Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:29

Le véritable intérêt de ce Blue Valentine ne vaut pas pour son sujet, mais pour la manière dont le cinéaste le traite, pas pour ses personnages, mais par la manière dont les deux acteurs principaux leur donne vie.
Derek Cianfrance, le réalisateur du film, aborde un sujet ultra-classique, mais parvient à rendre Blue Valentine à part pour plusieurs raisons. D'abord par sa direction d'acteurs: en effet, Ryan Gosling et Michelle Williams font preuve d'une complicité et d'un naturel confondants, leur sensibilité de jeu se révèle fusionnelle à tel point que s'en est presque dérangeant. Ensuite, la mise en scène, qui souffre néanmoins de certains défauts (quelques "tics" propre au cinéma indépendant), adopte toujours la bonne distance, pose un regard à la fois compréhensif et sincère sur ses personnages principaux. Dans Blue Valentine, ce qui se démarque vis-à-vis de la plupart des autres films sur la destruction d'un couple, c'est que la perte d'amour se fait progressivement, et que le moteur de la destruction est interne: en effet, ici, il n'est jamais question d'infidélité, ou d'un quelconque poids social, les blessures naissent du silence de l'autre, d'une phrase maladroite glissée au détour d'une prise de parole, ou d'un regard qui se vide et qui fuit l'autre. Blue Valentine n'est rien d'autre qu'un film sur l'érosion de l'amour par le temps qui passe. Le cinéaste, très intelligemment, parvient à équilibrer les torts des deux personnages, il s'est attaché au fait que le spectateur ne ressente pas plus d'empathie pour l'un ou pour l'autre, mais pour les deux. Du coup, l'analyse de couple est très intéressante, très juste, très parlante pour le spectateur. Le récit est monté de façon particulière, où des situations passées et présentes se répondent en écho, pour souligner d'autant plus l'évolution du couple et des liens qui les lie.

Avec Blue Valentine, Derek Cianfrance filme une flamme d'amour qui s'éteint entre deux êtres, avec une authenticité assez troublante, d'où un film, malgré ses maladresses, particulièrement attachant.

7/10



Repost 0
30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 18:28

Avec La dernière piste, la cinéaste Kelly Reichardt pose un regard neuf sur un genre qu'on croyait usé jusqu'à la corde, le western, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, par son angle d'approche inédit: en effet, ce pseudo-western est raconté du point de vue des femmes, habituellement rabaissées aux seconds plans. Le spectateur suit leur attente face aux décisions des hommes, puis leur évolution au sein de ce groupe, leur volonté d'imposer leurs opinions. Ensuite par sa mise en scène: le ton adopté est volontairement sec, l'approche est quasiment naturaliste, le spectateur est amené à ressentir physiquement l'abattement de ces hommes et ces femmes perdus au milieu d'un environnement particulièrement aride et désespérant. La réalisation est minimaliste, épurée à l'extrême. Enfin, par son récit débarrassé de toutes fioritures: La dernière piste conte l'errance de personnages dans un milieu hostile, livrés à eux-mêmes et guidés par l'instinct de survie: en cela, La dernière piste fait écho au récent Essential Killing, à la différence près qu'ici, point de flash-backs envahissants et inutiles, seul le présent des personnages importent. La cinéaste veut capter ces instants d'attente qui s'étirent, cet espoir qui s'étiole ou renaît, ce quotidien d'errance des personnages: ainsi, on ne sait quasiment rien de leur passé (seul quelques éléments infimes sont livrés au détour de quelques phrases), et surtout des motivations qui les ont poussé à traverser ce désert, avant de se perdre. Reichardt se concentre essentiellement sur les relations ambigües qu'entretiennent les personnages, sur ce qu'ils laissent paraître et dissimulent, en analysant les rapports de forces, les silences et les individualités qui se manifestent au détour de petites phrases a priori anodines. L'incertitude est la base du récit (à qui faire confiance? où l'indien les mène-t'il? que pense-t'il? vont-ils tous mourir?), et la fin en constitue à cet égard l'apogée.

Avec La dernière piste, Kelly Reichardt impose une vision très naturaliste du mythe américain, et illustre de façon concise un récit très intéressant qui amène à s'interroger sur les notions de dilemme, de confiance et d'espoir. La fin, si elle en décevra plus d'un, est en fait magistrale du fait, d'une part, qu'elle constitue la seule issue valable à ce récit constamment porté par l'incertitude, et d'autre part, qu'elle laisse le soin au spectateur d'interpréter l'avenir des personnages à sa guise.

8/10



Repost 0
30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 17:50

Avec New-York 1997, John Carpenter opère un mariage réussi entre plusieurs genres, et impose une figure de cinéma: Snake Plissken, génialement interprété par Kurt Russell.
Dès les premières images, Carpenter plonge le spectateur dans un univers délétère, une ambiance sombre. Avec ses plans nocturnes d'un New-York fantomatique transformé en prison d'état, et sa description d'une organisation policière déshumanisée, le cinéaste américain impose d'emblée son film comme une oeuvre d'anticipation: sa vision d'une Amérique ultra-sécuritaire qui délaisse les marginaux et s'appuie sur une institution policière répressive est sans concessions. Et c'est d'autant plus remarquable que tout est finalement vraiment crédible. Par la suite, le film emprunte davantage aux codes du film d'action, en accentuant la tension par un resserrement du cadre dans lequel se déroule l'histoire: l'espace (la prison) et le temps (le personnage principal a 24h pour retrouver le président, sinon il mourra) sont en effet limités. S'appuyant sur une musique délicieusement eighties, Carpenter filme un New-York à l'état de ruines et impose une atmosphère de déchéance et de chaos qui, à elle seule, vaut la vision du film. Mais que serait New-York 1997 sans son héros ultra-charismatique, auquel le génial Kurt Russell prête ses traits? En effet, il est le moteur du film, celui qui a l'avenir des Etats-Unis entre ses mains. C'est un homme qui a vécu, une légende (dans la prison, tout le monde connaît son nom, et tout le monde le croyait mort), qui exècre les gouvernants et se retrouve piégé, dans l'obligation d'accomplir une mission dont il n'a rien à faire: sauver le président des Etats-Unis. A cet égard, la fin est proprement jubilatoire, et inscrit définitivement Snake Plissken au rang de personnage culte du cinéma.

Au final, est un film qui a, certes, un peu vieillit par certains aspects, mais demeure intemporel par d'autres (la portée politique, le charisme du personnage principal).

7/10



Repost 0
30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 17:33


Après Fame ou encore Pink Floyd-The Wall, Alan Parker renouvelle son attirance pour la musique avec The Commitments.
Au son d'une musique particulièrement entraînante, Parker tisse un film simple mais profondément humain. Mené par une troupe d'acteurs pleine d'énergie, The Commitments est un film vivifiant, bourré d'humour et d'envie. Parker s'intéresse à l'art comme remède à la misère sociale, avec cette histoire de jeunes adultes irlandais qui décident de former un groupe de musique. Le récit, rythmé par une voix-off utilisée à bon escient, définit d'emblée de façon claire les différents membres du groupe: chacun possède une part d'humanité et de décalage nécessaires pour que le spectateur s'attache facilement à eux. Si, à la fin, le groupe ne survivra pas aux conflits individuels, l'unité momentanée créée par la musique, par l'acclamation de la foule sur scène, aura permis à chacun d'entre eux de rêver à de nouveaux horizons pendant un moment, pour prendre à l'issue de la séparation du groupe un nouveau départ, ou non. On ne peut s'empêcher d'éprouver un petit pincement au coeur en apprenant que les acteurs à l'écran, remarquables, n'ont pour la plupart plus jamais rejoué au cinéma.

Alan Parker réussit avec The Commitments une comédie sociale d'une générosité comme on en fait plus: d'un bout à l'autre, le film fait preuve d'une sincérité qui émeut et fait plaisir à voir.

8/10


Repost 0
15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 11:20

Corbis Sygma

Il est l'unique réalisateur de cinéma à avoir transformé à jamais chaque genre auquel il a touché. Tout au long de sa carrière, Stanley Kubrick a imposé sa vision lucide, souvent pessimiste, et parfois pleine d'espoir, de l'être humain. Après un premier film qu'il a renié par la suite (Fear and Desire), Stanley Kubrick a imposé sa marque dans l'Histoire du cinéma.
Au début de sa carrière, Kubrick signe des oeuvres importantes (Les sentiers de la gloire, Lolita et Docteur Folamour suscitent la polémique en leur temps), mais c'est avec le révolutionnaire 2001, l'odyssée de l'espace que cet artiste d'exception intègre le panthéon du cinéma. S'ensuivra Orange mécanique, que je considère comme son plus grand chef-d'oeuvre, Barry Lyndon, l'apothéose du film d'époque, Shining, l'un des monuments du film d'angoisse, Full Metal Jacket, un brillant film de guerre, et Eyes Wide Shut, une fascinante plongée psychanalytique dans les méandres d'un couple. A chacun de ces films, le talent de mise en scène du cinéaste explose l'écran: la fluidité et l'ampleur des mouvements de caméra, l'utilisation remarquable de la musique (il récupère des morceaux de classique la plupart du temps) et la gestion exceptionnelle du temps et de l'espace confèrent à tous ces films une aura, un pouvoir de fascination qui dépasse l'entendement. Et c'est d'autant plus fort que la réalisation illustre à chaque fois un propos qui bouscule les consciences, qui questionne sans cesse les parts d'ombre et de lumière présentes en chacun de nous. Cinéaste de l'emphase et du subtil, de l'émotion et de l'intellect, de l'intime et de l'universel, du tourment et de la contemplation, Kubrick aura été finalement le cinéaste de l'homme et ses contradictions.

Chef de file d'un cinéma ambitieux et perfectionniste, technicien de génie, maître de la narration, et témoin habile d'une humanité complexe et tourmentée, Stanley Kubrick m'apparaît comme une référence, un génie absolu, qui mérite sa place au sommet des plus grands réalisateurs de cinéma.



Repost 0
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 16:32

  La mise en scène est sans tensions, sans atmosphère, les dialogues sont sans intérêts, et les acteurs se débattent comme ils peuvent. Shuttle se caractérise donc par un ensemble terne, qui se veut angoissant et violent mais reste basique et gentillet. Le récit, particulièrement lourdingue, multiplie les rebondissements douteux, jusqu'à une conclusion étonnante et bienvenue, car osée et implacable, qui vient sauver la mise en permettant au film d'atteindre, pour la première et unique fois, une sorte de terreur glacée, silencieuse et crédible, une fatalité lucide.

Un film oubliable.

4/10



Repost 0
Published by julien77140 - dans Les Evitables
commenter cet article
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 16:16

Au début des années 2000, Gladiator eut un succès retentissant, en proposant une relecture moderne d'un genre oublié depuis des décennies: le péplum. Quelques années plus tard, Alejandro Amenabar s'y intéresse également, mais avec au final un résultat beaucou moins remarqué. En effet, son nouveau-né, Agora, est complètement passé inaperçu lors de sa sortie en salles.
Comment préserver la somme des connaissances humaines quand la marche de l'Histoire en a décidé autrement? Voilà l'une des questions centrales de ce film. Agora encourage la puissance de la raison, de la curiosité, de la remise en question constante de nos certitudes, et de la détermination à toute épreuve, au péril même de sa vie, pour défendre ses opinions contre l'avis général. Amenabar s'intéresse à une période peu flatteuse de notre culture occidentale: l'émergence de la religion catholique dans la fureur et le sang. On peut regretter qu'Amenabar, en athé convaincu, ne nuance jamais son propos, et manque ainsi de subtilité. Il n'empêche que la puissance de conviction du cinéaste nous emporte, surtout qu'elle se base sur des faits, certes romancés, mais bien connus. En pointant du doigt une religion catholique née dans le violence la plus effroyable, Amenabar fait un parallèle avec les extrémistes religieux actuels du Moyen-Orient. La fin du film, bouleversante, impose un constat assez terrible: la marche de l'Histoire a détruit bien des trésors de l'humanité. Si, aujourd'hui, tous les questionnements et les découvertes du film peuvent paraître triviaux ou scolaires, il faut se replonger dans le contexte de l'époque pour savourer le développement d'une pensée, d'une démarche qui aboutit à la vérité.  Malgré quelques outrances (notamment ces très hasardeux plans de la Terre vus de l'univers avec, en fond sonore, des bruits de foules humaines en colère), Alejandro Amenabar réussit parfaitement à rendre compte d'une société en regression, d'un recul de l'intelligence humaine (notamment lors de la scène, saisissante, du pillage de la bibliothèque). Sa mise en scène est ample et lyrique, renforcée en cela par des décors soignés. Dans la peau d'une philosophe déterminée, Rachel Weisz est particulièrement convaincante.

 Pour sa mise en scène, pour la puissance de ses thèmes, Agora est un film à découvrir, un péplum plein de bruits et de fureur qui livre l'une des plus fortes dénonciations de l'obscurantisme religieux vues au cinéma.

7/10



Repost 0
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 12:18

Warner Bros. France

2001, l'odyssée de l'espace est le premier film à envisager de manière sérieuse le domaine de la science-fiction. En se débarrassant de tous les poncifs inhérents au genre, Kubrick le réinvente, et pose des bases qui influenceront la plupart des autres films de genre réalisés par la suite.
2001, l'odyssée de l'espace est un séisme cinématographique dont les résonnances se font encore sentir aujoud'hui: en effet, beaucoup d'artistes s'en sont inspirés, de Gaspard Noé en passant par David Lynch. Réalisé en 1968, le film semble échapper au temps qui passe. 2001, l"odyssée de l'espace est une oeuvre d'art totale: la recherche et le travail effectués sur les décors sont hallucinants, et prouvent une fois de plus la minutie et l'obsession de perfection qui habitent le cinéaste de Barry Lyndon: avant-gardistes, les effets spéciaux et les décors créent une alchimie visuelle exceptionnelle, renforcée par une mise en scène ample, limpide et virtuose. Secondés par une musique toujours utilisé à bon escient, les mouvements de caméra sont d'une beauté qui transcendent l'exercice de style: dans 2001, Kubrick filme l'espace et les vaisseaux spaciaux à la manière d'un opéra, avec calme, grâce et fascination. Dans sa description d'un monde futuriste, le film de Kubrick atteint une crédibilité rarement atteinte depuis dans le genre. 2001, l'odyssée de l'espace a ouvert le champ des possibles dans le domaine de la science-fiction. Kubrick a en effet été le premier a voir en la science-fiction un outil métaphysique davantage qu'un moyen de divertir. Premier film à interroger l'inconscient du spectateur (en cela, il influencera considérablement David Lynch), 2001 pose plus de questions qu'il ne veut donner de réponses. Réflexion sur le temps, la crainte de la nature humaine face à l'inconnu, vision ambivalente des progrès technologiques (ils nous permettent de découvrir l'espace, d'élargir nos champs de connaissances, mais représentent un danger, car, à terme, ils se retourneront contre nous), 2001 est une oeuvre abstraite, indéchiffrable, qui questionne l'Homme sur sa condition et son rapport à l'immensité de l'univers. Les thématiques habituelles de Kubrick sont toujours bien là, avec, en premier lieu, sa vision pessimiste de l'Homme, et son rapport à la violence (rejoignant en cela Orange mécanique): en effet, le premier acte d'intelligence de nos ancêtres, présentés au début, est une démonstration de destruction, avec la découverte de l'usage de l'os. Quant à la fameuse transition entre l'aube de l'Homme et notre futur pas si lointain, il s'agit tout simplement de l'ellipse temporelle la plus virtuose du cinéma, qui fait un parallèle entre l'os et le satellite pour montrer que la nature humaine n'a fondamentalement pas changé: malgré l'évolution, nous dépendons toujours des objets. La dernière demi-heure, à tendance fortement expérimentale, fait perdre tous les repères du spectateur. Nous sommes d'abord conviés à sombrer dans un déluge de couleurs et de formes au pouvoir de fascination inestimable, avant d'atterir dans un salon mélangeant mobiliers anciens et futuristes, et c'est là que Kubrick, à travers des hors-champs et des ellipses très inventives, parvient à faire ressentir magistralement le poids du temps à un spectateur totalement dérouté. Le fameux monolithe noir, qui m'est personnellement apparu comme un symbole de l'inconnu, semble prendre tout son sens lorsque le personnage, au crépuscule de sa vie, le voit apparaître en face de lui. La renaissance finale, à la finalité très obscure, s'apparente peut-être à une touche d'espoir.

2001, l'odyssée de l'espace est un objet insaisissable, déroutant et unique, qui exerce son pouvoir de fascination encore aujourd'hui. C'est l'oeuvre révolutionnaire, étrange et hypnotique d'un homme qui disposait d'une liberté totale auprès des producteurs, et qui n'hésitait pas à prendre des riques pour faire exploser sa créativité. 

9/10



Repost 0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 12:39

 Pathé Distribution

Dernier film de Roman Polanski, né dans des conditions plutôt exceptionnelles (avec l'affaire judiciaire concernant le cinéaste), The ghost writer apparaît dès le générique de fin comme un absolu du film de genre.
La mise en scène, à l'élégance racée, laisse apparaître, sous des airs faussement académiques, une maîtrise et des trouvailles visuelles qui prouvent l'envie de cinéma intacte de l'auteur du Pianiste. La gestion magistrale du cadrage, du rythme, et de l'ambiance en font une véritable leçon de mise en scène. Servi par un casting impeccable et des décors volontairement austères, le film baigne dans une ambiance étouffante, étrange, quasi-surnaturelle, alors que tout est parfaitement crédible. Dans The ghost writer, l'extraordinaire découle du crédible, l'étrangeté est une extension du réel. Elaboré avec un soin maniaque, le scénario, sur fond de paranoïa et de faux-semblants, se révèle retors mais d'une limpidité brillante, qui n'égare jamais le spectateur. Le mystère, la tension sous-jacente qui émanent du film viennent du fait qu'il met en scène des personnages tourmentés, qui manipulent et dissimulent, des personnages que l'on n'identifie jamais vraiment. Le personnage principal, naïf et inexpérimenté mais extraordinairement curieux, puis déterminé, fait ainsi office de contre-poids à la tendance générale: il est le passeur qui nous fait entrer dans l'histoire. C'est à lui que le spectateur s'identifie: ainsi, l'on vit de l'intérieur cette irruption dans un monde inconnu, régit par des codes terrifiants (manipulation, corruption, meurtre). Cet univers, c'est celui de la politique: Polanski nous livre une vision fascinante du pouvoir, de la médiatisation, en insistant sur le fossé entre ce que les hommes politiques laissent transparaître d'eux, et ce qu'ils sont vraiment. En accord avec cette vision globalement sombre, la conclusion du film apparaît d'un cynisme et d'un pessimisme rares. Dans un monde aussi noir et corrompu, rien ne sert de découvrir la vérité au péril de sa vie, mieux vaut survivre et rester dans l'ignorance, semble nous dire Polanski.

Hommage aux films d'Alfred Hitchcock autant que thriller aux résonnances politiques éminemment actuelles, The ghost writer est un grand moment de suspens, parcouru de fulgurances particulièrement tendues (notamment les dix dernières minutes, géniales).

8/10



Repost 0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 12:09

Collection Christophe L.

Unique cinéaste à révolutionner chaque genre auquel il touche, Stanley Kubrick s'intéresse au film d'horreur avec ce Shining qui ne déroge pas à la règle. 
Dans Shining, Stanley Kubrick démontre sa capacité à créer du malaise en combinant tous les éléments nécessaires à instaurer le climat si particulier qui hante le film. Le réalisateur de Barry Lyndon se sert du décor (les longs couloirs de l'hôtel, le labyrinthe) pour régir sa mise en scène: il utilise ainsi les mêmes travellings avant d'une limpidité surnaturelle pendant tout le film, parfois même jusqu'au vertige. Filmée de cette façon, l'immensité des décors et des paysages provoque un sentiment quasi claustrophobique, une sensation de solitude infinie. Même si le scénario tient la route, l'intérêt n'est pas là car Shining s'envisage avant tout comme un pur exercice de style: la vision du monde du cinéaste s'efface quelque peu au profit d'une recherche esthétique définitive pour susciter l'angoisse. Kubrick dirige de main de maître ses acteurs: le jeune Danny Loyd est exceptionnel, mais c'est surtout le jeu ahurissant de Jack Nicholson qui fascine. Dans un rôle d'hystérique et de fou à lier, il confirme sans mal qu'il est l'un des plus grand acteurs de son temps. Si l'évolution narrative est prévisible, Kubrick n'a pas son pareil pour traduire cette progression par petites touches apparemment anodines, qui font tendre le récit vers l'horreur pure et simple. Shining est un film éprouvant par sa capacité à conjuguer une interprétation démente, une musique criarde, une photographie intensément lumineuse, et des mouvements de caméra d'une limpidité psychotique, qui se répètent avec la régularité d'un métronome.

S'il ne fait preuve d'aucune subtilité (musique omniprésente, violence frontale...), Shining est un film plein de bruit et de fureur, un traumatisme cinématographique traversé de fulgurances symboliques terrifiantes, qui hantent le spectateur longtemps après la projection. Encore une fois, Kubrick révolutionne un genre, en prouvant que pour, susciter l'horreur, tout est affaire de mise en scène.

9/10



Repost 0

Présentation

  • : Le Point Critique
  • Le Point Critique
  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
  • Contact

Profil

  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.

Recherche

Archives