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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:34

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Jamais le spectre utopique du cinéma total, si cher aux explorateurs de l'ère du muet, n'aura été aussi prégnant. Baraka est un torrent sensoriel qui dévaste tout sur son passage, traversé par des flux contradictoires qui n'en font qu'accroître la richesse.
Le projet titanesque de Ron Fricke parvient à transmettre ce qu'aucune oeuvre écrite ne saurait être capable de restituer: un panorama global de la Terre selon une logique purement sensitive. Autrement dit, nous faire ressentir, par le biais unique des images et des bruits, la marche du monde. Restituer la vie dans son plus simple appareil, questionner l'homme et son rapport à ce qui l'entoure, établir des connexions entre les différentes entités qui composent la nature, en plongeant au coeur des choses tout en ayant une vision globale. Si Baraka est une forme de cinéma aussi parfaite, c'est avant tout pour sa manière unique d'établir un discours par-delà la parole et la narration classique: loin de se limiter à un diaporama qui enchaînerait des plans tous plus magnifiques les uns que les autres (ce qui n'aurait aucun intérêt), le film suit le fil invisible d'une démarche sensitive et réflexive d'où émergent un discours immanent aux images elles-même et aux liens qu'elles entretiennent entre elles. A travers les quatres coins du monde, Baraka confronte différents systèmes de temporalité (en travaillant sur la vitesse de l'image, notamment), de multiples régimes de formes, de mouvements (fluide, saccadé), d'harmonies ou d'automatismes, d'abondance ou de rareté, qui rendent compte de la variété de notre planète. La vision de Baraka englobe toutes les productions et les occupations de l'homme: les modes de vie, les comportements quotidiens, l'art, la religion, les traditions, la modernité, la manière dont le présent raconte le passé (souvent traumatique) de l'histoire des hommes, et conserve des traces matérielles de cette mémoire à travers l'architecture. Plus dans le détail, le film de Ron Fricke est particulièrement travaillé par la notion du rite au sens large, c'est-à-dire en tant qu'il crée un collectif autour d'une croyance (ou d'une occupation) commune et s'inscrit pleinement dans son environnement, mais c'est pour mieux confronter les différences de vision entre les cultures (les danses exotiques dans les forêts équatoriales, qui témoignent d'une conviction spirituelle, d'un accord avec la nature, agissent en contre-pied du travail à la chaîne dans les usines, que l'on suppose éreintant et aliénant). Baraka propose un somptueux voyage en pleine nature et au milieu des peuplades primitives qui en font encore partie, mais c'est pour mieux en démontrer l'envers. La plongée dans un bidonville brésilien ainsi que le regard sur la ville, où les gens s'entassent et gesticulent comme des fourmis, laissant une poignée de marginaux sur le bord de la route, incapables de suivre la marche frénétique et inhumaine du monde moderne, sont édifiantes. Fricke parvient d'autant plus à susciter l'émotion que, contrairement aux nombreux documentaires fades et impersonnels dont le dernier fameux exemple en date est le Home de Yann Arthus-Bertrand, il va au-delà des plans vus de haut (ou des plans larges en général), et n'hésite pas à suspendre son film sur des gros plans absolument magiques, pour aller au plus près des êtres humains, comme si dans leur visage se manifestait toute la pureté de la nature, comme si dans leurs yeux se reflétaient l'immensité du cosmos. Le cosmos... peut-être l'élément majeur qui sous-tend Baraka. Il suffit d'un travelling avant qui semble littéralement pénétrer dans la tête d'un homme, et de son enchaînement (une succession de plans qui à chaque fois un peu plus se rapprochent des cieux, si bien que dans l'avant-dernier plan, un arbre semble littéralement flotter dans entre les étoiles) pour mettre en évidence, comme rarement un film n'aura eu l'occasion de le faire, l'obsession (consciente ou pas) de l'humanité vis-à-vis de l'infini qui l'entoure.

A la croisée du cinéma documentaire, expérimental et du film contemplatif, Baraka est une oeuvre-monde qui synthétise tout ce que le Septième Art peut apporter.

10/10

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Published by julien77140 - dans Les Incomparables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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