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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 18:18

Ad Vitam

A 70 ans, Marco Bellocchio montre sa soif toujours intacte de cinéma avec Vincere, ce drame opératique plein de bruits, de fureur et d'amour.
S'il est d'une maîtrise confondante en ce qui concerne une mise en scène ample au classicisme élégant et au lyrisme digne d'un opéra, le cinéaste italien est aussi un formidable directeur d'acteurs. On sent qu'il les pousse dans leurs retranchements pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-même. Secondé par un Filippo Timi au charisme imposant, Giovanna Mezzogiorno crève littéralement l'écran: lumineuse, bouleversante, elle affiche par moment une puissance de jeu et une humanité qui ne sont pas sans rappeler les plus belles interprétations de Romy Schneider. Dans Vincere, l'histoire d'un amour fou mais à sens unique du début se mue progressivement en lutte acharnée pour la vérité, en quête absolue de reconnaissance. Et c'est ce qui fait la beauté tragique du personnage d'Ida Dalser, sa détermination à toute épreuve, sa volonté absolue d'être sincère, de suivre son instinct quitte à prendre tous les risques. Et la voir peu à peu se consumer face à la caméra a quelque chose de singulièrement poignant. Avec Vincere, Bellocchio n'a de cesse de confronter la vérité au mensonge, l'innocence à la violence, l'amour à la haine, la célébrité à l'oubli. Si le récit peu parfois perdre de son intensité, il n'en demeure pas moins que Vincere regorge de séquences particulièrement fortes: l'interrogatoire, le cinéma en plein-air projetant The Kid, le lancer de lettres sous la neige, ou encore l'évasion grâce au sacrifice d'une bonne soeur sont vraiment marquantes.

En levant le voile sur une facette méconnue de la vie personnelle de Mussolini, Vincere combine petite et grande histoire pour nous livrer un magnifique portrait de femme, s'appuyant sur la densité de sa mise en scène et l'interprétation exceptionnelle de son duo principal pour emporter définitivement l'adhésion du spectateur.

7/10



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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:59

En 1980, un trio de réalisateur, surnommé ZAZ en raison des initiales de leur nom respectif, allait accéder à la célébrité avec une comédie profondément à part: Y a-t-il un pilote dans l'avion?
Y a-t-il un pilote dans l'avion? se démarque tout d'abord par un constat simple: ici, c'est n'est pas les gags qui se mettent au service de l'histoire, c'est l'inverse. En effet, prétexte à une avalanche de gags se succédant à un rythme effréné sur près de 1h30, le scénario se révèle proprement minimaliste. Pratiquement sans temps mort, Y a-t-il un pilote dans l'avion? fait l'effet d'un puissant gaz hilarant: sur toute la durée, on ne peut s'empêcher de rire. Avec ce film, les ZAZ mettent en place des rouages comiques novateurs: l'humour est gras, peu subtil, mais d'une efficacité redoutable, jouant sur l'absurde, le décalage et les clins d'oeil variés. Contrairement à ce que beaucoup semble dire, je n'ai pas l'impression que le film ait vraiment vieillit sur le plan visuel. Cependant, il est fortement marqué par une ambiance années 80, ce qui, pour moi, le rend d'autant plus irrésistible.

Y a-t-il un pilote dans l'avion? est une comédie étonnamment inventive et proprement jubilatoire, l'une des plus réussis qu'il m'ait été donné de voir.

 8/10



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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 13:02

Warner Bros.

Film fleuve sur la culpabilité, le temps, et l'amour, Il était une fois en Amérique voit Sergio Leone évoluer dans un registre plus intime, moins spectaculaire et moins théâtralisé que ses oeuvres précédentes.
On est loin des effusions stylistiques jubilatoires d'Il était une fois dans l'Ouest: Leone semble s'être attaché à un récit plus sensible, plus authentique. Fresque épique qui ambitionne de nous conter près de 50 ans de la vie d'un truand, Il était une fois en Amérique est une oeuvre d'une suprême mélancolie, hanté par les souvenirs et le tumulte de la vie. La mise en scène, à la fois dense, classique et élégante, nous emporte dans ce tourbillon de sentiments, et, malgré quelques baisses de régime, le film se révèle passionant à suivre sur la durée. Récit fleuve, Il était une fois en Amérique regorge de scènes poignantes, lumineuses, marquantes. Les souvenirs d'enfance, à la fois innocents, beaux et tragiques, se révèlent être la partie la plus intense du film. Si cette plongée dans le milieu des gangsters reste classique dans l'absolu, elle brasse des thèmes universels (amour, amitié, trahison, remords, poids du temps, souvenirs) et le scénario garde subtilement une part de mystère vers la fin. Le casting, luxueux, apporte toute sa densité aux nombreux personnages qui parsèment le film. On n'est d'ailleurs pas près d'oublier les apparitions envoûtantes de Jennifer Connelly, ici dans son tout premier rôle. Et que dire du thème musical d'Ennio Morricone, si ce n'est qu'il retranscrit à merveille la sensibilité du film...

Réflexion sur le temps empreinte d'une mélancolie poignante, Il était une fois en Amérique, s'il n'est pas le film le plus génial de son auteur, reste l'oeuvre la plus sensible, la plus touchante et la plus sincère de Sergio Leone. Un grand film.

8/10



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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 18:54

Cinéaste injustement méconnu, Robert Mulligan a pourtant marqué ses oeuvres d'une sensibilité à fleur de peau, dont Un été 42 constitue sans conteste un sommet. The other, incursion dans un genre nouveau pour lui, reste un modèle du cinéma fantastique.
A plus d'un titre, The other fait preuve de subtilités: le cinéaste joue sur les comparaisons, les contrastes, l'ambiguité, et malmène les codes du genre avec brio. En prenant une paisible ferme du Connecticut comme lieu de l'histoire, le récit oppose ce cadre de vacances à la progression indécise d'un trouble, d'une tension, d'une violence sous-jacente. Cette inquiétante étrangeté se manifeste jusque dans ce portrait schizophrénique d'un enfant, cette confrontation entre la pureté, l'innocence de l'enfance et la cruauté, la perversité. Au-delà de ça, Mulligan apporte sa touche de sensibilité en montrant un enfant confronté à la mort de son frère jumeau, qui ne parvient pas à s'en remettre et se réfugie dans un monde imaginaire trouble pour y remédier, et l'on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine compassion pour lui. Seulement, malgré l'aide de la grand-mère, il ne parvient pas à se détacher de son univers, de son double morbide, qui le pousse à commettre des actes insensés. La grande force de The other, c'est qu'il ne donne pas vraiment de réponses, et, qu'au final, le récit peut s'interpréter d'une façon totalement rationnel, sans aucun élément fantastique. La mise en scène, calme et posée, prend tout son temps pour instaurer une atmosphère, pour dessiner ses personnages. Si le récit se révèle parfois prévisible, l'évolution dramatique va crescendo pour aboutir sur un final totalement génial, d'un cynisme assez étonnant.

Sous les apparences d'un film fantastique, The other se joue des codes avec subtilité pour distiller une atmosphère et dresser le portrait ambivalent d'un enfant traumatisé par un drame passé.

8/10



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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 13:12

Premier film de Vincent Gallo en tant que réalisateur, Buffalo 66' voit, à l'instar de tous ses autres films, Gallo occuper tous les postes majeurs du film. Plus accessible et optimiste que The Brown Bunny, son long-métrage suivant, Buffalo 66' témoigne du talent de son auteur, d'une véritable et inédite vision d'artiste.
Le film part sur des bases assez déstabilisante: en effet, la première partie reste plutôt hermétique, vaguement ennuyeuse. Mais pas d'inquiétudes: Vincent Gallo est un juste un réalisateur à part, à l'identité marquée. Le temps de s'accomoder au style de la mise en scène, à la photographie particulière, au personnage principal, à un récit qui s'étoffe progressivment, et l'on se rend compte du petit bijou qu'est Buffalo 66'. Le film conte les pérégrinations de Billy Brown, un écorché vif, ignoré par ses parents, délaissé par la vie, un être tourmenté, fragile, irritant, refusant toute relation humaine et se repliant sur lui-même. Le scénario démontre toute sa subtilité dans ce contraste à la fois tragique et burlesque entre la façon dont il se rêve, et ce qu'il est en réalité. Admirablement campé par Vincent Gallo, le personnage commence par énerver, puis par attendrir, et enfin par bouleverser: cette progression témoigne d'une subtilité d'écriture vraiment à part.  Gallo est un cinéaste, un vrai. Et il le prouve avec ce Buffalo 66'. Ici, contrairement à The Brown Bunny, nous assistons à la naissance d'un amour qui libère le personnage. Christina Ricci est superbe de sensibilité, et Vincent Gallo parfait. Dans la dernière partie, leur complicité de jeu fait merveille. Le récit, à la fois dur, triste, drôle et émouvant, explose lors d'une dernière demi-heure d'exception, où Gallo semble à la quintessence de son art: les images imprègnent la rétine, le cinéaste s'autorise les effets (la scène de la boîte de strip-tease, géniale), l'émotion jaillit de chaque instant, et la tension déborde, avant que le tout dernier plan ne vienne libérer le personnage et le spectateur. Quand de nombreuses personnes cataloguent Vincent Gallo comme nombriliste et prétentieux, je leur répondrais que cette volonté de l'auteur d'occuper une multitude de poste et de s'offrir la tête d'affiche tient davantage d'une démarche artistique personnelle que d'une quelconque complaisance: il suffit de voir la sincérité de Buffalo 66' pour s'en convaincre.

Portrait d'un homme paumé en manque d'affection et de reconnaissance, peinture d'une certaine Amérique, Buffalo 66' est l'oeuvre surprenante et émouvante d'un véritable auteur de cinéma, et qu'il serait dommage de rater.

8/10



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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 12:40

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

Considéré comme l'une des plus belles réussites de l'immense carrière de Claude Chabrol, La cérémonie, en effet, ne déçoit pas, s'affirmant comme une étude psychologique remarquable et dérangeante.
Tableau féroce de la lutte des classes, La cérémonie met en lumière un duo d'actrices au sommet de leurt art: Isabelle Huppert n'a jamais paru aussi naturelle, délurée, et torturée, tandis que Sandrine Bonnaire interprète son rôle avec une austérité et une ambivalence glaçantes. Chabrol dirige l'ensemble de main de maître: outre sa direction d'acteurs exceptionnelle, sa réalisation, austère, réaliste, sans concessions, fait régner ausein du récit une douce tension, et le conduit tout doucement jusqu'au final, glaçant. L'étude de personnages est parfaite: Sophie, la bonne, est une femme compétente, mais repliée sur elle-même, minée par un profond complexe qui accentue davantage sa position d'infériorité vis-à-vis de la famille bourgeoise qui l'embauche; Jeanne est une postière excentrique, curieuse et envieuse, qui, sous des apparences délurées, cachent des abîmes de souffrance liée à son passé trouble. Quand les deux femmes se lient d'amitié, le ressentiment de Jeanne s'allie au complexe d'infériorité de Sophie, les ouffrances mutuelles explosent intérieurement, et la tension monte, inexorablement, mais d'une progression si lente, si étudiée, par touches apparemment si anodines, que le spectateur est d'autant plus soufflé de la conclusion, de la froideur avec laquelle les deux femmes passent à l'acte, de la préméditation progressive et inconsciente de ce massacre, ce qui le rend d'autant plus dérangeant. Face à tant de souffrance, les sentiments et la compassion n'ont plus leur place: ainsi, même les multiples tentatives de gentillesse et d'aide de la part de Melinda, la fille de la famille bourgeoise, n'y peuvent rien. La machine est en marche, l'issue tragique est écrite.

Etude sans concessions de la souffrance, du ressentiment et des conflits sociaux, La cérémonie s'impose comme un film vrai, dur et dérangeant. Une réussite majeure dans la filmographie du regretté Claude Chabrol.

8/10



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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 12:13

Carlotta Films

Précédé d'une réputation exceptionnelle, Les chaussons rouges, inconnu du grand public, est assurément une oeuvre à découvrir.
Sans être au niveau stratosphérique où de nombreuses critiques le placent, Les chaussons rouges reste néanmoins et avant tout un récit absolument passionnant sur l'art, la dévotion et l'exigeance absolues qu'il recquiert, et la passsion dévastatrice qu'il suscite. A ce titre, le premier dialogue entre le personnage de Victoria Page et le directeur Boris Lermontov reste un modèle d'écriture et d'intelligence. "Pourquoi voulez-vous danser?" l'interroge le directeur du ballet. "Pourquoi voulez-vous vivre?" lui rétorque la jeune danseuse. Ces deux répliques mettent à elle-seule en lumière toutes les interrogations du film. A travers le personnage de Victoria Page, c'est bien une étude passionnante de l'art et du statut d'artiste qui se dessine, cet art qui exclut paradoxalement toute possibilité de liberté à l'artiste, qui le vampirise. La création exclut-elle toute possibilité de vivre? Le dilemme du personnage principal rejoint ainsi des préoccupations existentielles majeures: que faire lorsque l'on doit choisir entre sa passion pour la danse et son amour pour un homme, sachant que les deux sont incompatibles? Ce choix tragique est remarquablement illustré à la fin, lorsque le trio de personnages principaux se retrouvent dans la même pièce, l'amoureux face au patron du ballet, qui symbolise la danse, et la jeune femme tiraillée entre les deux. En-dehors de toutes ces réflexions essentielles, le film se révèle assez beau plastiquement, notamment lors d'une scène de bal trop longue mais à l'esthétique flamboyante. Hormis le personnage au centre de toutes les préoccupations, celui de Boris Lermontov se révèle admirable de charisme et de névrose: interprété magistralement par Anton Walbrook, il s'agit là d'un homme d'une dureté, d'une élégance, et d'une complexité étonnantes. Le début expose les coulisses du milieu de la danse, de la difficulté d'y entrer. La séquence centrale du ballet des chaussons rouges est trop étirée en longueur, d'où un certain ennui, mais la fin, reprise du même ballet sans la tête d'affiche, se révèle particulièrement émouvante.

En nous invitant dans le milieu d'un ballet de danse, Les chaussons rouges met en exergue l'art dans toute sa complexité, et pose des questions essentielles. Si le film s'étire parfois inutilement, il reste une oeuvre passionante.

8/10



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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 18:19

En 1989 sortait Santa Sangre, le film le plus célèbre de la carrière d'Alejandro Jodorowsky. Et pourtant, seuls les cinéphiles les plus avertis ont pu visionner cet ovni, tant l'oeuvre du cinéaste est méconnu du grand public.
Dès le début, et ce, jusqu'à la fin, le film fait preuve d'une exigence visuelle et d'une richesse narrative hors normes: la polyvalence artistique de Jodorowsky explose littéralement ici, tant il met en avant ses talents de cinéaste, musicien, peintre, marionnettiste et de mime. Habité par quelques instants d'une richesse onirique rarement approchée au cinéma (les retrouvailles avec Alma,...), Santa Sangre s'impose ainsi comme un hommage flamboyant à l'art, un poème macabre et sensible, une symphonie sensitive déroutante et un monument baroque. Une oeuvre d'art absolue, riche en clins d'oeil, avec notamment ce meurtre sauvage rappelant les meilleurs giallos d'Argento. Devant un film tel que celui-ci, tous les sens du spectateur doivent être en éveil. Même si le film se perd parfois dans les méandres de sa complexité, le scénario se révèle relativement accessible au final. Il faut cependant accepter d'être emporté pendant un long moment dans un univers trouble, dérangeant, traumatisant, où réalité et fantasmes sont filmés dans un même climat d'étrangeté, de tensions, si bien que l'on ne parvient plus à distinguer les deux, comme le personnage principal. Mélangeant habilement mythes (thème de la mère castratrice,...) et modernité, le récit se conclut sur une fin magnifique d'ambivalence, où le personnage principal, définitivement libéré se son traumatisme psychologique, se retrouve à nouveau prisonnier de façon physique. L'oeuvre est exigeante, si bien qu'il n'est pas impossible de décrocher, mais elle mérite d'être vu. Un tel objet de fascination, à la fois somptueux et frustrant, magique et excessif, ne peut en tout cas laisser indifférent.

Santa Sangre fait partie de ces grands films malades qui hantent longtemps après leur vision, de ces oeuvres-somme uniques et inclassables dont on ressort épuisé tant chaque plan accaparent tous nos sens. Exigeant, ce poème filmé reste indispensable.

8/10



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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:20

Avec Les yeux sans visage, Georges Franju convoque tous les ingrédients pour nous livrer une sorte d'idéal du film d'horreur.
Dès le générique, Franju instaure une ambiance froide et réaliste, parfois même clinique. Si la globalité du long-métrage se montre volontairement austère, il serait regrettable d'ignorer ces quelques envolées poétiques qui parsèment le film: en effet, cette longue séquence où la jeune femme déambule dans la maison, accompagnée par le magnifique thème musical de Maurice Jarre, restera un moment de cinéma vraiment envoûtant. Dans Les yeux sans visage, l'épure stylistique formelle s'accompagne d'un récit particulièrement dépouillé, qui se concentre sur le développement basique de son intrigue sans négliger ses personnages. Si l'aspect policier reste classique, et que les séquences d'épouvantes se révèlent moins efficace que dans les années 50, Les yeux sans visage tire toute sa puissance de son étude passionnante des personnages, de leur état d'âme, et des liens qui les unissent. Le personnage de Pierre Brasseur est un modèle d'ambiguité: rongé par la culpabilité d'être l'auteur des séquelles faciales de sa fille, le personnage, médecin renommé, tente de se racheter par tous les moyens, y compris le meurtre. C'est cette obsession qui les mèneront, son assistante et lui, jusqu'à un point de non-retour et une fin inévitablement tragique. Les yeux sans visage est assurément un chef-d'oeuvre du film d'horreur en ce sens qu'il en renouvelle totalement la portée: ici, la violence, le glauque, et la cruauté sont les moyens d'exprimer un sentiment de mal-être, de tristesse et de culpabilité. Ce n'est plus un film d'horreur, mais un drame humain qui se joue sous nos yeux, confirmant au passage que derrière les plus grands films d'épouvante se cache souvent une bouleversante histoire d'amour.

Magnifié par la partition de Maurice Jarre, Les yeux sans visage est une histoire terrible, qui utilise le registre du film d'horreur pour parler des tourments de l'âme humaine dans ce qu'ils ont de plus dramatique. Un grand film, assurément.

8/10



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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 10:46

Ciné Classic

Peut-être le film le plus renommé d'Orson Welles après Citizen Kane, La soif du mal voit son auteur s'intéresser au genre du film noir. Seulement, Welles est un immense technicien doublé d'un scénariste exigeant, si bien qu'il n'aborde pas le genre sans en enrichir ces composantes, et à s'en servir pour aborder ses obsessions les plus personnelles.
Le célèbre plan-séquence qui ouvre le film figure sans conteste parmi les plus grandes scènes du cinéma. En effet, Welles transcende l'exercice de style, la virtuosité technique du plan se mettant au service d'un suspens, d'un enjeu dramatique, là où la grande majorité des plans-séquences d'autres cinéastes n'ont qu'un but esthétique ou gratuit. Sous influence expressionniste, la photographie plonge le film dans une atmosphère sombre et moite, et donne lieu à de superbes séquences. Seulement, La soif du mal se révèle un peu hésitant: le cinéaste s'encombre trop d'un aspect enquête policier hyper-classique et lassant, car l'unique raison de vivre d'un tel long-métrage reste avant tout le rôle joué par Orson Welles. Personnage emblématique de tout un pan du cinéma, Hank Quinlan, policier corrompu, donne toute son ampleur et sa noirceur désespérée à ce long-métrage. Le film est d'autant plus troublant qu'il semble fasciné par l'ambiguité du mal, symbolisé par Quinlan. La mise en scène multiplie les cadrages asymétriques pour rendre compte d'un monde déstabilisé, perdu, et Welles filme son personnage corrompu en contre-plongées stupéfiantes qui le présente dans toute sa monstruosité physique, son charisme imposant, et son vice dégoulinant. A chacune de ses apparitions, il occupe quasiment l'écran à lui tout seul. A travers lui, le mal est décortiqué, analysé, il est présenté comme bouffi, insensible, désabusé, rongé par ses propres démons et sans possibilité de rédemption. Toute l'ambivalence vient de l'intelligence du personnage, son instinct, sa vivacité d'esprit, et des fantômes qui hantent son passé. Welles nous donne donc à voir le mal sous tous ses angles, et utilise même le soi-disant bien pour le mettre davantage en avant. Ici, le héros n'est qu'un prétexte, un faire-valoir. L'auteur ne s'y intéresse pas, et il suffit de voir la fin pour s'en convaincre: le personnage de Charlton Heston quitte l'écran de façon abrupte, et c'est bien le personnage de Welles et son entourage qui concluent le film.

La soif du mal est une oeuvre passionnante quand elle met en avant ce personnage mythique qu'est Hank Quinlan. Dommage que l'enquête policière occupe une trop longue partie du long-métrage, et fasse perdre un peu de sa substance au récit. Néanmoins, un tel film est grandement recommendable.

7/10



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  • Le Point Critique
  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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