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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 17:19

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Oeuvre-ovni signée Lars Von Trier, Dogville tient de l'expérience, aussi bien scientifique (un personnage que l'on fait cohabiter avec d'autres dans un même lieu pour observer les conséquences, tels des réactifs chimiques dans un tube à essai) que littéraire (la symbolique du conte, le récit mené par un narrateur en voix-off).
Faire de Dogville une pièce de théâtre filmée rend pleinement compte de la fragilité des apparences, de la volonté de masquer la vérité: chaque personnage joue un rôle pour cacher sa vraie nature. A travers des décors factices, Von Trier nous donne à voir en même temps le monde tel que l'on se le représente, et ses coulisses (autrement dit le monde tel qu'il est vraiment). Cette logique est d'autant plus voyante que les décors sont réduits au minimum: les murs n'étant plus là pour faire office de barrages, chaque personnage est dévoilé dans son intimité. Paradoxalement, un cadre a priori ouvert sur la beauté du monde (un village au milieu d'une nature fleurie et montagneuse) se retrouve ici comme replié sur lui-même par l'habillage théâtral, évacuant tout attrait pictural par son minimalisme (les paysages n'étant que des trompe-l'oeil), et révélant, dans une atmosphère étouffante de huis-clos, l'intériorité tourmentée des êtres. La lumière est utilisée à des fins formelles pour traduire une portée éminemment symbolique. Cependant, Lars von Trier évite la platitude du théâtre filmé en ayant recours à une mise en scène purement cinématographique (qui utilise notamment la profondeur de champ, ou des raccords de montage sophistiqués) et en poussant ses interprètes à jouer de la manière la plus naturelle (donc la plus cinématographique) qui soit: c'est comme si Von Trier, avec Dogville, avait voulu réaffirmer la singularité même du cinéma par le prisme du dispositif théâtral. En près de trois heures, le récit synthétise la nature humaine. A travers ce microcosme qu'est Dogville, le cinéaste propose l'un des discours les plus forts et effrayants sur la faiblesse, la lâcheté et l'égoïsme, inhérents à la condition humaine. Comme le dirait le personnage de Tom, il s'agit là purement et simplement d'une "illustration": le cinéaste analyse les rapports de force, l'évolution des relations, les concepts de mérite et de punition, et montre comment le sentiment de peur, partagé par toute une communauté, peut engendrer une perte du sens moral, ouvrir les vannes de la bassesse humaine, se manifestant au travers d'actes proprement inhumains. Tout cela irrémédiablement attiré vers un seul et unique point de fuite que l'on sait inexorable: quelle conséquence va avoir sur Grace toute cette haine hypocrite accumulée à son égard? Le film est une charge féroce à l'égard de la nation américaine qui, sous ses prétentions moralisatrices, a bien du mal à dissimuler les vices dégoulinants qui la gangrène de partout. Toutes les illusions que nous impose la société pour nous faire croire que nous sommes autre chose que des animaux sont ici mises à nu. Mais le film va bien au-delà de ça. Avec Dogville, Von Trier fonde une entreprise de destruction progressive et méthodique de toutes les valeurs, toutes les conventions, toutes les règles, dans une optique universelle pour atteindre l'essence même de l'être humain. Ici, et c'est suffisamment rare pour le souligner, Von trier ne fait pas dans la dentelle, allant au bout de sa logique pessimiste: même l'amour finit par avouer son impuissance.

Dogville présente un dispositif, aussi bien dans la forme (sous les traits d'une pièce filmée) que dans le fond (en forme de fable), mais dont l'impact psychologique et émotionnel parvient dans le même temps à éviter une certaine rigidité théorique qui aurait pu maintenir le spectateur à distance. En bref, avec Dogville, Von trier frappe très très fort: c'est profond, brillant, puissant, et d'une lucidité incroyablement dérangeante. 

9/10

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 10:06

 

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Remake du Salaire de la peur, Sorcerer n'est pas une énième copie d'un classique destinée à faire des recettes commerciales. Fidèle à sa réputation d'illuminé, le réalisateur de L'exorciste signe une version crade, suicidaire et jusqu'au-boutiste du chef-d'oeuvre de Clouzot. 
Echec commercial, descendu par les critiques de l'époque, Sorcerer fait partie de ces films maudits, nés dans la douleur, bâtis dans la sueur et l'effort, et qui finissent par sortir dans l'indifférence. Depuis lors, le film jouit heureusement d'une réputation de film culte pour le peu de personnes qui ont eu l'occasion de le voir. L'introduction des personnages durant une bonne demi-heure a beau être totalement inutile (l'original n'expliquait rien du passé des personnages), elle participe à la démesure d'un projet complètement fou, et qui ne fait jamais dans la subtilité. Une fois les présentation faites, il faut voir avec quel sens du détail le cinéaste nous immerge dans un cadre inconfortable, un village perdu au fin fond de l'Amérique du Sud où les destinées des personnages vont converger: ce lieu-refuge croûlant sous la chaleur et la puanteur, constitué de baraques de fortune et de rues boueuses, où des âmes fatiguées errent sans but, harassées par le travail à la mine, noyant leur solitude dans l'alcool, est l'endroit privilégié pour ceux qui veulent se faire oublier du monde. Appuyée par la musique entêtante de Tangerine Dream, la mise en scène instaure une atmosphère glauque et étouffante. Le périple de la seconde partie réserve des moments de cinéma d'une extraordinaire intensité, avec, en premier lieu, la traversée de camions sur un pont totalement impraticable, qui restera dans les annales comme l'une des séquences les plus hallucinantes jamais vues dans un film d'aventures. Pendant un quart d'heure, le spectateur s'arrache les ongles, à deux doigts de dévorer son siège: la mise en scène va au bout de sa logique réaliste, si bien que l'on se demande encore comment une telle chose a pu être filmé, autant du point de vue technique (l'emplacement de la caméra, au coeur de l'action) qu'humain (la mise en danger réelle des acteurs et de l'équipe de tournage). Les acteurs sont absolument géniaux, Bruno Cremer et Roy Scheider en tête.

Il ne vient même pas à l'esprit de comparer ce film à l'original, tant les deux versions divergent mais suscitent une intensité analogue. Quoi qu'il en soit, Sorcerer est une expérience qui dépasse l'entendement, embarquant le spectateur dans un périple à haut risque, gravé du sceau du pessimisme le plus profond. Un voyage au bout de la nuit dont vous reviendrez vivant, assurément, mais sûrement pas indemne. 

9/10


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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 09:45

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Premier film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit est un petit film noir sans prétentions, qui remplit son contrat haut la main, avec un savoir-faire indéniable.
La première partie, plus classique, suit le parcours d'un jeune évadé au sein d'un petit groupe de truands. La suite prend davantage la forme d'une cavale du couple qui veut échapper à la société pour vivre son amour. L'un des principaux attraits du film, c'est de voir comment Nicholas Ray parvient à transcender un script somme toute prévisible (l'ombre du tragique qui pèse sur le couple pendant tout le film aboutit inévitablement à une fin sans surprises) par la création d'une atmosphère et par la mise en avant de l'interprétation. Film presque intégralement nocturne, Les amants de la nuit se révèle aussi d'une qualité plastique irréprochable, la beauté du noir et blanc contribuant à l'ambiance générale. Si Farlay Granger est convaincant dans la peau du personnage principal, Cathy O'Donnell fut pour moi une totale révélation. Son jeu sensible, allié à la beauté timide de ses traits, m'ont totalement séduit. Au-delà de l'efficacité de la mise en scène, c'est bien elle qui rend la scène finale si émouvante.

Pour son premier essai derrière la caméra, Nicholas Ray démontre déjà les prémices de son talent plastique, et s'intéresse déjà à quelques-uns des thèmes qui marqueront sa filmographie (l'amour adolescent qui tente de résister à l'oppresssion de la société, déjà présent ici, sera au coeur de son film mythique: La fureur de vivre). Quoi qu'il en soit, Les amants de la nuit est un film noir singulier et prenant qui mérite largement le coup d'oeil.

7/10

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 17:25

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Après Un prophète, parabole fascinante sur l'ambition et le milieu carcéral qui a mis tout le monde d'accord, Jacques Audiard était attendu au tournant. Allait-il réitérer ce succès aussi bien critique que populaire?
Il est permit de regretter, au-delà du fait que le scénario est l'adaptation d'un livre, que l'histoire enchaîne et accumule les situations dramatiques avec la régularité d'un métronome: la sensation de trop-plein est présente à chaque instant de la vision du film. Pour autant, la mise en scène d'Audiard est d'une telle efficacité qu'elle réussit à nous faire avaler toutes ces couleuvres. La scène du lac gelé, par essence prévisible, est transfigurée par la caméra qui en fait un rebondissement terriblement puissant. La fin est cependant le gros point noir, faisant passer le film d'un extrême à l'autre: si la globalité du métrage macère dans la noirceur, il se conclue sur un happy-end particulièrement mauvais. Comme d'habitude, Audiard se révèle être un immense directeur d'acteurs, et ce, jusque dans les moindres seconds rôles. Matthias Schoenarts (la tête d'affiche de l'incroyable Bullhead) est totalement convaincant, mais c'est bien Marion Cotillard qui impressionne par sa performance exceptionnelle... à milles lieues des rôles sans relief auxquels elle est cantonnée à Hollywood, et de son interprétation outrée et sensationnaliste d'Edith Piaf qui a lancé sa carrière, Cotillard, pour la première fois, se révèle à la hauteur de sa réputation. Toujours juste, jamais excessive, elle parvient à trouver un équilibre de jeu (entre la séduction, la virilité et la fragilité) assez sidérant. Mais qu'est-ce qui fait que, au final, De rouille et d'os n'est pas un grand film? Son principal handicap (si je peux m'exprimer ainsi), en fait, c'est d'être trop conscient de lui-même, de trop vouloir être grand. Il suffit de voir ces quelques plans où la caméra d'Audiard scrute la larme au coin de l'oeil d'un protagoniste, et laisse le plan s'étirer jusqu'à ce que celle-ci ait fini de couler du visage: c'est cette volonté de vouloir maîtriser chaque détail, de chercher à tout prix la beauté, qui fait De rouille et d'os un film trop cadré pour être sublime. Sans compter que d'autre part, Audiard, totalement sûr de lui après le triomphe d'Un prophète, s'autorise même quelques insertions risquées, notamment musicales, à la limite du mauvais goût. 

Cette fois, contrairement à Un prophète, il n'y a pas grand-chose à retenir du film en-dehors de son impact émotionnel. De rouille et d'os n'en demeure pas moins un film fort, parcouru de séquences saisissantes, et habité par des interprètes au diapason.

7/10

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:45

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Lors de son passage à Cannes, Kinatay a été vendu comme l'oeuvre de tous les extrêmes, face à laquelle il est apparemment impossible de rester indifférent. La presse s'est déchirée à son sujet: monumental pour certains, ignoble pour d'autres, le film a dans tous les cas suscité de vives réations. Et si la réalité se trouvait au carrefour de ces deux conceptions ?
Par sa manière de mettre en images un script rêche et tendu comme un arc, le film affiche un part-pris de cinéma que je qualifierai d'esthétique du vascillement. Tout repose là-dessus. Kinatay est un récit sur le thème rebattu de la perte de l'innocence, mais il peut se voir aussi comme le récit d'une déchéance morale en forme d'ascension sociale (l'illégalité comme solution au manque d'argent). La caméra accumule les tressaillements, les brusques changements de cadre, comme si, par sa mobilité sans cesse maintenue, elle cherchait à capter la marche instable du monde, à sonder les plus profonds soubresauts de la conscience du protagoniste. A peu près au milieu du film, la longue séquence en voiture, qui initie le basculement, est vécue au plus près des visages et de l'environnement nocturne, Mendoza refusant l'ellipse à tel point que tout semble vécu en direct, comme si le cinéaste voulait nous faire ressentir l'inconfort de l'attente, l'accumulation de la tension dans la plus infime véracité de leurs tressaillements. Mendoza noue les trippes du spectateur en repoussant toujours un peu plus l'inexorable, jusqu'à la monstration frontale de l'enjeu du récit. Du début à la fin, le spectateur ressent par le prisme du personnage principal. Son attente muette et insupportable dans la voiture, c'est la nôtre. Son regard qui veut fuir mais qui est forcé de voir quant surgit l'événement, c'est le nôtre. Son incapacité à agir face à la situation, c'est la nôtre. C'est l'un des principaux mérites de Kinatay que de chercher à montrer physiquement ce qu'est le sentiment d'impuissance. La fin n'est pas un retour à la situation de départ, mais peut aisément s'imaginer comme le début d'un parcours schizophrénique où se profile un quotidien sombre et brumeux, le jour et la nuit partageant le quotidien du personnage entre sa famille et ses nouveaux "partenaires", son poste (à venir) d'employé dans la police et sa pratique de la corruption et du meurtre. Si pour certains le film a pu paraître limité à une simple monstration d'un massacre, il est évident qu'il ne s'agit pas là d'un pur exercice de faiseur malhonnête et voyeuriste. Pour autant, on ne peut s'empêcher de penser que Kinatay s'apparente à une énième variation sur la perte de l'innocence, le film n'allant pas beaucoup plus loin dans la réflexion. Sans compter que, sur un thème similaire, le film australien Les crimes de Snowtown m'a paru encore plus profond et dérangeant.

Kinatay est une oeuvre hybride, dont on ne sait pas toujours trop quoi penser de l'apparente simplicité du scénario (qui pour certains, affiche le degré zéro du vide intersidéral) et du traitement "guérilla" imposé sur toute la durée, mais l'ambiguité qu'il manifeste distille un puissant parfum de malaise.

7/10 

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:23

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Au rythme boulimique de presque un film par an, Woody Allen continue son petit bonhomme de chemin. Si, dans le vaste océan de sa filmographie, un bon nombre de pépites plus ou moins remarquées remontent à la surface, force est de constater que, sur ce coup-là, le cinéaste new-yorkais nous laisse sur le quai d'embarquement, tant il est difficile de se jeter à corps perdus dans les flots d'un univers qui commence par sérieusement faire du sur place.
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est un concentré de ce que Woody Allen Allen peut faire de plus fade et de moins original. Certes, le tout est mené de façon agréable, sans réelle faute de goût, mais quel manque d'audace! Quelle absence de magie! Où sont passés les dialogues irrésistibles et les situations cocasses? Ici, tout sent le déjà vu, si bien que l'on regarde passivement, constamment en attente d'une prise de risque, d'un accès d'inventivité, mais à aucun moment le film ne semble prendre son envol, tout englué qu'il est dans les ficelles d'un scénario choral plat et sans envergure. Le casting quatre étoiles n'a pas grand intérêt, tant les personnages manquent de subtilité.

Un Woody Allen en mode mineur, divertissant mais sans réel intérêt, que l'on oublie très vite. 

5/10

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 11:55

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Le réalisateur de 20000 lieurs sous les mers adapte une histoire tirée de faits réels avec la rigueur de mise. En effet, la réalisation ne témoigne d'aucunes afféteries, affichant une âpreté quasi-documentaire sur toute la durée. A cet égard, la fin, au-delà de la performance d'acteur, est un modèle de mise en scène minimaliste mais efficace: constamment resséré sur le visage et les yeux de Tony Curtis, le cadrage rend palpable la tension et la sensation d'étouffement. L'étrangleur de Boston marque la première utilisation du split-screen dans le cinéma traditionnel (Richard Fleischer ayant repris l'idée du cinéma expérimental): cet effet accentue la rythmique, le suspens, notamment pour les meurtres, même si l'on ne voit pas toujours l'intérêt de l'utiliser dans certains passages. Dixit le réalisateur, cette scission de l'écran témoigne aussi symboliquement de la vision morcelée et multiple du tueur. Le récit pose la question de la responsabilité en cas de trouble mental, et la manière d'appréhender le problème du côté de l'enquêteur (Faut-il amener le tueur a découvrir la vérité au risque de le voir sombrer définitivement dans la folie? Doit-il être placé en prison ou à l'hôpital?), mais L'étrangleur de Boston pointe également du doigt les méthodes d'investigation, avec cette sorte de chasse aux sorcières opérées contre les marginaux (drogués, homosexuels,...): il était bien évidemment impensable, dans cette époque pétrie de valeurs illusoires et de bonne conscience freulatée, qu'un ouvrier, qui plus est honnête père de famille, puisse être en réalité un tueur fou. Les deux moments les plus marquants du film reste avant tout la première et la dernière apparition de Tony Curtis à l'écran. Dans le premier plan où il apparaît, regardant la télévision avec sa fille, la fluidité de la caméra qui tourne autour de lui et l'intensité de son ragard suffisent à glacer le spectateur. Quant à la fin, l'on imagine aisément qu'elle fut la séquence la plus complexe à tourner, mais le résultat est à la hauteur.

Le film reste bien évidemment assez classique, notamment avec l'enquête dans la première partie, mais l'ensemble se révèle intéressant et bien maîtrisé.

7/10

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 10:56

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Avant son passage à la réalisation avec Accatone, Pier Paolo Pasolini écrivit le scénario des Garçons. Si Mauro Bolognini parvient à imposer sa patte, l'influence du futur maître plane bien évidemment au-dessus de ce film.
Soutenu par un casting féminin d'une beauté rare (Elsa Martinelli, Rosanna Schiaffino, Anna-Maria Ferrero ou encore Mylène Demongeot sont sublimes de sensualité exacerbée), le trio d'acteurs principaux reste inégal: si Laurent Terzieff est totalement à son aise, Jean-Claude Brialy n'est pas spécialement convaincant. Chronique d'un pays à une certaine époque, Les garçons est aussi, et peut-être avant tout, le portrait d'une jeunesse marginale profondément désenchantée. Les personnages principaux, traînant leur nonchalance inconsciente comme un fardeau existentiel, trompent l'ennui et le vide de l'existence en côtoyant les marginaux (les prostituées, les marchands d'armes), en brisant les traditions (ils font irruption lors d'un enterrement sans témoigner d'aucune considération, omnibulés par leur petit trafic), et en évoluant constamment dans l'illégalité, sans se soucier des conséquences: ce refus du trivial témoigne d'un déni du modèle social et d'une contestation de toutes les figures d'autorités. La volonté de vivre dans l'instant présent, sans retenir les leçons du passé, sans se projeter dans l'avenir, fait de chaque jour une aventure à part, de chaque aube une perpétuelle renaissance, un nouveau champ des possibles, où tous les acquis de la veille se sont envolés. Aveuglément guidé par la soif d'une vie imprévisible, libérée et dangereuse, le trio principal fait preuve d'une inconscience et d'un individualisme qui interpellent. L'argent, le sexe, et même l'amitié ou l'amour, ne sont que des moyens: dès qu'ils ne participent plus à cette quête d'aventure qui motive leur vie, tout est laissé à l'abandon, rejeté, détruit. Au départ, l'argent est l'objectif de leur virée dans la ville avec les prostituées: c'est ce qui motive tous leurs actes. Une fois acquis, il est totalement vulgarisé, aucun ne témoignant de considération pour sa "valeur". Toute la beauté     contradictoire de leur quotidien se révèle ainsi dans son plus simple appareil: chaque jour est motivé par la tentation d'une ascension, mais c'est d'eux-même qu'ils provoquent leur chute, préfigurant un lendemain où tout repart à zéro. 

Bien que méconnu dans le cinéma italien, Les garçons est un film très intéressant par le portrait qu'il dresse d'une marginalité qui ne se laisse ni dominer ni attendrir. La démonstration est peut-être un peu répétitive dans sa structure, mais l'ensemble est d'une étonnante justesse.

7/10


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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:17

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Caméra d'Or au festival de Cannes, Année bissextile est un film étonnant de maîtrise, qui prend à bras-le-corps un sujet audacieux, le passant à la moulinette d'une mise en scène épurée, reposant sur la précision de ses cadrages et la pâleur de ses lumières.
Année bissextile est un modèle d'efficacité minimaliste au cinéma: des plans fixes, un appartement, une poignée d'interprètes. Il n'en faut pas plus à Michael Rowe pour donner chair à un script aux enjeux en apparence fort simples, mais qui dissimulent de profondes interrogations sur la nature humaine. Michael Rowe compte le destin d'une âme esseulée, Laura, errant tel un fantôme dans son appartement, pour qui manger, dormir et travailler constituent l'unique passe-temps, et dont les seuls contacts avec l'extérieur se résument aux coups de téléphone, aux regards honteux sur l'appartement d'en face et aux aventures d'un soir. Il suffit de quelques plans au cinéaste pour dresser de manière remarquable un portrait cru et sans concessions de ce personnage à la dérive. Puis vient l'élément perturbateur qui enraye la mécanique jusque-là tristement huilée de la routine: l'irruption d'Arturo dans la vie de Laura enclenche une libération intérieure de la jeune femme, par des moyens pour le moins peu consensuels. Ici, il est question d'être brutalisé pour s'éveiller à une sensibilité en perdition et s'ouvrir à une tendresse que l'on ne soupçonnait plus, de s'humilier pour retrouver sa dignité, de se détruire pour renaître à la vie (à l'acte de violence succèdent l'apaisement, les caresses, les sourires et les regards complices). Seulement, si c'est Arturo qui dicte le déroulement des événements, c'est bien Laura qui fera preuve au final du plus de radicalité (la proposition qu'elle lui fait à la fin est incroyablement dérangeante, où quand plaisir et désir de vie se muent en désir de mort).

Année bissextile est un film cru, exigeant, osé, sans artifices ni circonvolutions hasardeuses, et qui mérite d'être remarqué.

7/10

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 17:40

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En renouant avec ses premières amours, qui ont vu naître deux des plus grands films de science-fiction (Blade Runner et Alien), Ridley Scott était attendu au tournant avec Prometheus. L'on était en droit de penser qu'un tel cinéaste, même en perte de vitesse ces dernières années, accoucherait enfin du grand film de science-fiction que l'on attend depuis plus de dix ans (Gattaca étant la dernière pierre de l'édifice). 
Prometheus accuse d'emblée un déséquilibre entre les boursouflures du script et la froide rigueur du style visuel:au final, dans l'un comme dans l'autre, Ridley Scott passe un peu à côté. Ses embardées métaphysiques laissent de marbre: là où Alien développait un univers sombre empli de questions d'autant plus fascinantes qu'elles étaient laissées sans réponses, le propos, croûlant sous ses ambitions philosophiques démesurées, se révèle simpliste, et, plus grave, à sens unique. Avec Prometheus, Scott met non seulement à nu de façon peu convaincante toute la mythologie qu'il a créé, mais il s'égare dans l'élaboration d'une autre bien plus consensuelle et prétentieuse, en brodant sur les origines de l'humanité un discours explicatif brouillon, qui laisse de nouvelles questions en suspens, jeu lassant qui augure d'une inévitable suite. Si le travail visuel sur les décors est irréprochable (Scott semble d'ailleurs davantage intéressé par la mise en place d'un univers futuriste crédible, avec moults écrans tactiles et autres gadgets numériques, qu'une histoire un temps soit peu solide), le nouveau bestiaire est parfois à la limite du mauvais goût (en même temps, difficile d'égaler l'inventivité et la perfection de l'Alien...). Hormis une séquence de césarienne particulièrement savoureuse, Prometheus ne retrouve jamais la splendeur viscérale et claustrophobe du chef-d'oeuvre de 1979.
Prometheus est un travail de faiseur, certes plutôt habile (et encore...), mais incroyablement vain, symptômatique d'un cinéaste sur le déclin qui n'a plus suscité l'enthousiasme depuis plus de dix ans. Grosse déception.

4/10

 

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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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