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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 22:31

Film culte des années 90, Forrest Gump a marqué de son empreinte l'histoire du cinéma, à tel point que certaines expressions du film sont parfois utilisés dans la vie courante! Alors, qu'en est-il vraiment de ce succès pharaonique et multi-récompensé?
Avec Forrest Gump, Robert Zemeckis signe son meilleur film. En effet, sa mise en scène donne lieu à des scènes inoubliables et des plans somptueux (notamment des paysages du Vietnam), et se révèle à la fois discrète, rythmée et émouvante, aidée en cela par un casting hors pairs et une bande-son d'anthologie qui reprend tous les morceaux-phares des périodes que traverse le scénario. Le scénario est à la fois riche et simple, rempli de clichés utilisés avec une telle assurance qu'ils en deviennent distrayants, et ponctués de dialogues désopilants et recherchés. Tout en dressant le portrait d'une Amérique sur plusieurs décennies, l'histoire suit le parcours d'un homme simple d'esprit mais profondément honnête. Sa vie, au gré du destin et des hasards, se compose de bonheur et de désillusion. Forrest Gump nous parle d'amitié, d'amour, de guerre, de politique, d'honnêteté et, pour ainsi dire, de la vie, dans toute sa simplicité. Sa naïveté plaisante, son humour jouissif et son émotion touchante sont parfois entâchés par certaines lourdeurs inutiles et malheureuses. Mais bon, face au plaisir incommensurable que l'on ressent à bon nombre moments du film, le spectateur s'en accommode. De plus, la prestance incroyable des comédiens procure un bonheur magique: Tom Hanks est parfait dans un rôle difficile, à la fois drôle et émouvant, Gary Sinise est génial en lieutenant de l'armée américaine, mais c'est surtout Robin Wright qui irradie le film de sa beauté sensible.
Hormis un manque de subtilité certain, Forrest Gump est un film totalement plaisant et multi-usage: d'une émotion palpable, d'une nostalgie touchante, d'une joie de vivre communicative, d'un humour dévastateur, et d'une poésie dépaysante, qui raconte l'histoire de l'Amérique de la seconde moitié du XXème siècle autant que la vie d'un homme. A ne pas manquer.

8/10



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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 13:00

Considéré comme l'oeuvre-phare de la carrière de Dario Argento (avec Suspiria bien évidemment), Les Frissons de l'angoisse (Profondo Rosso en espagnol) est un film impressionnant de modernisme même s'il s'inscrit dans la pure tradition des giallos, ces films italiens à la violence très stylisée qui sert une histoire policière.
En comparaison avec Suspiria, Les frissons de l'angoisse se révèle beaucoup plus solide et recherché narrativement, mais il ne possède pas la puissance esthétique hors normes du chef-d'oeuvre d'Argento réalisé deux ans plus tard. La musique des Goblins est d'une force et d'une variété tout simplement époustouflante, une des meilleurs musiques de film d'angoisse jamais créées (avec celle de Suspiria), qui soutient une mise en scène moderne et surdouée: à coups de long plans-séquences d'une fluidité magique, ou de plans brefs mais parfaitement étudiés, Argento crée une ambiance, un rythme, renforcés par une photographie qui s'amuse superbement avec les contrastes de lumière. L'intelligence et le sadisme hallucinant des scènes de meurtre sont d'une beauté graphique jubilatoire, avec cet aspect bricolage des plaies et du sang qui confère à ce film une sorte de violence décomplexée et plus plaisante que dérangeante (peut-être pour mettre à nu la perversité qui sommeille en chacun de nous, qui sait? Argento a l'esprit un peu torturé...), ce qui ne nuit pourtant pas à la tension et la noirceur ressenties tout au long du film. Argento a également eu la bonne idée d'apaiser son récit avec quelques (brefs) moments comiques. Il s'affirme aussi, pour l'un de ses premiers films, comme un directeur d'acteurs à part entière: ainsi, le casting est homogène et de grande qualité. Le scénario propose une histoire cohérente, riche en suspens et en rebondissements, qui s'amuse à brouiller les pistes pour le plus grand plaisir du spectateur. C'est d'autant plus magistral que la résolution est visible (très brièvement je l'accorde, puisque je ne l'ai pas vu à la première vision) dès le début du film. A chaque instant, nos certitudes sont mises en doute, et la fin réserve une surprise, certes invraisemblable, mais de taille.
Les Frissons de l'angoisse est un pur plaisir de cinéma, associant violence théâtralisée et rebondissements jubilatoires, maintenant une tension et une efficacité constantes. Un très bon film, même s'il n'atteint pas la puissance de Suspiria, qui est la véritable oeuvre d'art de Mr. Argento.

8/10



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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 19:03

Warner Bros. France

Réalisé en 2005 par Michele Placido, Romanzo Criminale s'inscrit dans la plus grande tradition des films italiens, partagés entre gangsters et critique sociale. Mais derrière le classicisme se cache de véritables émotions...
Si le film dépasse les attentes, c'est principalement grâce au travail de Michele Placido: en effet, sa mise en scène privilégie une esthétique élégante, sensible et baroque, tout en instaurant un réalisme glaçant, avec les images d'archives qui parcourent le récit ainsi que le refus total de styliser la violence. La beauté et la variété de la bande-sonore peaufinent le magistral travail formel réalisé sur le film. Il faut également souligner la force du casting, composé d'interprètes peu connus mais formidables: Kim Rossi Stuart est parfait dans le rôle principal, secondé par un Pierfrancesco Faviano charismatique; pour les actrices, Anna Mouglalis joue aussi bien la sensualité que la sensibilité de son personnage, et la beauté fragile de Jasmine Trinca illumine une bonne partie du film. Ce film policier, romanesque et fataliste décrit l'ascension de jeunes amis dans le milieu du crime, puis la déliquescence progressive de l'empire qu'ils ont érigé, avec une seconde partie inévitablement violente. La multiplication des personnages et des actions complexifient l'histoire, mais le spectateur parvient à s'en sortir. A travers ce film, Michele Placido s'interroge particulièrement sur la vie, et ses événements qui nous font prendre tel ou tel chemin. Outre les thèmes classiques associés au genre tels que l'amitié, la trahison, la loyauté, le pouvoir, la détermination, l'amour, l'argent ou encore la violence, Romanzo Criminale situe son intrigue pendant une période trouble de l'histoire de l'Italie: les années de plomb. En montrant des images d'archives de l'enlèvement d'Aldo Moro ou encore de l'attentat en gare de Bologne, le film gagne en impact émotionnel et se dote d'une portée politique.
Pour conclure, Romanzo Criminale est une oeuvre dense, lyrique et puissante, servie par un casting extraordinaire, une mise en scène idéale et une B.O. parfaite. Secondé d'un arrière-plan politique bienvenue, ce film se vit comme une incursion dans la mafia romanesque, ambitieuse et fataliste, qui ne renouvelle aucunement le genre, mais se révèle d'un impact supérieur aux références telles que Scarface ou Les Affranchis.

 8/10



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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 20:20

Affiche teaser américaine. Columbia Pictures

La franchise James Bond est une arnaque purement commercial où chaque film repose sur les mêmes mécanismes, à savoir la glorification d'un héros perçu comme parfait, l'utilisation du manichéisme à outrance, et l'omniprésence du chic tape-à-l'oeil et des femmes. Il faut reconnaître que Casino Royale parvient à redonner un souffle revigorant à cette saga moribonde, même s'il reste très limité par la restriction de son propos.
Les scènes d'actions sont haletantes, en particulier la course-poursuite du début. En choisissant de revenir aux origines de la création de l'agent 007, Martin Campbell revisite le soi-disant mythe James Bond, avec, pour arme principale, un Daniel Craig charismatique. Eva Green apporte sa touche de sensibilité et de charme, et Mads Mikkelsen se révèle parfait en méchant. Et si l'on passe outre le combat naïf entre les méchants très méchants et les gentils très gentils (composante essentielle des James Bond), le film se regarde avec un certain plaisir. De plus, l'aspect invraisemblable de certaines scènes participe à la fabrication de ce divertissement décomplexé.
Casino Royale est donc un film de bonne facture, rapidement oublié mais sympathique et divertissant dans le moment présent.

6/10



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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 19:03

Metropolitan FilmExport

Adapté du roman éponyme, La Route était un pari osé, tant le livre était unique par sa puissance d'évocation et l'épure extrême de son style. Au final, même si la tentative de faire aussi bien que l'oeuvre de Cormac McCarthy est un échec, on peut reconnaître à cette Route de sérieux atouts.
La principal qualité de l'adaptation cinématographique, c'est la force visuelle omniprésente qui émane de nombreux plans. La majesté des décors d'apocalypse, la beauté funeste des paysages et la photographie grisâtre rendent cette atmosphère de fin du monde à la fois réaliste et terrifiante: certains plans sont époustouflants. La mise en scène est donc à la hauteur, soutenue par une interprétation impeccable (les deux acteurs principaux s'en sortent à merveille) et une musique langoureuse: ainsi, la survie au quotidien, avec la recherche constante de nourriture et la méfiance à l'égard des autres, est retranscrite à la perfection. Devant tant de modestie, de sobriété et de sincérité, on ne peut que s'attacher à un tel film. Dommage que le scénario accouche de dialogues peu recherchés et de quelques lourdeurs: les flash-backs ne sont pas tout le temps utilisés à bon escient, certaines idées sont plusieurs fois soulignées... Mais le fond reste: la déshumanisation, la relation père-fils, la survie en milieu hostile, l'espoir, bref les thèmes principaux sont présents, même s'ils sont parfois traités de manière peu subtile. Avec un telle histoire, on regrette seulement qu'Hillcoat n'approfondisse pas sa réflexion: il reste en surface et ne parvient pas suffisament à questionner le spectateur. La Route fait surgir émotion et mélancolie par fulgurances, mais pas sur la durée totale du film. On déplore donc un cruel manque d'émotion, qui entraîne ainsi une certaine distance entre le spectateur et ce qui se passe à l'écran.
La Route est une fable sur la nécessité d'espérer et le courage de survivre quand tout est perdu d'avance, un film de science-fiction humain et terrifiant. Il n'atteint évidemment pas la force du livre, accusant parfois de lourdes maladresses ou laissant le spectateur quelque peu passif, mais c'est un film honnête, attachant et d'un réalisme saisissant.

 7/10



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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 11:02

BUG

Metropolitan FilmExport

Avec Bug, William Friedkin signe un retour fracassant au cinéma, où son sens de l'immoralité et de l'expression de la souffrance s'expriment de manière brillante. Dans ce huis-clos radical et étouffant, il donne autant à s'émouvoir qu'à réfléchir, à déranger qu'à fasciner. La sortie discrète de ce film est d'autant plus injuste qu'il s'agit d'une oeuvre exceptionnelle et monstrueuse.
Bug se compose de deux parties radicalement opposées: la première, simple, classique, pose tranquillement le cadre et les protagonistes de l'histoire, et dévoile au spectateur la naissance d'un amour entre deux personnes meurtries, mais contient déjà quelques éléments intrigants susceptibles d'instaurer une tension sourde. La transition avec la seconde partie, à savoir la scène où les deux personnages font l'amour, ne paraît décisive, et pourtant, elle constitue le déclenchement de tout ce qui va suivre. La suite, descente aux enfers progressive, organique et délirante, atteint son apogée avec une dernière demi-heure démentielle, amenée à diviser, où l'on assiste à la fois ahuri face à ce déluge de folie furieuse et profondément triste quant à la déliquescence totale de la raison des deux protagonistes. Métaphore d'une société américaine sécuritaire et paranoïaque, craintive du monde extérieur, dénuée de toute notion de confiance et malmenant psychologiquement ses soldats, Bug est avant tout une histoire d'amour. Une histoire d'amour démente, tripale et poignante entre un homme psychologiquement délirant et une femme esseulée, brisée par la vie, qui réapprend à vivre au contact de cet homme, et accepte à aller jusqu'au bout de la folie de son amour pour ne pas le perdre. Ce récit d'une rencontre entre deux âmes seules et torturées voit ses deux personnages principaux développer petit à petit une répulsion craintive, d'une ampleur démesurée, contre la société. L'une des qualités majeurs du film, c'est sa capacité à épouser le fond et la forme au service de son sujet. Ainsi, Bug est à l'image de son thème principal: calme en apparence, puis terrifiant, torturé et excessif, mais aussi terriblement humain. Le malaise qui s'écoule progressivement dans le corps du spectateur est un malaise sain, c'est-à-dire qui incite à une réflexion profonde et intelligente. Mais le véritable coup de génie de Friedkin, c'est, tout en créant un film sur la folie, de ne jamais décrédibiliser la soi-disant machination gouvernementale dont les deux protagonistes principaux pensent être les victimes, de conserver un voile de mystère autour de leur délire paranoïaque, car le spectateur est ainsi totalement immergé dans l'histoire, il s'identifie aux deux protagonistes et se surprend à être progressivement envahit par une certaine paranoïa: Bug est ainsi une oeuvre-somme sur la folie, d'une intelligence hors normes dans sa façon de parvenir comme rarement à impliquer le spectateur dans les méandres de son sujet. Le film reposant sur un mécanisme très théâtral, l'interprétation tient donc une place essentielle: en effet, à l'écran, tout repose sur les épaules des deux acteurs principaux, qui surpassent de loin toutes les espérances. Ashley Judd, littéralement possédée dans son personnage aveuglé par l'espérance, trouve ici le plus grand et le plus ambitieux rôle de sa carrière, et le méconnu Michael Shannon livre une composition riche et totalement stupéfiante, timide et posé dans un premier temps, puis hystérique et flippant dans la suite. Pour se convaincre de la performance inouïe des deux acteurs, il suffit de voir avec quelle maestria ils parviennent à illustrer l'évolution progressive de leur personnage vers l'enfer.
Dans Bug, la puissance des comédiens et la force du scénario suffisent à marquer durablement le spectateur. Friedkin y pousse son sens de la créativité débridée à son paroxysme, et livre une oeuvre-somme, démentielle et unique. Un film d'une ambiguïté fascinante, aussi bien sur le fond que la forme, et qui instaure une terreur et une tristesse croissantes. Une expérience de cinéma imprévisible, habitée, jusqu'au-boutiste, totale et inédite, qui se conclut sur vingt dernière minutes absolument ahurissantes, véritable apothéose de violence insoutenable, de folie excessive et d'émotion sourde. 9/10



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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 18:58

ARP Sélection

Troisième long-métrage de Lodge Kerrigan, Keane est une perle car il fait partie de la catégorie très rare des films au style ultra-réaliste, lent et quasi-documentaire qui parviennent non seulement à éviter le moindre ennui, mais en plus à procurer des émotions terriblement intenses.
Lodge Kerrigan maîtrise la science de l'épure narrative et formelle à la perfection: chaque instant est bouleversant de simplicité, d'évidence, et de beauté tragique. Rarement le cinéma n'aura atteint un tel degré de vérité et de sincérité. En évitant tout artifice ou autres tire-larmes, Kerrigan parvient à susciter l'intérêt où d'autres auraient provoqué l'ennui, et son sens de la mise en scène rend chaque plan étonnamment hypnotisant, aidé en cela il faut bien l'avouer par la performance hallucinante de Damian Lewis. En effet, l'acteur britannique, présent sur chaque image, livre une composition hors normes, donnant vie à son personnage avec une force et une fragilité sidérantes traduisant les états d'âmes de cet homme brisé, sans jamais sombrer dans l'outrance. Ainsi, le film suit le parcours de William Keane, homme détruit par la disparition de sa fille, sombrant dans la schizophrénie, tiraillé entre la haine qu'il éprouve pour le kidnappeur et le remords qui le ronge pour ne pas avoir été vigilant, revenant souvent sur les lieux de drame comme pour revenir dans le passé et empêcher l'enlèvement. On assiste dans un premier temps à sa lente et terrible déchéance, pour ensuite partager son bonheur, ses doutes, et ses douleurs dans l'espoir d'une hypothétique renaissance. La fin, où Keane revient sur les lieux de la disparition de sa fille avec Kira, clôt magnifiquement le film sur un sentiment à la fois d'espoir et de tristesse. Le scénario, minimaliste, pose des questions fortes: comment réapprendre à vivre après la disparition d'un être cher? Le film s'attache également à un côté social profondément authentique: la difficulté de vivre dans une société cruelle et individualiste lorsqu'on possède faibles ressources financières, l'indifférence des gens, le fait de ne pas avoir de domicile fixe, la complexité des relations conjugales, bref, le film brasse large.
Keane est une oeuvre puissante, épurée à l'extrême, réalisée dans un soucis de vérité et de pureté absolues. Keane, c'est également un personnage, profond et complexe, magistralement interprété par un acteur aussi talentueux qu'inconnu. Keane, c'est tout simplement le réalisme, l'émotion, la beauté et le tragique dans leur plus simple appareil. Bouleversant de modestie et de force conjuguées. Un film méconnu à voir absolument.

 9/10



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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 20:41

Ghost Dog est un objet de cinéma étonnant en forme d'hommage à la culture samouraï sur fond d'ambiance à la fois hip-hop et aérienne.
Avec ce film, Jim Jarmusch prouve, avec maladresses mais originalité, qu'il est un auteur cultivé (il s'intéresse à des mondes et des thèmes variés pour chacun de ces films), talentueux et s'impose comme l'un des cinéastes les plus barrés du cinéma actuel. Ici, son sens de la mise en scène se révèle précis et réfléchi, intelligent et maîtrisé dans son délire, s'appuyant aussi sur une B.O. particulièrement réussie dans son style. Ainsi, Jarmusch donne lieue à des séquences à la fois violentes et oniriques, rythmées ou atmosphériques, avec constamment cette empreinte "jarmuschienne" poétique mais aussi complètement loufoque: en effet, de nombreuses scènes suscite le rire ou le sourire par leur absurdité, mais comme tout est voulu par le metteur en scène, cela n'en devient pas ridicule. En soignant principalement l'ambiance, le réalisateur de Dead Man laisse le scénario être minimaliste, peut-être en hommage aux films de série B dont cette histoire s'inspire fortement. On peut lui reprocher cet état de fait, mais si on parvient à lire entre les lignes, Ghost Dog devient une fable existencielle intéressante à travers l'illustration de la culture des samouraïs, glorifiant une approche de la vie basée sur une force mentale et physique inébranlable qui découle d'une détermination à toute épreuve pour chaque acte entrepris. En nous plongeant dans le quotidien d'un quartier noir américain, Jarmusch s'intéresse également à un autre monde culturel: le hip-hop. Le scénario est quasi-inexistant, digne d'un film de série B. Avec son humour décalé, il présente un personnage principal solitaire, avec des oiseaux pour compagnie, et qui prétend avoir pour meilleur ami un marchand de glaces hilarant (superbement joué par Isaach de Bankolé) qui ne parle pas la même langue que lui: une amitié qui dépasse le cadre de la communication, en quelque sorte. Et, avec la rencontre entre le personnage principal et la petite fille, Jarmusch, tout en traitant d'amitié, nous parle aussi de l'importance de s'établir une culture, à travers la littérature et l'influence qu'elle peut avoir sur notre façon de penser et, par extension, de vivre.
 Ghost Dog est une oeuvre évanescente, difficilement cernable, une étrangeté violente mais totalement décalée qui s'amuse à mélanger les milieux culturels. On sent que Jarmusch veut nous transmettre des messages, mais tous ne sont pas clairement définis. De plus, l'absurdité assumée qui englobe son film peut décrocher un peu le spectateur. Bref, Ghost Dog est un film à part qui possède les qualités de ses défauts, un ovni cinématographique dont Jarmusch a le secret. A voir.

7/10



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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 12:42

Warner Bros.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane? vaut principalement le détour pour son duel d'actrices, sa tension et son coup de théâtre final.
Robert Aldrich prend le parti d'une mise en scène classique, quasi-théâtral, pour ce film. Si la tension est souvent mise en avant par ce procédé, il manque cette force, cette atmosphère si fascinante qui caractérise les plus grand films théâtraux, tels que Douze hommes en colère (Sidney Lumet) et Qui a peur de Virginia Woolf? (Mike Nichols). Aldrich démontre davantage son intelligence dans sa critique du système artistique, à la fois créateur (d'idoles qui accèdent à la célébrité) et destructeur (de ces mêmes personnes délaissées quand elles n'intéressent plus le public). Ce thème central concerne principalement le personnage de Baby Jane, bercé dans une célébrité précoce illusoire, mais ensuite ignoré au profit de sa soeur Blanche, qui devient une véritable star de cinéma. Animée d'une haine profonde, Baby Jane va s'acharner à torturer psychologiquement sa soeur devenu infirme suite à un mystérieux accident de voiture. Inexplicablement, Blanche semble accepter passivement cette maltraitance. Mais tout retrouve son explication lors de la révélation finale, aussi cohérente qu'intelligente, et qui permet d'éviter encore davantage le piège du manichéisme habilement contourné jusqu'ici. En choisissant un casting principal banal voire laid, le cinéaste donne encore plus de force à sa cxritique du monde artistique attiré par la beauté factice. Le personnage de Baby Jane est très intéressant: le spectateur la perçoit d'un oeil antipathique par sa méchanceté et sa laideur physique, mais ne peut s'empêcher de trouver son comportement terriblement humain. En effet, les souffrances qui malmènent cette femme sont terribles: détruite par le le système artistique, sombrée dans l'oubli total après son rêve illusoire de célébrité, elle est totalement privée de sa seule raison de vivre: la reconnaissance du public. Le film s'intéresse également aux liaisons filiales, entre les deux soeurs, mais aussi par l'image du père, utilisée à maintes reprises. Il montre ainsi l'ambivalence de ses liens, à la fois puissants et fragiles. Le scénario est plutôt solide, ménageant un suspens psychologique tendu et se clôturant sur un rebondissement final fort, mais traîne parfois en longueurs inutiles. Et que serait le film sans ses deux têtes d'affiches? Si, dans son rôle à la fois tourmenté, odieux et fragile, Bette Davis impressionne davantage que Joan Crawford, cette dernière est parfaite en ex-star victime des accès de folie de sa soeur mais rongée par un sombre secret, et se révèle particulièrement émouvante lors de la scène finale. Et ce duel est d'autant plus imposant que les deux actrices se détestaient dans la vie, chacune critiquant la célébrité de l'autre (il ne faut pas oublier que les deux actrices accédèrent à la gloire à peu près en même temps, d'où une certaine rivalité). On ne peut s'empêcher de penser aux difficultés du cinéaste lors du tournage pour parvenir à contenir la colère des deux actrices.
Qu'est-il arrivé à Baby Jane? est une oeuvre intrigante, à la fois forte et peu fascinante, et qui s'étire en longueur. Mais un film source de tension habile et qui véhicule des thèmes de réflexion intéressants, mises en exergue par la relation ambiguë aussi bien entre deux personnages tourmentés qu'entre deux actrices qui se haïssaient vraiment, là où la réalité rejoint la fiction...

7/10



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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 14:52

Collection Christophe L.

Réalisé pendant la Seconde Guerre Mondiale, Casablanca fut dès sa sortie reconnu comme un monument du Septième Art, remportant 3 Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. C'est donc avec une appréhension de cinéphile prêt à être subjugué que l'on pouvait se lancer dans la vision de ce film. Au final, qu'en est-il vraiment?
Ici, Michael Curtiz opte pour une mise en scène classique, pour mieux mettre en relief la soi-disant très grande richesse du scénario. L'histoire parvient à mélanger les dimensions historique et romantique de son propos avec un talent certain. Elle prend place à Casablanca, carrefour pour de nombreuses personnes fuyant le chaos européen, en attente de visa pour le Portugal afin de s'envoler pour la destination de leur rêve: les Etats-Unis. Même si le film tend à glorifier le rêve américain (n'oublions pas qu'il s'agit d'un pur produit hollywoodien de l'époque), il fait preuve d'une belle lucidité en montrant le courage et la nécessité de résistants européens luttant contre la barbarie nazie. En concentrant l'essentiel de son action dans un bar huppé de la ville, véritable microcosme de la situation mondiale où se retrouve résistants ou européens en fuite, nazis et policiers français en collaboration..., le film expose des situations intéressantes de l'époque. Humprey Bogart campe un homme désabusé, complètement bouleversé par une déception amoureuse, au point de perdre tous ses idéaux et de sombrer dans l'orgueil le plus total. La femme incarnée par la très belle Ingrid Bergman va petit à petit faire rejaillir son amour et sa foi en l'homme. Quant à Paul Henreid, il interprète avec justesse un résistant influant et courageux, et Claude Rains est impeccable en policier français lâche, changeant de camp suivant les situations, mais qui se révèle humain lors de la scène finale.
Casablanca met en exergue la force de l'amour, et la nécessité de la résistance face à la barbarie. Même si le film reste en lui-même très classique et peu émouvant, il s'agit d'un divertissement de très bonne qualité, soutenu par un fond intéressant. Un bon film dans l'absolu, mais surestimé quant à sa renommée.

7/10



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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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