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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 17:10

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTTm0F4KuQVaRc6yqXBrPo74KyO6eHyDr_gY9qhmmO3IaqEamgT

Park Chan-Wook compte parmi les figures de proue du cinéma coréen actuel, imposant un style grandiloquent aux très graphiques accès de violence. Pour autant, si l'on met de côté Old Boy, véritable coup de génie sorti de nulle part, la filmographie du cinéaste coréen reste somme toute peu convaincante, avec des films oubliables (Sympathy for Mr. VengeanceLady Vengeance) voire d'autres carrément nauséeux (l'immonde segment du triptyque Coupez!). Avec Thirst, cette impression semble malheureusement se confirmer...
Dans Thirst, Park Chan-Wook n'est qu'un faiseur clinquant et prétentieux qui, malgré ses tentatives de s'inscrire dans la lignée des films d'horreur romantique, ne parvient pas à masquer la vacuité totale de ses effets. La transposition de Thérèse Raquin est si peu convaincante (sur le papier, l'idée était pourtant intéressante) que le spectateur ressent la désagréable impression d'assister au travail d'un artiste qui hurle à chaque instant: "Vous avez vu comme je suis intelligent, je connais la culture occidentale, j'ai lu du Zola quand même!". Seulement, le cinéaste coréen n'atteint jamais la puissance trippale et l'atmosphère anxiogène de l'écriture de Zola, à aucun moment les personnages ne semblent exister par eux-même, et Chan-Wook s'autorise même des illustrations littérales qui confinent au grotesque (les plans où le cadavre, affublé d'un sourire ridicule, s'insinue entre les deux protagonistes quand ils font l'amour). Le spectateur pourra à la limite se consoler de la pauvreté et de l'invraisemblance du récit avec une ou deux scènes particulièrement torrides, mais la surcharge d'effets stylisés finit par fatiguer. En fait, seule la fin mérite qu'on s'y attarde: malgré la lourdeur du style, elle parvient à dégager un semblant d'émotion, de poésie, qui, sans racheter tout ce qui a précédé, permet au film de se conclure sur une note un peu moins amère.

3/10 

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 12:55

http://2.bp.blogspot.com/-Tjj9kOmu0UY/Tf06LdSlR1I/AAAAAAAAGcI/UdMWv8gQOPI/s1600/Crazy%2BStupid%2BLove_2011.jpg

Après un passage à vide dans ma gestion de ce blog, faute de temps, la reprise de mon activité critique se fait avec cette comédie américaine qui a fait sensation l'année dernière: Crazy stupid love.
Le film, finalement incroyable de lisibibilité, est assez symptômatique du "gros" cinéma américain d'aujourd'hui, qui se contente d'afficher un gros casting ou d'aligner les effets de manche pour mieux masquer un scénario réduit à l'état de schéma figé et la vacuité d'un message frontalement puritain. De Crazy stupid love, il faudrait retenir la première heure, qui, sans être révolutionnaire, avait le mérite de savoir faire (sou)rire et de bousculer les sacro-saintes valeurs américaines avec une énergie plutôt commmunicative. Cependant, la suite voit le film "rentrer dans le rang", si je puis dire, en sombrant dans la guimauve romantique et le puritanisme le plus éculé. Crazy stupid love affiche ici ses limites, empêtré dans un récit binaire et cadenacé. Plus grave, par ce contre-pied, le film se pose de façon prétentieuse et politiquement correct en accusation du libertinage et du célibat parsemé de conquêtes d'un soir, prônant les valeurs conservatrices du mariage, de la fidélité et de la famille, hissant un étendard à la prédestination à l'amour absolu entre deux êtres, au concept enfantin de l'âme-soeur, avec une naïveté étonnante de fadeur et d'académisme freulaté. Du casting prestigieux, seul Steve Carrell dépasse le stade de la simple affiche figurative (Gosling est utilisé uniquement pour son physique, Julianne Moore reste fade, Kevin Bacon est inexistant, Marisa Tomei caricaturale et Emma Stone transparente).

Au-delà de la platitude de la mise en scène, c'est bien le côté puritain de son scénario qui fait de Crazy stupid love une comédie finalement sans saveur, et ce malgré une première heure très agréable à suivre.

4/10

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 20:01

  http://patriciabergeron.net/wp-content/uploads/cover_warphotographer_front.jpg

War photographer est un documentaire sur l'un des plus célèbres photographes de guerre: James Nachtwey. S'il reste entièrement focalisé sur son sujet, le film porte une réflexion qui va bien au-delà.   
Le film a le bon goût de poser des questions sans chercher à y répondre. Avec, au centre, la figure énigmatique du photographe James Nachtwey, et la réflexion sur son travail. Voyeurisme ou témoignage? Quête de reconnaissance ou activisme passionnée? Ce constant soucis du danger, est-ce pour l'adrénaline, ou pour servir de porte-parole? Quoi qu'il en soit, nous est présenté ici un homme solitaire, porté par l'inconscience de sa passion, obligé d'utiliser les moyens de la société actuelle pour faire connaître son oeuvre. Face à une telle figure, le spectateur est sans cesse tiraillé entre fascination (par son comportement sans concessions, cet affront fait au danger et à la mort) et dégoût (voir ce photographe jauger, tournoyer autour de cadavres, de victimes et de miséreux, a quelque chose de fondamentalement répulsif): le propos est toujours à la limite entre l'abject et le sublime. Mais ce constant balancement moral verserait dans le cynisme si l'objectif du photographe n'était pas d'extirper l'espoir sur le terreau encore fumant de la barbarie humaine: toute la pertinence et la bouleversante lucidité du propos tient dans cet état de fait. War photographer pose des questions essentielles sur l'art photographique (jusqu'où peut-il aller, quel lien entretient-il avec le réel, quelle démarche permet à l'artiste d'aboutir au cliché définitif et, surtout, dans quelle mesure est-il capable de changer le monde), mais aussi sur l'homme, son rapport à la souffrance des autres, à la mort, à la célébrité et à l'indifférence d'une société complètement déshumanisée. Le film pose problème jusque dans sa conception même. Dans les images que le cinéaste propose, à quel moment y-a-t'il mise en scène? Sans cesse, le regard s'interroge sur ce qu'il voit. Il y aussi cette musique mélodramatique qui revient comme un motif obsédant, soulignant de manière emphatique des images qui se suffisaient à elle-même: de quelle manière s'opère ce passage de la véracité documentaire au parti-pris de dramatisation un peu trop appuyé? Parmi les nombreux moments marquants de ce document, l'une des apothéoses constitue sans nul doute ce passage ahurissant où le photographe suit un groupe d'hommes qui en pourchassent un autre pour le massacrer, et où Nachtwey, tout en les suppliant de l'épargner, continue à prendre des clichés.   

Au final, l'appréciation de ce documentaire est un tel cheminement réflexif, une telle prise de conscience, qu'elle dépasse le stade du simple jugement de goût. Comme toutes les grandes oeuvres controversées, War photographer contient une part d'ombres, un relent d'ambivalence morale qui dérange profondément: aussi bien par son sujet que dans sa conception, ce film est un manifeste de la nature humaine dans sa plus absolue ambiguïté, aussi édifiant que nécessaire.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 23:14

 

http://mskstatic.com/386/515/medias/photos/programmes/moins_de4560000/4542375/le-territoire-des-loups.jpg

Passé un premier quart d'heure incroyablement convaincant, le film a tendance à s'embourber dans un schéma, une répétition de situations en forme de mise à mort assez classique, et la mise en scène si imposante de départ se réfugie derrière les créatures qui intègrent progressivement le récit, en jouant sur l'angoisse provoquée par le sursaut du spectateur à chaque nouvelle attaque. A force, Carnahan finit presque par ériger en système ce principe, si bien qu'au final l'on est davantage oppressé par l'attente d'un nouveau surgissement que par la survie proprement dite au sein d'un environnement hostile. Progressivement, l'ambiance étouffante s'estompe, pour laisser place à un survival mâtiné d'horreur assez classique, avec personnages stéréotypés et situations prévisibles. Les nombreux flash-backs (surlignées de manière très académique par une musique mélancolique) ainsi que des dialogues parfois trop explicatifs font du Territoire des loups un film qui n'hésite pas à empreinter des sentiers balisés, perdant ainsi quelque peu de vue la pureté du survival (dont Essential Killing constitue une sorte de figure jusqu'au boutiste). Pour autant, Carnahan sait filmer le cadre naturel particulièrement cinégénique dont il dispose, en nous offrant de très beaux cadrages, et le film retrouve un second souffle dans les dernières minutes, avec un plan final que le spectateur n'est pas près d'oublier. Pour convaincre même les plus réticents, Carnahan dispose d'un argument de choix: Liam Neeson, que l'on a rarement vu aussi bon, subjugue par son magnétisme. Malgré quelques poncifs, Le territoire des loups laisse entrevoir le grand film qu'il aurait pu être à travers de sublimes fulgurances (la séquence de crash aérien, d'une intensité jamais vue; à l'encontre des pratiques classiques, le moment où le héros accompagne un blessé vers la mort à l'issue du crash témoigne d'une sincérité tellement directe qu'elle émeut fortement; la fin).

Un survival brutal, oscillant entre académisme et réelle ambition, qui confirme, derrière les passages obligés du film américain classique, les talents singuliers de Joe Carnahan et Liam Neeson.
"Live and die on this day" 

6/10

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 18:33

http://nicolinux.fr/wp-content/2009/12/tetro-coppola.jpg

Au-delà de la simple symbolique entretenue avec les personnages du récit, le premier plan du film (un papillon attiré par la lumière d'une lampe) apparaît comme l'illustration de l'oeuvre en elle-même: Tetro est un film hypnotique, d'une beauté incandescente, mais toujours à deux doigts de se brûler les ailes.
Passés une introduction et un générique d'une grande beauté graphique, Coppola nous sidère d'entrée de jeu. En quatre plans, il instaure une atmosphère, faite d'ombres opaques, de lumières tamisées, mais aussi de chaudes sonorités, celles de l'Argentine: le spectateur vit littéralement au rythme, à la moiteur et à le sensualité de ces rues de Buenos Aires, de nuit. L'ambiance sonore est d'une telle précision, les cadres et la composition sont d'une telle perfection, que le spectateur, plus que de voir ou d'entendre, a l'impression de sentir, de ressentir la singularité de ce lieu. Tetro baigne dans un noir et blanc fabuleux, parsemé de flash-backs en couleur comme autant de réminiscences, de visions imaginées d'un passé mystérieux qui se dévoile progressivement. A de nombreux égards, Tetro apparaît comme un film-somme du cinéaste. D'abord, par son propos éminemment personnel (que Coppola a écrit lui-même), mais aussi par sa manière particulière de jeter des ponts plus ou moins voyants avec le reste de la filmographie du cinéaste: la figure paternelle imposante et les relations familiales dans un sens plus large (Le parrain, Rusty James), le recours au noir et blanc (Rusty james), le récit en forme de tragédie antique (Le parrain), la tendance opératique de la mis en scène (Le parrain, Dracula). De façon plus imagée, Tetro est le pendant de Dracula: en effet, n'est-il pas question, ici, d'une figure paternelle trop imposante qui, en étouffant son fils, en le renvoyant parmi les ombres, le vampirise, littéralement? Les non-dits, les secrets inavouables, et les tensions au sein de cette famille sont mis en exergue par l'omniprésence de l'art. Coppola s'interroge sur le génie artistique, sa propension à détruire la relation humaine en profitant de son statut pour assouvir ses moindres désirs, et en étouffant toute tentative de son entourage pour suivre sa voie (l'oncle concertiste, le fils écrivain). Nous ne nous étalerons pas sur le parallèle à faire entre le cinéaste lui-même et sa propre famille (parents musiciens, fille cinéaste), mais avouons que tout cela prend une dimension assez troublante. La rivalité a-t-elle été aussi pregnante dans sa propre famille? Le choix du noir et blanc est en fait l'illustration même de ce récit fait d'ombre et de lumière. Coppola met en exergue le caractère destructeur de l'art, use de nombreuses symboliques. Tetro vit dans l'ombre de son père, de la vie, et passe son temps à projeter la lumière sur les autres (il s'occupe de la lumière dans les représentations théâtrales). Dans Tetro, l'art et la vie s'influencent mutuellement. A l'image de Coppola lui-même, Tetro puise dans ce qu'il a vécu pour nourrir son oeuvre. Et le récit, par un vertigineux jeu de miroirs (des destins qui s'imitent; des motifs qui se répètent, comme l'accident de voiture ou la jambe dans le plâtre), revêt aussi une dimension symbolique et évocatrice, où l'intime devient épique, où l'art prend littéralement vie. La grande force de Tetro, c'est qu'il s'envisage aussi bien concrètement que symboliquement. Pendant plus de deux heures, par-delà l'omniprésence de l'art au sein du récit, nous assistons à un film dont l'histoire se cherche, la plastique expérimente. En cela, Coppola questionne les étapes principales de création d'un film: l'histoire et la mise en scène. Tetro est une représentation, une symbolique, par son contenu, autant qu'une démonstration concrète dans son identité même. Plus qu'une illustration en tant qu'oeuvre artistique achevé, il est l'illustration du processus de création artistique, de son évolution. Tetro est tout à la fois un film sur l'art, une oeuvre d'art et une oeuvre d'art entrain d'être créé. C'est un film d'explorateur passionné, d'innovateur boulimique, d'où l'abondance de symboles dans le récit, et la démonstration esthétique d'une mise en scène consciente de sa propre virtuosité. En ce sens là, Coppola semble vouloir retrouver une nouvelle jeunesse, une période où tout reste encore à découvrir. Le cinéaste a aussi fait des merveilles avec le casting: outre le génial Vincent Gallo, Tetro est l'occasion d'une confirmation (Maribel Verdu, éblouissante) et d'une découverte (Alden Ehrenreich, étonnant de naturel). Prodigieux pendant presque deux heures, le film souffre néanmoins d'un épilogue opératique moins convaincant: les ficelles se desserrent, avec son cortège de considérations psychologiques (voire psychanalytiques) un peu encombrantes. Pourtant, il faut peut-être rechercher l'explication de la fascination toute singulière qu'exerce le dernier film de Coppola dans son extrême fragilité: puissant, démesuré, Tetro est pourtant toujours à deux doigts de sombrer dans le grotesque.

Même si la dernière demi-heure frise le trop-plein, Tetro est un film qui témoigne d'une soif inépuisable de créativité, qui affirme la puissance démesurée de l'art, et s'impose comme un choc esthétique, symbolique et émotionnel d'une ampleur rare. Avec Tetro, Coppola signe peut-être son film le plus émouvant.

9/10

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 17:39

http://www.lyricis.fr/wp-content/uploads/2011/12/Detachment-Affiche-France.jpg

L'intention de départ de Detachment, à savoir rendre compte d'un chaos social, était fort louable. C'est la solution pour la mettre en oeuvre qui pose problème.
Si la subjectivité, autrement dit l'expression de l'intériorité d'un artiste, est la condition première à toute oeuvre d'art, il est de ces sujets (sociaux pour la plupart) à traiter avec un minimum de recul et de lucidité (ce qui ne signifie pas d'exclure une sensibilité personnelle, bien au contraire). Avec Detachment, Tony Kaye va à l'encontre de ces principes: au lieu de pointer la problématique d'un sujet aussi universel que l'éducation, le cinéaste se vautre dans la démagogie la plus insupportable.
Dans sa vision étriquée et irritante, en gros, les parents sont la seule et unique source du dérèglement, par leur absence et/ou leur méchanceté, les professeurs sont des martyrs incompris, des bons samaritains sacrifiés, et les élèves se scindent en deux catégories (les bons et les méchants). Mais ne vous inquiétez pas, dans le film, le personnage de Brody, sorte d'évangile sortie d'on ne sait où, est là pour leur apprendre, à ces "morveux", ce qu'est le respect, ce qu'est la vie. Ainsi ne faut-il pas s'étonner si, après qu'il ait prêché la bonne parole, les fortes têtes se retrouvent totalement dociles, avec la sensibilité d'une midinette ("Vous allez me manquer", dit l'un d'eux quand Brody leur annonce son départ). Il y a aussi la prostituée que Brody prend sous son aile, la transformant en deux coups de cuillères à pot en jeune fille bien proprette. Je ne remet pas en cause la capacité de l'être humain à changer, à évoluer (bien au contraire, puisque c'est ce qui, d'un certain côté, fait toute sa beauté), mais Tony Kaye semble oublier une chose, c'est que l'on ne change pas déjà du tout au tout, et cela ne se fait pas en un claquement de doigt ! En fait, le plus attrayant, dans toute cette désolation, c'est l'interprétation. La scène marquante du film - la seule - repose entièrement sur les épaules de Lucy Liu, qui perd son sang-froid face à une élève. Quant à Adrian Brody, sans être exceptionnel, il est suffisamment bon pour parvenir à faire oublier le statut bancal de son personnage. Le récit se concentre d'ailleurs sur la vie de ce professeur, aussi bien dans son quotidien professionnel que dans sa vie intime, s'acharnant à nous prouver sa vertu, sa quête d'aider son prochain au quotidien, à l'école comme chez lui. Dans Detachment, outre la prétention (notamment la voix-off, utilisée pour rendre compte des questionnements intérieurs du personnage, qui n'est qu'une suite de phrases creuses masquées derrière une pseudo-réflexion sur la vie), c'est la lourdeur de la démarche qui interpelle: la symbolique est bien trop appuyée, tout est sur-signifié. Un exemple frappant: les flash-backs de début suffisaient pour imaginer le passé du personnage, alors quelle idée d'aller tout montrer, tout expliquer dans la seconde partie du film? A croire que Tony Kaye ne fait aucune confiance en l'intelligence de son spectateur ! Le comble pour un film dont le personnage principal, lors d'un cours donné à ces élèves, remet en cause le monde actuel par l'omniprésence des images, qui nous ont fait perdre notre capacité d'imaginer... le cinéaste fait tout l'inverse ! Quant aux effets visuels, ils sont, au mieux, inutiles (les dessins) ou archétypaux (les flash-backs en Super 8 - comme c'est original !), et, au pire, d'une laideur à vomir (la scène du suicide de l'adolescente, avec ce plan au ralenti où elle mange un gateau, est peut-être l'un des pires moments de cinéma vus ces dernières années). Tout juste peut-on lui accorder une intention, au détour de quelques plans, de traduire poétiquement une certaine vision du chaos (les couloirs abandonnés et remplis de feuilles qui virevoltent).

Detachment concentre une telle quantité d'inepties (aussi bien esthétiques que narratives) que l'on finit par éprouver ce qu'il faudrait absolument éviter face à un film sur un sujet aussi préoccupant: une totale indifférence.

2/10

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 11:10

http://cdon.se/media-dynamic/images/product/000/605/605384.jpg

Réalisé en 1949, La fontaine d'Aréthuse doit être vu pour ce qu'il est: le long-métrage de jeunesse d'un génie en devenir.
Le récit s'éparpille quelque peu par son parti pris structurel quelque peu étrange: c'est l'histoire d'un couple, entrecoupée par des passages sur leur ex-amant respectif (à travers flash-backs ou scènes en simultané). Du coup, le film souffre quelque peu d'un manque de fluidité, d'unité: le rythme est un peu malmené. Pour autant, cette Fontaine d'Aréthuse contient déjà les germes de la singularité de Bergman, visible au détour de certains plans qui témoignent déjà de sa maîtrise plastique, mais aussi par les thématiques abordées (le couple, la souffrance, les questionnements existentiels) qui deviendront par la suite la colonne vertébrale de son oeuvre. La fontaine d'Aréthuse, en tant que prémice à la naissance d'un grand cinéaste, reste encore peut-être trop didactique dans son message: à l'image de des derniers plans du film, a priori anodin, de paysages où terre, mer et ciel se confrontent sans se détruire, l'homme et la femme doivent cohabiter malgré leurs antagonismes et leur incapacité à se comprendre car, comme le personnage le dit dans le film, la solitude est encore bien pire (illustré non seulement par le dialogue final du couple, mais aussi par le suicide de l'amante - par ailleurs magistralement suggérée: un bruit de plongeon, suivi d'un plan sur les vibrations de l'eau).

Au final, un film un peu bancal par sa structure, mais très intéressant par ses thématiques et sa rigueur formelle. Et puis... La fontaine d'Aréthuse a beau être un film mineur de Bergman, il reste encore bien supérieur à la majorité de la production actuelle. 

7/10

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 08:34

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/racine/film/les-vies-privees-de-pippa-lee/14323090-22-fre-FR/Les-vies-privees-de-Pippa-Lee_fichefilm_imagesfilm.jpg

Il est étonnant de voir comment, avec toutes les cartes en main pour réussir, Rebecca Miller désamorce toute tentative pour parvenir à être à la hauteur. Déjà, elle réussit à éteindre complètement les promesses d'un casting a priori intéressant. Robin Wright Penn et Alan Arkin ont beau être sympathique, ils ne peuvent compenser entre Winona Ryder et Maria Bello, tellement hystériques que leur jeu confine au grotesque, Keanu Reeves, plus monolithique que jamais, ainsi que Julianne Moore et Monica Bellucci, renvoyées au simple rang d'apparitions. Si les intentions de départ étaient louables, avec un synopsis plutôt attirant, la mise en scène de Rebecca Miller est d'une telle platitude, et le récit tellement handicapé par les longueurs et des dialogues ineptes pour la plupart, qu'il est peu de dire que l'on s'ennuit. Sur l'heure et demie que dure Les vies privées de Pippa Lee, peut-être vingt minutes sont à sauver. Le reste n'est qu'émotions consensuelles et lourdeur indigeste.

4/10

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 09:26

http://www.cinemotions.com/data/films/0010/32/1/affiche_Sentiers_de_la_gloire_1957_2.jpg

Pour son quatrième film, Kubrick renoue avec l'univers de la guerre après Fear and desire (qu'il a renié). Résultat: un manifeste sur la nature humaine dans ce qu'elle contient de plus bas comme de plus beau, qui contient déjà en substance les ingrédients de ce cinéma si singulier qu'a bâtit l'auteur de Barry Lyndon.

       Les sentiers de la gloire est un film qui pointe du doigt la propension de l'homme à la destruction: Kubrick pose un regard cynique sur les tribulations misérables de ces êtres, dominants ou dominés, autoritaires, soumis ou révoltés, tous, chacun à leur manière, égarés sur le grand échiquier du monde. Les généraux, bien au chaud dans leur somptueuse bâtisse, n'ont plus le sens de l'effort, ne pèsent plus le poids de la vie, et jouent littéralement avec les vies des soldats, comme avec des pions prêts à être sacrifié. Le personnage de Kirk Douglas apparaît comme le seul gradé un tant soit peu représentatif de la grandeur de l'homme qui peut s'afficher en temps de crise: il est celui qui ose, par son franc-parler et son honnêteté à toute épreuve, remettre en cause l'injustice d'un système archaïque et inhumain. Pour autant, Kubrick, lucide, ne l'affiche pas en héros en soulignant son échec: son erreur de départ (accepter la mission suicide de son supérieur) lui coûtera très cher, puisque, malgré ses tentatives, il ne pourra plus faire marche arrière (la séquence du tribunal témoigne de son impuissance face à une institution qui a érigé l'hypocrisie en valeur). Kubrick s'attarde bien plus sur les rouages hypocrites que sur les scènes de guerre proprement dites (nous n'en compterons que deux, et encore). Ainsi, Les sentiers de la gloire n'est pas un film de guerre, mais un film sur l'arrière-plan de la guerre, prétexte à une réflexion bien plus vaste: l'ambivalence de la nature humaine. Formellement, la mise en scène de Kubrick impose déjà sa puissance, soutenue par de superbes éclairages à tonalités expressionistes. La scène de fusillade, qui s'étire en longueur pour mieux faire ressentir l'intensité de l'instant, est un modèle de rythme et de tension: on ressent littéralement la proximité de la mort. Quant à la fin, brève parenthèse avant de reprendre le combat, elle est aussi poignante qu'inattendue, apportant un peu de fragilité et d'humanité dans cet univers en perdition: illuminée par la beauté d'un visage de femme (Susan Christian, qui se mariera par la suite avec le cinéaste), cette scène, par sa propension à résumer l'éventail de la condition humaine en quelques minutes, est sans aucun doute l'un des plus émouvants moments du cinéma de Kubrick. 

9/10 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 22:41

http://www.surcine.com/movies_photos/le-dernier-des-hommes.jpeg

Toujours dans cette même volonté de découvrir un territoire inexploré jusqu'alors, je me suis intéressé à un autre film de Murnau (et oui, encore lui...), l'un de ses plus fameux: Le dernier des hommes. Il n'est pas peu dire que la surprise est encore de taille, tant le film prend aux trippes. Décidément... quel génie, ce Murnau !
Le dernier des hommes, c'est le principe du muet poussé à son paroxysme: il n'y a pas un seul carton de dialogue, excepté pour présenter la décision du cinéaste concernant l'épilogue. La mise en scène, avec ses magnifiques jeux d'ombre et de lumière, instaure une atmosphère particulière, un peu plus crépusculaire à chaque plan. Le dernier des hommes est sûrement l'un des récits les plus terribles de toute l'histoire du cinéma. A travers la descente aux enfers progressive d'un homme vieillissant, le film montre comment un système inhumain détruit des vies, comment une société exclut une catégorie d'êtres humains, tout cela sous le prisme d'une ville indifférente à ceux qui la peuplent (cette thématique de l'enfer urbain est une obsession récurrente de Murnau - en cela, ses films conservent une incroyable modernité). Le film commence de manière plutôt légère. Même en découvrant le lieu de vie plutôt précaire du personnage, le film conserve cette tonalité. Il est d'ailleurs assez amusant de voir à quel point l'uniforme de portier influence l'attitude du personnage, qui se donne des airs nobles et attise le respect des gens de son quartier. Seulement, à cause d'une mégarde insignifiante, sa vie entière va basculer en une séquence. Cette séquence, où le vieil homme est viré sans ménagement, est une véritable déflagration, à la fois par son intensité dramatique (dans un premier temps cette distance, cette retenue de la caméra, puis cette proximité et cette intrusion brutales au coeur de la situation, traduisent une montée en puissance; après, il y a la vaine tentative du personnage de prouver qu'il est encore capable, qui se solde par une terrible désillusion) et sa puissance symbolique (dans un film qui se passe de la langue, toute l'ignominie humaine se transmet au moyen de mots tapés à la machine sur un lettre). Comme illustration de la déchéance, on a peut-être rarement fait mieux que le passage de ce film où le personnage principal travaille dans les toilettes. Tant son film regorge d'intensité, l'on comprend que Murnau a été porté, interpelé, et même bouleversé par son sujet. Pour aller au bout de sa logique, le cinéaste allemand a peut-être été trop caricatural dans son approche: ainsi, la réaction des voisins et surtout de sa famille, apparaît-elle excessive (l'humain est cruel, mais à ce point...). Néanmoins, le dernier plan qui précède l'épilogue, avec le geste du gardien de nuit, s'autorise une pointe d'humanité magnifique. Le carton qui introduit l'épilogue est nécessaire pour ne pas que le spectateur soit gêné par l'idée du happy-end. Murnau fait preuve de lucidité, il sait pertinnement l'issue tragique qui attend un tel homme dans la réalité, et utilise le cinéma pour ce qu'il peut être: un échappatoire au réel. Ainsi, ce grotesque retournement de situation finale apparaît-il dans le même temps comme une désillusion suprême et une foi incroyable en la puissance du Septième art, en sa capacité à réinjecter du merveilleux au coeur même des situations les plus désespérées. 

Le dernier des hommes est une oeuvre d'une force incomparable, qui émeut parfois jusqu'aux larmes. Ce genre de découverte prend une place importante dans la vie d'un cinéphile, ne serait-ce que pour montrer qu'en terme d'intensité dramatique, le cinéma parlant n'a pas inventé grand chose de plus.

9/10

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  • : Le Point Critique
  • Le Point Critique
  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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