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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:59

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Il est de ces oeuvres sur lesquels les conditions de réception ont peu d'impact, tant la proposition de cinéma qui est donnée à voir marque le spectateur. Ainsi, même vu dans une édition DVD indigne (rendu visuel blafard, qualité sonore parfois difficilement audible, doublage français imposé), On achève bien les chevaux reste une oeuvre intense et magistrale; même affublée d'une voix française absolument insupportable, Jane Fonda irradie le film de sa prestence et sa sensibilité.
Adapté du roman éponyme d'Horace McCoy, On achève bien les chevaux est une plongée dans l'Amérique de la Grande Dépression des années 30, qui, comme dans toute grande oeuvre, sert avant tout de prétexte pour dresser un constat plus qu'amer de son époque (les années 70) et traiter de l'humain dans sa globalité. La force du film de Sidney Pollack est inséparable du personnage de Gloria, et par extension son interprète, Jane Fonda. Figure de la beauté féminine que des années de misère ont patiemment détruites, Gloria se démarque dès le départ, avant tout par son âpreté dans la relation aux autres. "Trop souffrir rend aigre", disait Félix Leclerc. Ainsi, pour elle, tout est déjà joué d'avance. Pourtant, la rencontre avec Robert va dans un premier temps prendre la forme d'une lueur d'espoir, mais c'est pour mieux l'étouffer dans l'oeuf. Le récit, traversé de flashs dont on ne comprend qu'à la toute fin qu'il s'agissait en fait de flash-forward, épouse davantage le point de vue du jeune homme (mais ce n'est pas pour autant que la noirceur est nuancée, bien au contraire, la souffrance est partout, jusque dans ce flash-back d'enfance a priori idyllique et qui se termine de manière tragique). Parce qu'il est le seul à s'engager dans ce marathon sans motivation véritable, et que l'on suppose en conséquence qu'il n'a pas un besoin aussi urgent que les autres de la récompense pour survivre, c'est bien lui que les rouages du système doivent briser, pour bien nous montrer à nous spectateurs que même les plus aguerris, les moins "miséreux", peuvent plier. La rencontre avec Gloria, et la fascination qu'elle exerce sur lui, lui donneront progressivement une résistance et une motivation pour continuer ce marathon qui ne pourrait qu'être un jeu pour lui. Seulement, au bout de chemin, il paiera le prix de cette expérience extrême (voir la mer ne lui fait plus aucun effet). Gloria, tellement épuisée par la vie qu'elle ne trouve pas les ressources pour se tuer, demandra à Robert de lui rendre ce "service". Le seul réconfort que l'on puisse trouver dans une conclusion aussi pessimiste réside peut-être dans le fait qu'il s'agit là de l'acte ultime d'amour. On achève bien les chevaux peut aussi se voir comme l'un des premiers films à dénoncer la société du spectacle, qui jette en pâture la misère et la souffrance des autres pour détourner l'attention du spectateur et nourrir ses plus bas instincts (voyeurisme, égoïsme, voire même sadisme). La danse, motif éminemment symbolique de l'élégance et du mouvement gracieux des formes, est ici détournée par le récit pour n'être plus qu'un moyen comme un autre de générer l'épuisement: aux mouvements habituellement agiles et gracieux se substituent des corps vidés d'énergie, qui finissent par se mouvoir de façon totalement désincarnée et automatique. L'organisation de ces marathons de danse se posent en métaphore d'une société obsédée par le profit, dont les instigateurs sont des figures calculatrices pleinement conscientes de ce qu'elles font ("Ils viennent voir la misère des autres pour oublier la leur", dit l'animateur dans les coulisses à propos des spectateurs) mais qui décident de mettre leur humanité au placard, et dont l'entreprise réside dans la lente destruction des plus faibles, ou disons plutôt, des plus marginalisés du système.

Jusqu'à un certain point, l'on voudrait croire que la noirceur ambiante sera nuancée par une victoire finale tant espérée du couple principal, mais les dernières minutes, encore plus sombres que tout ce qui a précédé, viennent littéralement enterrer les rêveries naïves du spectateur. Par sa façon d'aller au bout des choses, de refuser le sentimentalisme et le happy-end, On achève bien les chevaux s'inscrit clairement dans cette mouvance désenchantée du cinéma américain des années 70. On achève bien les chevaux, quand ils souffrent trop. Et pourquoi pas les hommes?

8/10

 

 

 

 

 



 

 

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Published by julien77140 - dans Les Admirables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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