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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:16

TFM Distribution

Cinéaste au style déjanté inimitable, Quentin Tarantino revient en force, cinq ans après Jackie Brown, pour le premier volume de Kill Bill.
Sur presque deux heures, le réalisateur de Pulp Fiction maintient un rythme hallucinant, qui emporte le spectateur dans un tourbillon de violence, de pastiche et de souffle, aidé en cela par une B.O. simplement dantesque: un pur plaisir des oreilles qui participent activement au bonheur procuré par ce film. Si le scénario ne se révèle bon qu'à compiler différents styles de cinéma qui ont bercé l'enfance du cinéaste (les références aux films d'arts martiaux y côtoient celles des films d'auteurs, des séries B ou encore du manga), l'histoire à proprement parler étant pleinement assumé comme minimaliste, la mise en scène apporte une toute autre dimension. Lyrique et survoltée, ample et virtuose, la caméra emmène le film vers des sommets d'intensité. Kill Bill s'affirme comme l'oeuvre d'un cinéaste qui ose tout, quitte à se ridiculiser, qui prend son pied à mixer des styles a priori antagonistes, et s'amuse à marier le grotesque et le sublime dans une seule et même symphonie délirante. Les séquences s'enchaînent à la perfection, le récit, reposant essentiellement sur un personnage auquel Uma Thurman prête ses traits avec talent, s'impose comme un modèle de divertissement jouissif. L'introduction, anthologique, brille par la beauté de sa photographie et sa brutalité sans concession. Quant à la longue séquence de massacre dans la seconde partie du film, elle s'autorise un ridicule décomplexé, voulu, qui se révèle aussi lassant et vain que virtuose et jouissif. Cependant, il est intéressant de remarquer que Tarantino trahit ici quelque peu sa patte artistique, en se refusant toute longue séquence dialoguée, se concentrant totalement sur le déluge visuel.

Fun, jubilatoire, épique, osé, grotesque, Kill Bill volume 1 est un plaisir coupable de haute volée, qui ne repose pour ainsi dire que sur une mise en scène, somptueuse, et une actrice, géniale.

9/10



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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 15:51

Avec Les Ailes du désir, Wim Wenders réussit un pari fou: concilier le Septième Art à la philosophie.
Dès les premières images, Les Ailes du désir fera des émules et des détracteurs. En effet, si la mise en scène ne sombre jamais dans la complaisance ou l'intellectualisme pédant et insipide, elle fait preuve, durant plus d'une heure, d'un hermétisme et d'une étrangeté rarement vu au cinéma, d'où un bon nombre de spectateurs qui resteront sur le carreau. Mais cette première partie essentielle pose les bases qui motiveront les événements de la seconde, et c'est en comparant les deux après la vision du film que l'ensemble forme un tout cohérent et aboutit. Tous ces monologues intérieurs qui se croisent, se répondent, et se mélangent en une symphonie étrange mais néanmoins majestueuse de l'humain font des Ailes du désir une oeuvre hors du commun, un kaléidoscope virtuose de rêve, d'espoir, de désillusion, de joie, de mélancolie, de tristesse, de résignation, d'attente, d'incompréhension et d'ennui. Wenders s'attache à des sensations, des réflexions: sa réalisation est épurée à l'extrême, dépossédée de toute lourdeur, de tout rythme, de toute action. Eloge de la lenteur et de la contemplation, Les Ailes du désir n'ambitionne rien de moins que d'être un porte-parole, une mosaïque de pensées et de réflexions humaines. L'abondance extrême de dialogues ne sert jamais à un combler un vide: les pistes de réflexion évoquées, la puissance de certaines phrases témoignent au contraire d'une grande intelligence et d'une grande maturité de réflexion derrière la caméra. En invoquant dans un même histoire le tumulte de la vie, l'homme et son rapport au temps, la recherche du bonheur, la beauté de l'amour, la période d'émerveillement qu'est l'enfance, l'importance de la culture pour appréhender la complexité de notre condition, en s'attachant à ces petits riens qui font notre quotidien, le film met en exergue un constat qui résume magistralement l'essence même de la condition humaine: l'étonnement face au fait d'être en vie, la conscience d'exister. Durant tout le film, c'est cette prise en compte qui motive les personnages: l'ange veut devenir humain pour cette raison, et cela explique pourquoi les hommes espèrent et persévèrent dans la difficulté du quotidien. Portrait d'une humanité qui se cherche, histoire du monde à travers le prisme d'une ville chargé d'histoire, déclaration d'amour à l'Homme, ôde à l'amour, le vrai, le fusionnel, l'ultime, Les Ailes du désir est une oeuvre d'une richesse et d'une complexité inépuisables.

    A travers une mise en scène qui érige la lenteur en beauté transcendentale, Les Ailes du désir s'impose comme un projet d'envergure qui ambitionne de faire l'éloge ultime à l'humanité.  Rarement un film n'aura mis en avant avec autant de conviction sa foi en l'être humain. Une oeuvre d'une portée philosophique majeure au cinéma.

9/10



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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 15:21

Seulement quelques mois après la sortie de Bronson au cinéma, Nicolas Winding Refn nous offrait Valhalla Rising, un ovni de cinéma métaphysique, brutal et transcendé par la beauté vendu comme un film d'action.
Sur près d'une heure trente, ce film d'ambiance embarque le spectateur dans un voyage hypnotique et envoûtant par son atmosphère contemplative, et inquiétant et viscéral par sa violence sans concessions. La caméra nous conte le parcours d'un guerrier venu de nulle part, One-Eye, joué de façon totalement magistrale par un Mads Mikkelsen littéralement habité. Le personnage renferme cette force dont on fait les mythes: solitaire, borgne, muet et guerrier d'exception, il est défini par le regard des autres. Son voyage initiatique passe par différents états: esclave qui attise la fascination pour ses maîtres, animal sauvage et imprévisible lâché dans la nature, guide divin pour les croisés, pour finir par une conclusion stupéfiante où il fait enfin office d'homme avec le sacrifice. Le scénario, minimaliste, dénué de toutes fioritures, maniant le trouble et l'ambiguïté, se révèle très intelligent dans sa façon d'aborder des thématiques ultra-ambitieuses à travers un seul personnage. Réflexion sur la place de l'Homme dans l'Univers, la condition humaine transcendée, la solitude des êtres, l'errance et le besoin de l'homme d'être guidé, Valhalla Rising renvoi à la fois à la part d'humanité et d'animalité en chaque être humain à travers la brutalité aussi primitive que stupéfiante de certaines séquences et l'évolution des personnages: au départ, les croisés sont des soldats déterminés et habités par leur foi tandis que One-Eye est un animal féroce; puis les rôles s'inversent, les croisés sombrant dans la folie et le meurtre, tandis que One-Eye accomplit un acte de sacrifice qui fait de lui un être sensible et donc humain. Mais que serait le film sans sa puissance formelle? Nicolas Winding Refn a accomplit un travail visuel et sensitif hors normes: parvenir à capter l'indicible. La photographie est somptueuse, tout en dégradés de couleurs grises ou rouge, les cadrages sont dignes de tableaux, et la bande-son planante font de Valhalla Rising un trip hallucinogène, une expérience sensorielle unique, d'une beauté transcendante qui émane de chaque instant. La mise en scène capte le mystique et l'essence métaphysique, sonde l'errance, et peint des paysages aussi majestueux que terrifiants (jamais les Highlands n'auront été filmé de cette façon).

Valhalla Rising est une oeuvre excessivement exigeante. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut s'y abandonner. Pleinement. Corps et âmes. A cette condition seule il devient alors une époustouflante expérience de Septième Art.

9/10

Un petit aperçu de la puissance formelle hors du commun de ce film:

Le Pacte



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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 17:01

Classique instantané du film noir, The servant se distingue comme une oeuvre hors normes par sa capacité miraculeuse à conjuguer avec brio l'intelligence d'un scénario parfait à la beauté d'une mise en scène d'orfèvre.
Dans The servant, Joseph Losey offre une leçon de mise en scène: sa capacité à gérer la substance du récit, à conserver l'attention du spectateur, sans beaucoup changer de cadre spatial; sa manière subtile de créer une tension sourde, une atmosphère sombre, en jouant notamment magistralement sur les reflets dans un miroir ou les jeux d'ombres; et enfin sa direction d'acteurs parfaite, font de cette réalisation un modèle de maîtrise. Ecrit par Harold Pinter, le scénario n'en finit pas de torturer l'esprit du spectateur après la projection. L'intelligence du traitement des thèmes, et le cynisme sans concession du récit font de l'histoire de The servant un moment particulièrement marquant. Passionnante étude psychologique du pouvoir, du rapport ambigu dominant-dominé, de la lutte des statuts sociaux, de la dépendance et de l'humiliation, peinture fine et brutale de la déchéance, The servant baigne dans une atmosphère angoissante, malsaine, indistincte, à la fois poisseuse et érotique, basée sur les non-dits et la manipulation. Dans le rôle-titre, Dirk Bogarde est exceptionnel, il apporte toute cette ambivalence au personnage du domestique, avec élégance et cynisme, sang-froid et violence sourde. Si James Fox ne rivalise pas, il reste convaincant dans la peau du maître superficiel, et qui, n'ayant rien à quoi se raccrocher pour s'en sortir, se laisse manipuler et assiste à sa déchéance progressive. Sarah Miles, parfaite en compagne de Dirk Bogarde, apporte cette touche de sensualité exacerbée, de charme vénéneux, d'attrait sexuel dangereux, qui contraste avec le rôle frigide et fragile de Wendy Craig et amplifie le malaise ressentit tout au long du film.

The servant fait partie de ces films noirs majeurs qu'il faut avoir vu, au même titre que Le troisième homme. La densité d'un propos éminemment social allié à la perfection de la mise en scène font de ce long-métrage de Joseph Losey un véritable bijou.

 9/10



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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 11:42

Swashbuckler Films

Sorti en 1972, The Offence fait partie de ces oeuvres maudites, oubliées, qu'il faut voir impérativement, d'une part, par l'interprétation exceptionnelle de Sean Connery (sûrement la meilleure de sa carrière), et d'autre part, puisqu'il s'agit là d'un jalon essentiel de la filmographie de Sidney Lumet.
The Offence se distingue d'entrée par cette scène d'introduction atypique, filmée au ralenti, et qui happe le spectateur par son ambiance à la fois étrange et oppressante. Si le film reste dans un sentier de thriller plutôt balisé au départ, dévoilant le cadre, les enjeux et les personnages, il prend une toute autre ampleur par la suite. La qualité majeure du long-métrage réside dans la force de sa mise en scène: les cadrages froids et serrés renforcent magistralement le cadre glauque où se déroule l'histoire et traduisent aussi avec subtilité l'ambiguïté des personnages, le montage non-chronologique qui participe au côté dérangeant du film tout en alimentant le suspens (on ne sait ce qu'il sait vraiment passé entre le flic et le suspect qu'à la fin), mais c'est surtout le talent de Lumet à filmer avec intensité de longues séquences de dialogue sans jamais ennuyer le spectateur. L'histoire de The Offence est tirée d'une pièce de théâtre, et Lumet parvient à se détacher magistralement de cette dépendance en filmant des séquences extérieures (avec parfois même une large profondeur de champ pour accentuer la tension: voir le bref passage où une femme aperçoit de loin le tueur avec une petite fille), même s'il en revendique l'origine en axant son récit autour de trois grandes séquences où deux personnages se retrouvent face-à-face dans une pièce unique. Si les trois sont orchestrées avec minutie par Lumet, aussi bien en terme de rythme que d'enjeux, la troisième constitue le coeur dramatique de The Offence, là où le film atteint son paroxysme. Sean Connery, sans qui ce projet n'aurait pu voir le jour, livre ici l'interprétation la plus risquée, la plus riche et la plus puissante de sa carrière. Mais ce qui fait tout l'intérêt de ce film reste sans conteste le côté hybride de son scénario, qui se base sur le postulat ultra-classique de la traque d'un tueur en série pour finalement muer en magistrale étude psychologique d'un personnage de flic hanté par les horreurs auxquelles il a assisté tout au long de sa carrière. Si le film se concentre dans un premier temps sur l'enquête, il s'en éloigne progressivement, et au final n'en livre même pas la conclusion, car l'intérêt n'est pas là. The Offence se fixe pour objectif de dresser le portrait psychologique, par ailleurs époustouflant de justesse, d'un homme dans toute sa densité, son humanité, mais surtout son ambiguïté: rarement un personnage n'aura paru aussi bien écrit. Ambigüe, tel est le mot pour définir au mieux cette oeuvre étonnante qu'est The Offence: toutes les interrogations du spectateur et tous les parti-pris du réalisateur convergent vers cet état de fait. Le spectateur est sans cesse poussé dans ses retranchements, acculé sous l'effet de la tension et de l'étouffement: on suite cette descente aux enfers le corps rivé au fauteuil, des questions plein la tête lorsque la fin retentit. Le personnage joué par Sean Connery nous communique ses angoisses, on assiste à sa lente déliquescence, et l'on finit par perdre pied nous aussi. Et au final, le meurtrier reste toujours inconnu; on en vient même à se demander s'il ne s'agirait pas du flic. Mais Lumet se garde bien de nous asséner des vérités dans ce monde trouble qu'il a créé à l'écran: le monde d'un homme déchu et torturé, un monde où les repères moraux ont disparu, un monde où l'on est irrémédiablement attiré par le mal à force de le côtoyer (impression renforcée par la mise en scène avec ses flash-backs d'horreurs filmés en couleurs vives ainsi que les visions où l'inspecteur se met à la place du violeur), un monde où victimes et bourreaux ne sont pas clairement définis, un monde où le bien et le mal se confondent pour former un univers grisâtre, opaque et incertain.

The Offence est une oeuvre à découvrir d'urgence. S'appuyant sur une distribution parfaite, cette étude psychologique intense et éprouvante qui dérange par son ambiguïté constante et son atmosphère désespérée vous hantera pour longtemps.

 9/10



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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:51

Après avoir marqué de son empreinte le film de science-fiction avec Alien et Blade runner, et avant de renouveler le péplum avec Gladiator, Ridley Scott signait en 1991 le road-movie par excellence: Thelma et Louise.
Thelma et Louise rejoint Alien en ce sens où une femme tient le haut de l'affiche, à la différence près qu'ici elles sont deux. Alors, Ridley Scott... fervent défenseur de la gente féminine? Si l'on ne peut répondre à cette question, son road-movie au féminin est tout ce qu'il y a de plus féministe. Les femmes sont présentées en effet comme prisonnières des hommes: elles sont maltraitées, ignorées, trahies, elles s'empêtrent dans les rouages d'un quotidien fade, leur naïveté les pousse à tout faire pour plaire, mais elles sont sans cesse à la merci d'un quelconque individu mal intentionné. Mais la trajectoire des deux personnages principaux prend la forme d'une révolte contre l'oppression et l'humiliation causées par les hommes. Au-delà de ça, leur voyage initiatique s'impose comme l'un des plus puissants cris de liberté vu sur grand écran: les deux femmes, aux tempéraments différents, finissent par se compléter malgré leurs failles, et découvrent au cours de leur voyage la toute puissance d'une vie menée à fond, jusqu'au bout. Ridley Scott filme ses deux femmes avec brio et restitue dans toute son ampleur héroïque ce parcours atypique qui bouleversera leur vie à jamais. Les paysages sont somptueux, la bande-son superbe, la photographie sublime et les cadrages parfaits: il est clair que Ridley Scott est au sommet de son art. On sent le plaisir qu'il a eu pour filmer chaque séquence, pour mettre en avant l'un des plus fabuleux duo d'actrices du cinéma: Geena Davis et Susan Sarandon illuminent le film de leur talent, de leur complicité, de leur naturel, secondé par Harvey Keitel, parfait dans la peau d'un flic compatissant (l'un des seuls personnages masculins qui soient compréhensifs). Thelma et Louise est une oeuvre à la fois grave et belle, qui s'appuie sur la légèreté et l'humour pour convaincre le spectateur. Le final mythique achève le film en apothéose, conclusion tragiquement belle à ce film inoubliable.

Hymne à la vie et à l'amitié, road-movie féministe, Thelma et Louise se distingue par ce vent d'absolu et de liberté qui imprègne constamment la pellicule.

9/10



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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 15:02

Carton au box-office US, Inception est le dernier film de Christopher Nolan, l'un des cinéastes les plus doués de sa génération. Le résultat s'impose d'emblée comme un classique, et par là-même peut-être comme l'oeuvre la plus aboutie du cinéaste.
Si Inception est si important, c'est en premier lieu par la perfection de son scénario: se basant sur une idée géniale, admirable de simplicité et de complexité mêlées, l'histoire se révèle d'une originalité, d'une virtuosité, et d'une crédibilité exceptionnelles, et Nolan revisite ses thèmes fétiches, tels que la manipulation, la perte de repère, et le double. L'ingénieuse construction narrative révolutionne le cinéma dans ce sens où aucun film auparavant n'en ait eu l'idée (à part peut-être Memento... autre film de Christopher Nolan), jouant sur la simultanéité des situations se déroulant dans les différents strates de rêve. Il est certains que bon nombre de spectateurs pas suffisamment attentifs seront quelque peu déroutés, mais le jeu en vaut la chandelle. Inception est une expérience de cinéma unique, qui n'omet jamais l'essentiel: procurer du plaisir au spectateur. Résultat: 2h30 de trip total. De plus, le personnage principal est particulièrement complexe et ambivalent, et l'histoire d'amour sonne juste. La musique bien adaptée et la très belle photographie embellissent davantage un travail visuel déjà impressionnant. La mise en scène est brillante: elle affiche une esthétique sublime, soutenue par d'incroyables effets spéciaux, instaure un rythme addictif, et réussit tout ce qu'elle entreprend: aussi bien lors des phases d'action, que les séquences d'émotion ou de dialogues d'explications, Nolan fait preuve d'un savoir-faire indéniable. Encore une fois, le réalisateur de Memento révolutionne la construction narrative du récit: il joue sur la simultanéité des situations qui se déroule dans les différentes strates de rêve, s'appuyant sur sa science du montage pour illustrer un cheminement aussi complexe avec brio et sans dérouter. Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un blockbuster hollywoodien: le véritable tour de force réside donc dans cette alchimie parfaite où la mise en scène parvient à retranscrire une histoire particulièrement retors tout en la rendant accessible au plus grand nombre. Et si Nolan remplit le cahier des charges du blockbuster à coup de séquences d'action époustouflantes, il fait une fois de plus preuve d'ingéniosité dans un final qui s'assimile au premier abord comme un happy-end avant le dernier plan, extraordinaire d'intelligence et d'ambiguïté, qui laisse le soin au spectateur d'interpréter l'issue de l'histoire. Généreux envers son spectateur, Nolan réserve de purs éclairs de génie cinématographique, notamment dans l'introduction et une deuxième partie d'anthologie quand les rêves s'imbriquent. Et puis, voir Joseph Gordon-Levitt se battre et mener à bien sa mission dans un état d'apesanteur, c'est tout simplement hallucinant. Alors, certes, quelques menus détails font office de défauts (une histoire d'amour qui pâtit de dialogues parfois convenus, et l'interprétation de Di Caprio qui manque à certains moments de puissance), mais l'ensemble est tellement jubilatoire...

Inception s'affirme d'emblée comme l'un des plus grands blockbusters jamais réalisés, une proposition de cinéma ambitieuse et novatrice, une oeuvre prodigieuse qui hante le spectateur longtemps après la projection et stimule son imagination.

10/10



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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 12:25

UFD

En 1979, Ridley Scott donnait naissance non seulement à un classique instantané du cinéma de science-fiction, mais il permettait également l'avènement d'une des sagas les plus cultes du Septième Art, avec Alien, le huitième passager.
Sur toute la longueur, et ce, dès les premiers plans sans paroles du film, la mise en scène de Ridley Scott cherche à instaurer une ambiance. La fluidité de la mise en scène s'ajoute à la photographie toute en contraste d'ombre et de lumière ainsi qu'à des décors somptueux pour créer un film esthétiquement parfait et incroyablement angoissant. Mais Alien ne serait pas un tel film sans l'apparence du monstre: H.R. Giger a créé davantage qu'un extra-terrestre hideux et cruel, il en a fait une véritable oeuvre-d'art, par l'originalité absolue de ses attraits et par la beauté parfaite de ses courbes. Ridley Scott prend son temps pour caractériser ses personnages, pour filmer le vaisseau à l'architecture aussi futuriste qu'impersonnelle dans lequel ils évoluent, pour mettre en scène le monstre, pour distiller une angoisse par la suggestion. En insistant sur une certaine lenteur, il crée une attente, une tension doucereuse, avant l'explosion lors de vingt dernières minutes d'anthologie où Ripley se retrouve seule face à la bête. Le cinéaste fait également appel au mystère pour renforcer son récit: ainsi, dans la séquence où l'équipage découvre la planète inconnue, la mise en scène se concentre sur la majestuosité des décors, et les réactions de surprise des personnages, sans donner de réponses à ce qui se passe à l'écran. Quel est ce vaisseau échoué? Quel est la mystérieuse entité morte et encore prisonnière d'une sorte d'objet destiné à la torture? Nous avons tout le loisir de nous poser ces questions, nous n'obtiendrons jamais de réponses. Et c'est bien ce qui fait toute la force de cette scène d'anthologie à l'esthétique par ailleurs magistrale... Le scénario d'Alien se base sur un huis-clos, avec peu de personnages et un décor unique, afin de mieux définir les relations, les humeurs de ces personnages qui vont mourrir les uns après les autres, tout en accentuant la sensation d'oppression, d'étouffement.

Alien est une oeuvre majeure du genre science-fiction/horreur, magistralement mise en scène par un Ridley Scott au sommet de son art.

9/10



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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 13:13

En 1979, Volker Schlöndorff adaptait Le tambour, un roman de Gunter Grass ayant fait polémique en son temps (1958) par la vision qu'il posait sur la Seconde Guerre mondiale dans une Allemagne aux plaies encore fragiles.
Schlöndorff, totalement possédé par son sujet, accouche d'une mise en scène puissante, à la fois épique et réaliste, qui porte les 2h20 de film avec un souffle et une générosité uniques.  Dans Le tambour, la violence côtoie l'humour, le grotesque se marie au sublime, la sensibilité fusionne avec le pathétique: c'est de ce mélange audacieux que naît un film profondément original, qui porte un regard nouveau sur le sujet de l'enfance confrontée à la guerre, et offre ainsi une alternative intelligente à d'autres films basés sur la même thématique (Requiem pour un massacre d'Elem Klimov et L'enfance d'Ivan d'Andreï Tarkovsky en sont les plus fameux exemples). Traversé par des séquences de magie absolue (la meilleure étant la longue scène de l'attaque de la poste, qui se conclut de façon totalement bouleversante), le film se démarque par cette atmosphère étrange, à la fois pesante et légère, terrible et hilarante. Le récit présente le conflit mondial et les relations humaines avec ambiguïté et subtilité. Le traitement des personnages est très fin: derrière les apparences, chacun révèle ses failles et ses sentiments, et ce, jusqu'aux moindres seconds rôles. Le personnage principal, Oskar, est un enfant pétri d'ambiguïtés: attachant par sa spontanéité, ridicule par son état d'esprit de supériorité, touchant par les mésaventures qu'il subit, c'est un enfant au caractère bien trempé, qui méprise le monde des adultes et refuse de grandir, alors qu'il ne cotoie que des adultes. A travers ce personnage, l'auteur confronte la barbarie de la guerre à l'innocence de l'enfance, le monde triste et hypocrite des adultes à l'insouciance de l'enfance. Le récit, adapté d'un roman, se révèle d'une richesse thématique exceptionnelle: en suivant la montée jusqu'à la chute du nazisme dans la ville de Dantzig, Le Tambour s'impose comme un film à valeur historique, même si le coeur du récit se concentre sur des personnages, et sur le tumulte des sentiments, où se mêlent amour, espoir, violence et résignation. Mené par la révélation David Bennent, qui, du haut de ses 13 ans, insuffle une énergie jubilatoire au personnage d'Oskar, le reste du casting se révèle de grand talent, avec Mario Adorf et Angela Winkler parfaits sous les traits du couple, Daniel Olbrychski émouvant dans la peau du cousin/amant de la mère, et l'apparition de Charles Aznavour en commerçant juif.

 Oeuvre dense, émouvante et décalée récompensée par une Palme d'Or, Le tambour est un film marquant qui mêle réalisme et absurdité. Un conte noir, épique et sublime, touché par la grâce.

9/10



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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 11:14

Carlotta Films

Le cinéma de Kusturica, c'est une combinaison magique entre le réalisme social le plus dur et l'imaginaire lyrique le plus décalé. Le Temps des gitans en est un parfait exemple...
Emir Kusturica s'affirme une fois de plus comme un artisan, un créateur à part entière, et revient ainsi à l'essence même du cinéma: la magie. Le Temps des gitans se vit, entièrement. Magnifique et tragique histoire d'amour mort-née, parcours d'un jeune gitan dans un monde corrompu par l'argent, peinture de la culture gitane et de leur quotidien de misère matérielle, le film de Kusturica nous livre une histoire forte et riche en émotions, dans la lignée des grands classiques aux propos universels. Ici, l'innocence est confrontée à la corruption, l'amour à la violence, bref, la cruauté de la vie côtoie un lyrisme surréaliste pour un résultat superbe. Le Temps des gitans, c'est aussi des visages, inoubliables, bouleversants, notamment d'enfants. La magnifique musique gitane de Goran Bregovic souligne superbement l'émotion lors de somptueuses séquences de cinéma. Les acteurs sont tous au diapason, la mise en scène est belle et fluide, l'émotion et l'humanité sont omniprésentes, l'humour et la gravité s'alternent avec brio, et la poésie débridée de l'auteur imprègne chaque plan.

Quel plaisir de voir Kusturica au sommet de son talent! Le Temps des gitans fait partie de ces oeuvres uniques, hors normes, de ces vrais propositions de cinéma, à la fois magiques et réalistes, sincères et généreuses. D'une telle profusion d'émotions, on retiendra deux ou trois séquences somptueuses de pureté qui touchent droit au coeur.

9/10 



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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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