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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 13:58

Metropolitan FilmExport

Premier long-métrage de Richard Kelly, Donnie Darko fut ignoré lors de sa sortie en salle, mais le succès remporté en DVD le consacra comme un film culte au fil des années. Dès les premières minutes, on ressent l'inestimable impression qu' un vrai cinéaste vient de naître, avec un regard et un univers qui lui sont propres.
Soutenu par une B.O. superbe, la mise en scène de Kelly met en relief son scénario avec une intelligence rare: jamais dans la démonstration clinquante, toujours dans la recherche d'une véritable ambiance, à la fois sobre, mystérieuse, hallucinogène et très orienté années 80. Ainsi, le film regorge de fulgurances visuelles inédites, d'une beauté magnétique. La mise en scène originale sert donc idéalement un scénario complexe, prenant et envoûtant. Ce portrait d'un adolescent schizophrène exerce un pouvoir de fascination extraordinaire tout le long de ses 1h50, en proposant une vraie histoire, de vrais personnages et une vraie atmosphère. Le récit reste largement compréhensible jusqu'aux vingt dernières minutes, suffisamment retorses pour impliquer un effort cérébral de la part du spectateur tout en lui laissant le soin d'interpréter à sa façon. En effet, la fin peut se percevoir de différentes manières, et le spectateur réfléchis longuement après la vision du film pour tenter de trouver une explication à la fois personnelle et cohérente: l'intelligence du scénario réside principalement dans cet élément. L'histoire, trouble, se vit à la fois comme une critique d'une certaine Amérique moralisatrice et irréprochable en apparence, et par là-même une vision acide de la famille et de la société, mais aussi comme un voyage halluciné dans les tourments psychologiques d'un adolescent honnête mais névrosé. Donnie Darko peut également se voir comme une fable fantastique alambiquée mais passionnante. Selon la perception de chacun, le film n'est pas sans rappeler L'Effet papillon lors de la séquence finale, qui peut s'interpréter comme un sacrifice pour sauver celle qu'il aime. Le casting est homogène, mais Jake Gyllenhaal se démarque dans le rôle-titre avec une interprétation bluffante, toute en ambiguïtés.
Finalement, Donnie Darko est sans conteste la pièce-maîtresse dans la filmographie de Richard Kelly. Sur fond de voyage temporel et d'histoire d'amour, cet ovni cinématographique, à la fois complexe et émouvant, précis et fascinant, fataliste et poétique, nous laisse rêveur et pleins d'interrogations, et par dessus-tout vraiment heureux. Un film un peu trop alambiqué, mais qu'importe: c'est à ne pas manquer.

9/10



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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 18:58



Pour un premier film, c'est un coup de maître. Avec 12 Hommes en colère, Sidney Lumet signait ainsi l'un des films majeurs de sa carrière, d'une simplicité formelle minimale et d'une efficacité psychologique maximale, un huis clos anxiogène aux dialogues implacables.
En cinéaste averti, Lumet prouve que l'on peut faire beaucoup avec rien. Ainsi, avec un décor réduit à une seule pièce durant la totalité des 1h30, ce film évite cependant les écueils du théâtre filmé, et parvient à instaurer, grâce à une mise en scène judicieuse et une troupe d'acteurs au diapason, une ambiance incroyablement oppressante, tendue et riche en suspens, qui passionne de bout en bout. A travers l'histoire d'une délibération mouvementée d'un jury, où un seul homme tente de convaincre les 11 autres de ne pas envoyer un jeune homme accusé de meurtre à la chaise électrique, le cinéaste s'interroge sur la notion de justice, le pouvoir et l'inanité autant que la lucidité du jugement humain, les préjugés, le poids du doute, et confronte l'obstination stérile au raisonnement structuré. Il évite ainsi le manichéisme en ne cherchant pas à prouver l'innocence du jeune homme, mais en tentant de démontrer à travers certains personnages qu'il existe un doute légitime sur sa culpabilité. Lumet nous montre ainsi ce qu'il peut y avoir de meilleur (le courage, la lucidité) comme de pire (l'égoïsme à outrance, le refus d'avoir tort, l'ignorance de l'autre, la stupidité du jugement humain) en l'Homme. Quant à la galerie de personnages, ils représentent tous des facettes de la société américaine de l'époque. Sous forme d'une enquête criminelle (le jury examinant minutieusement chaque indice du crime), le film instaure un suspens incroyablement oppressant, préservé jusqu'à l'ultime minute, et réserve au final des zones d'ombres intelligemment mises en suspend: en effet, à la fin, on ne sait toujours pas si le jeune homme est coupable ou innocent. Mais là n'est pas l'intérêt du film.
 Avec 12 Hommes en colère, Sidney Lumet nous assène une leçon de cinéma fascinante, parvenant à instaurer une ambiance inoubliable avec un seul décor, une caméra judicieusement placée et des acteurs au sommet de leur art. Il prouve ainsi avec brio qu'un film à l'ambition formelle ultra-modeste peut très aisément surpasser un film traitant d'une même histoire avec une débauche d'effets, car 12 Hommes en colère contient bien plus de tensions, d'opacité et d'intérêt que beaucoup de productions policières existantes aux moyens plus importants. Inoubliable.

9/10


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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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