retrouve déséquilibrée par des "sketchs" de qualités inégales, Night on Earth contient de purs moments de bonheur.
Une seule et même nuit, une seule et même musique pour nous conter ces rencontres en taxi au quatre coins du monde. Les acteurs sont merveilleux de naturels: leur complicité avec Jarmusch se ressent à chaque instant. Quel plaisir de revoir Winona Ryder et Gena Rowlands qui ont maintenant disparu des écrans! Armin Mueller-Stahl et Giancarlo Esposito sont également irrésisitibles de drôlerie! Chaque segment de ce projet est un instantané éclatant d'humanité, souvent drôle, toujours bienveillant. Le sketch le plus réussi en terme d'écriture, celui qui souffre le moins de digressions, reste probablement la rencontre très touchante entre Béatrice Dalle et Isaach de Baankolé à Paris. En plus, voir enfin un cinéaste étranger qui prend Paris pour cadre sans filmer les éternels tour Eiffel, Arc de Triomphe ou encore Sacré-Coeur, ça fait du bien... Pour autant, les segments de Los Angeles et New-York sont également très bons. Une petite réserve néanmoins pour les deux derniers, plus éparpillés dans leur construction (le spectateur commençant inévitablement à ressentir des longueurs), même si Rome dispose de véritables moments d'hilarité. Avec Night on Earth, Jarmusch prend, au sein d'une atmosphère nocturne qui renforce sa portée poétique, une double initiative: brosser des portraits décalés et vibrants d'humanité tout en tenant le pari de nous faire tomber amoureux des villes qu'il filme en s'attardant sur ce qu'elles veulent cacher mais qui font d'elles ce qui, finalement, nous séduit. 

Au final, c'est bien la sincérité absolue de la démarche du cinéaste qui fait de Night on Earth un film qui parvient à dépasser les contraintes de sa structure segmentée pour atteindre une sorte d'essence poétique, de sensibilité touchante et décalée, qui se diffusent en vous tel un parfum délicieusement enivrant.

7/10 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 09:45

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Premier film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit est un petit film noir sans prétentions, qui remplit son contrat haut la main, avec un savoir-faire indéniable.
La première partie, plus classique, suit le parcours d'un jeune évadé au sein d'un petit groupe de truands. La suite prend davantage la forme d'une cavale du couple qui veut échapper à la société pour vivre son amour. L'un des principaux attraits du film, c'est de voir comment Nicholas Ray parvient à transcender un script somme toute prévisible (l'ombre du tragique qui pèse sur le couple pendant tout le film aboutit inévitablement à une fin sans surprises) par la création d'une atmosphère et par la mise en avant de l'interprétation. Film presque intégralement nocturne, Les amants de la nuit se révèle aussi d'une qualité plastique irréprochable, la beauté du noir et blanc contribuant à l'ambiance générale. Si Farlay Granger est convaincant dans la peau du personnage principal, Cathy O'Donnell fut pour moi une totale révélation. Son jeu sensible, allié à la beauté timide de ses traits, m'ont totalement séduit. Au-delà de l'efficacité de la mise en scène, c'est bien elle qui rend la scène finale si émouvante.

Pour son premier essai derrière la caméra, Nicholas Ray démontre déjà les prémices de son talent plastique, et s'intéresse déjà à quelques-uns des thèmes qui marqueront sa filmographie (l'amour adolescent qui tente de résister à l'oppresssion de la société, déjà présent ici, sera au coeur de son film mythique: La fureur de vivre). Quoi qu'il en soit, Les amants de la nuit est un film noir singulier et prenant qui mérite largement le coup d'oeil.

7/10

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 17:25

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Après Un prophète, parabole fascinante sur l'ambition et le milieu carcéral qui a mis tout le monde d'accord, Jacques Audiard était attendu au tournant. Allait-il réitérer ce succès aussi bien critique que populaire?
Il est permit de regretter, au-delà du fait que le scénario est l'adaptation d'un livre, que l'histoire enchaîne et accumule les situations dramatiques avec la régularité d'un métronome: la sensation de trop-plein est présente à chaque instant de la vision du film. Pour autant, la mise en scène d'Audiard est d'une telle efficacité qu'elle réussit à nous faire avaler toutes ces couleuvres. La scène du lac gelé, par essence prévisible, est transfigurée par la caméra qui en fait un rebondissement terriblement puissant. La fin est cependant le gros point noir, faisant passer le film d'un extrême à l'autre: si la globalité du métrage macère dans la noirceur, il se conclue sur un happy-end particulièrement mauvais. Comme d'habitude, Audiard se révèle être un immense directeur d'acteurs, et ce, jusque dans les moindres seconds rôles. Matthias Schoenarts (la tête d'affiche de l'incroyable Bullhead) est totalement convaincant, mais c'est bien Marion Cotillard qui impressionne par sa performance exceptionnelle... à milles lieues des rôles sans relief auxquels elle est cantonnée à Hollywood, et de son interprétation outrée et sensationnaliste d'Edith Piaf qui a lancé sa carrière, Cotillard, pour la première fois, se révèle à la hauteur de sa réputation. Toujours juste, jamais excessive, elle parvient à trouver un équilibre de jeu (entre la séduction, la virilité et la fragilité) assez sidérant. Mais qu'est-ce qui fait que, au final, De rouille et d'os n'est pas un grand film? Son principal handicap (si je peux m'exprimer ainsi), en fait, c'est d'être trop conscient de lui-même, de trop vouloir être grand. Il suffit de voir ces quelques plans où la caméra d'Audiard scrute la larme au coin de l'oeil d'un protagoniste, et laisse le plan s'étirer jusqu'à ce que celle-ci ait fini de couler du visage: c'est cette volonté de vouloir maîtriser chaque détail, de chercher à tout prix la beauté, qui fait De rouille et d'os un film trop cadré pour être sublime. Sans compter que d'autre part, Audiard, totalement sûr de lui après le triomphe d'Un prophète, s'autorise même quelques insertions risquées, notamment musicales, à la limite du mauvais goût. 

Cette fois, contrairement à Un prophète, il n'y a pas grand-chose à retenir du film en-dehors de son impact émotionnel. De rouille et d'os n'en demeure pas moins un film fort, parcouru de séquences saisissantes, et habité par des interprètes au diapason.

7/10

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Published by julien77140 - dans Les Admirables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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