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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 23:30

Et voilà... une nouvelle année cinéphilique au compteur, et l'inévitable bilan se profile. Malgré la relativité d'une telle entreprise, il convient de s'y atteler avec passion, pour rendre compte au mieux des événements qui ont marqué 2012. 

Alors 2012, année de fantasmagorie collective (l'interprétation moderne des prophéties mayas en faisait l'épisode terminal de la civilisation humaine...), de craintes profondes (jusqu'où ira le déclin -ou la décadence- du modèle social occidental?) mais d'espoir, toujours (car il faut bien espérer, n'est-ce pas?), est-elle un bon cru cinématographique?

Après réflexion, trois films se détachent nettement du panier... trois ovnis, chacun dans un genre, chacun dans leur genre... perles irradiantes qui carburent à la créativité, l'audace, et la puissance plastique pour imposer des visions du monde qui bouleversent, fascinent ou dérangent. Qu'il s'agisse de Take shelter, véritable splendeur classique traversée d'un souffle peu commun, Holy motors, expérimentation poétique et plastique sans précédents dans le cinéma commercial, ou Killer Joe, relecture extrême et jubilatoire du film noir/urbain des 70's, ces trois grandes oeuvres partagent une volonté commune d'assumer leur part-pris jusqu'au bout, quitte à rester dans l'indécis (chez Jeff Nichols), à frôler le grotesque (chez Carax), voire à provoquer la répulsion (chez Friedkin)... mais c'est justement dans cette absence de concessions qu'elles se démarquent du tout-venant: par la prise de risque, l'audace, la recherche de l'imprévisible (qualités qui tendent à se faire rare dans le cinéma actuel...).
En-dehors de ces poids lourds, 2012 aura laissé dans son sillage quelques pépites justement célébrées dans le monde entier (Les bêtes du Sud sauvage, Tabou), d'autres très injustement sombrées dans les oubliettes de l'oubli (le fabuleux Louise Wimmer, le troublant Portrait au crépuscule), un renouveau créatif salutaire venu des contrées indés du cinéma américain (Martha Marcy May Marlene, Bellflower) et un uppercut radical tout droit sortit de Belgique (Bullhead).
2012, année de déceptions, aussi, avec en premier lieu dans la ligne de mire, le très attendu Prometheus, qui se révèle être une machine commerciale brouillonne et sans âme, où, Ridley Scott, reconverti en entrepreneur, semble avoir passé davantage de temps à soigner la crédibilité des gadgets technologiques à l'écran que son scénario, dont l'inutile complexité sert de prétexte à l'action et confine au grotesque prétentieux (quand l'on ambitionne un contenu métaphysique, et donc les interrogations vertigineuses qui s'y rapportent, on le fait avec un minimum de rigueur et de profondeur, ce qui n'est pas le cas ici), à milles lieues de l'élégance glacée, mystérieuse et terrifiante d'Alien. Ensuite, La taupe, de Tomas Alfredson, un exercice de style trop long, trop confus, et par conséquent trop chiant. Et enfin, Cosmopolis, le dernier Cronenberg: une parabole que l'on pressent comme virtuose et extrêmement complète du monde moderne, mais plombée par des séquences de dialogues philosophico-économiques totalement ineptes et qui s'étirent de manière interminable...

 

 

 

I. TAKE SHELTER (Jeff Nichols)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSEkht7f71LQu6fbSEmfU1p_ALmFtMTm-3976L_JTo1t6yd5ywv La mise en scène dense et maîtrisée de Jeff Nichols restitue toute sa puissance lyrique et réaliste à cette formidable entreprise de réactualisation des thèmes traditionnels. Une sublime histoire d'amour familial plongée dans les tourments du monde moderne (la réalité sociale, le fantasme psychotique de la fin du monde), qui emporte et bouleverse, interpelle et questionne, emmenée par un couple de cinéma parmi les plus inoubliables vus au cinéma depuis longtemps.

 

II. HOLY MOTORS (Leos Carax)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTGzNloOvn5duwJlr5HeTMLAL87gDTbU9OKPVFoZZQyoDg0DWkn Léos Carax réussit une sorte de prodige: immerger le spectateur dans un univers complètement à part, dont la radicalité n'a d'égal que la fluidité, sans jamais le perdre en route. Finesse d'un propos fait de métaphores jamais nébuleuses. Puissance esthétique d'images qui imprègnent la rétine pour la marquer durablement. Holy motors pourrait servir d'épitaphe au cinéma: même dans la mélancolie de son passé, même dans la crainte de son avenir, il faut croire dans son présent, et continuer, par-delà la mort, "pour la beauté du geste". 

 

III. KILLER JOE (William Friedkin)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQcqZunA-jGmeJ23Wn6eELnN45rrSVppc4mtPi8V0PHNc1gO1hN Si Killer Joe nous prouve quelque chose, c'est bien ceci: plus l'on se prend des poings dans la gueule, plus l'on a envie d'en recevoir ! Non, plus sérieusement... à l'âge où l'on déambule dans sa maison en fauteuil roulant, avec son dentier, sa télévision et une vieille mégère acariâtre en guise de femme, le vétéran William Friedkin réalise encore des films... et quels films ! C'est bien simple: aucun jeune cinéaste dans le cinéma actuel n'a osé aller aussi loin. Déjanté, amoral, jouissif, Friedkin met le spectateur face à ses propres contradictions en jouant avec ses nerfs: le film fonctionne comme un hommage brillant et fétichiste des films noirs des 70's pour finir par muter en espèce d'orgie sanguinaire monstrueuse dont le cynisme n'a d'égal que la puissance de choc. Un must.

 

IV. LES BETES DU SUD SAUVAGE (Benh Zeitlin)

http://www.franceinter.fr/sites/default/files/imagecache/scald_image_max_size/2012/05/19/366121/images/les-betes-du-sud-sauvage-affiche-4fa23d277e07b.jpg Emporté par une énergie sidérante, le film, quoiqu'un peu trop sûr des effets sur lesquels il se repose, procure une sensation de catharsis salutaire. Hommage aux marginaux, peinture d'un milieu rarement vu au cinéma, l'oeuvre de Benh Zeitlin digère ses références pour nous proposer quelque chose de véritablement neuf, beau et bouleversant.


V. LOUISE WIMMER (Cyril Mennegun)

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTG8GOc2-TIj1xfAN2xndcPPbm0PcnNUvtEjsUmJkPFJGeA4x_P Avec Corinne Masiero comme stupéfiante figure de cinéma, Mennegun dresse un constat social implacable doublé d'une ôde à la volonté absolument unique, qui culmine lors d'un final à la beauté terrassante. En mixant à merveille ses influences de documentariste à l'élaboration d'une fiction, il atteint une sorte d'épure stylistique qui évite miraculeusement toute complaisance et décuple la force du propos.

 

VI. BULLHEAD (Michael R. Roskam)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQHqj5QISg95nbgw_MDhbkTjvUMu2G8OkO5vEqc_FCknoIQ7WGg Noire et corsée, cette perle venue de chez nos voisins belges fait très forte impression, par la puissance de son récit et de ses interprètes. Michael R. Roskam, très maître de sa mise en scène, n'oublie pas de parsemer son histoire, particulièrement sombre et retors (le rebondissement à mi-parcours va vous retourner l'estomac...), d'une pointe d'humour salvatrice. Le final, opératique, démontre les folles capacités d'un cinéaste dont on attend impatiemment la suite...


VII. TABOU (Miguel Gomes)

http://images.lpcdn.ca/641x427/201211/28/615957-tabou-affiche.jpg Construit autour de deux parties antithétiques qui se nourrissent et se répondent mutuellement, le film de Miguel Gomes, malgré une certaine tendance à la pose, finit par emporter l'adhésion grâce à une seconde partie brillante, qui, dans la lignée du cinéma muet (auprès duquel il revendique son influence, jusque dans son titre emprunté à Murnau) semble redonner à l'ouïe du spectateur le vrai plaisir de l'écoute et à l'oeil celui de la contemplation. Un second visionnage ne serait pas de trop pour prendre pleinement compte de la mélancolie sourde qui habite chaque recoin de cette oeuvre délicate.

 

VIII. PORTRAIT AU CREPUSCULE (Angelina Nikonova)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT3V61QROHXZXZM0So5sDmnOJvjlDQstTigeN2kPZ4hrVr82Hs3uw Fruit d'une collaboration entre deux femmes (l'actrice et sa réalisatrice), on aurait tort de ne voir en ce film qu'une simple dénonciation d'un régime corrompu et patriarchal. Il est avant tout un formidable portrait de femme paumée, dont la vie n'a pas fait de cadeaux, et qui se retrouve à user de stratagèmes radicaux et imprévus pour se venger d'un viol, au prix de son humanité. Puissante et ambigüe, une oeuvre qui marque durablement.

 

IX. MARTHA MARCY MAY MARLENE (Sean Durkin)

http://img.over-blog.com/250x334/4/91/79/02/2012/Fevrier/Martha-Marcy-May-Marlene/Martha-Marcy-May-Marlene---Affiche.jpg Elizabeth Olsen irradie de sa beauté fragile dans cette oeuvre troublante, superbement filmée, dont l'atmosphère étreint progressivement le spectateur jusqu'à le perdre dans les méandres d'une personnalité traumatisée. En prime, la présence du génial John Hawkins dans la peau d'un gourou manipulateur et charismatique.

 

X. BELLFLOWER (Evan Glodell)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTP7gyWleiuQ9xDflm-lvX6CbUEyMzcOfv1ZzGjI7ULOi-7cKbw Objet arty toujours un peu à la limite du clinquant, le parti-pris esthétique de Bellflower est néanmoins toujours justifié par les exigences d'un récit plus profond qu'il n'y paraît, qui restitue en miroir les élucubrations névrotiques et mélancoliques de jeunes paumés qui se rêvent en cinéma. 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les films au pied du classement: Des hommes sans loi (John Hillcoat), Insensibles (Juan Carlos Medina), De rouille et d'os (Jacques Audiard), Miss Bala (Gerardo Naranjo)

 

Meilleur réalisateur de l'année:  Jeff Nichols (Take shelter)

Meilleures scènes de l'année:  les séquences finales de Take shelter, Killer Joe, et Bullhead ; la scène de l'accouchement dans Tabou

Meilleure actrice (ex-aequo):  Jessica Chastain (dans Take shelter) et Corinne Masiero (dans Louise Wimmer) 

Meilleur acteur (ex-aequo):  Michael Shannon (dans Take shelter) et Denis Lavant (dans Holy motors)

Pire film de l'année:  Detachment (Tony Kaye), un pensum démago et indigeste, prétentieux jusqu'au grotesque...

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Published by julien77140
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pierreAfeu 30/12/2012 18:13

Diable !
J'ai vu presque tous les films de ton top et... nous ne sommes pas vraiment d'accord. Certains m'ont déçu malgré d'indéniables qualités (Take Shelter, Les bêtes du sud sauvage, Tabou, Louise
Wimmer), j'en ai détesté d'autres (Holy motors, Bellflower), mais j'en ai aimé certains (Martha Marcy May Marlene) voire adoré (Killer Joe, 2e de mon top). Pas vu Portrait au crépuscule, ni
Bullhead...

julien77140 01/01/2013 11:20



Au moins sommes-nous d'accord sur l'extraordinaire qualité du film de Friedkin !! J'irai faire un commentaire de ton top sous peu...



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