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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:56


La déception est tellement grande à la sortie de ces Créatures féroces, que l'article qui lui est consacré sera délibérément écourté.
L'équipe du désopilant Un poisson nommé Wanda se reforme pour le pire dans ce film. Jamie Lee Curtis est toujours aussi aguichante, mais Michael Palin et John Cleese sont transparents, et, fait autrement plus inquiétant, Kevin Kline a perdu toute sa folie qui faisait de son personnage d'Un poisson nommé Wanda l'un des plus drôles de l'histoire du cinéma: il surjoue ici à en faire peur, et c'est avec une grande tristesse que l'on voit un grand comique se vautrer dans la médiocrité la plus totale. Le script peine ne serait-ce qu'à susciter le sourire, même si, à deux ou trois reprises, le rire se déclenche. Pire, il se permet de recycler certaines situations de Wanda, en les vidant de toute leur substance. Bref, vous l'aurez compris, ces Créatures féroces sont à éviter...

3/10





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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:44


Voir La règle du jeu, c'est accéder aux sommets cinématographiques. Voir La règle du jeu, c'est assister à une œuvre tellement fondamentale qu'on se doit de l'étudier dans toutes les écoles de cinéma. Voilà ce que l'on veut nous faire croire, mais, en fait, voir La règle de jeu n'est rien d'autre que voir un film intéressant, mais sans génie, et donc incroyablement et inexplicablement surestimé.
La mise en scène de Jean Renoir est maîtrisée et limpide dans la seconde partie du film. Auparavant, il faudra accepter de s'ennuyer comme rarement au cinéma. Mais cela vaut la peine d'attendre, car La règle du jeu brasse des thématiques sociales avec une certaine finesse. Tableau ironique et féroce des convenances et de la futilité de l'aristocratie, La règle du jeu mélange habilement la légèreté du vaudeville à la gravité du drame humain. Renoir excelle à rendre compte d'un microcosme où se côtoient maîtres et serviteurs, et dépeint l'irruption du chaos par l'explosion des convenances et la perte de maîtrise des personnages avec un humour assez corrosif, dans la dernière partie. Film éminemment social, La règle du jeu s'orchestre autour d'un récit qui suit en parallèle les aristocrates et leurs serviteurs, pour finalement nous montrer ce qui les unit: ils remplissent leur vie des mêmes occupations futiles (tribulations amoureuses), et chacun d'eux est susceptible de céder à la colère, à la jalousie, en dépit des convenances. C'est dans ces plans où Renoir arrive à nous faire oublier les différences de statut social entre les différents protagonistes à l'écran, qu'il excelle. Le cynisme du cinéaste atteint son apogée à la fin, où tout reprend comme si de rien n'était après la mort de l'un des personnages.

En conclusion, La règle du jeu est une œuvre à la portée sociale intéressante, mais ni la mise en scène, ni le récit ne lui permettent d'accéder de près ou de loin au statut de chef-d'œuvre... 

7/10





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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:09


Si Le voyeur a posé des bases du film de serial killer, l'œuvre en elle-même a un peu vieilli. Cependant, si l'on se replace dans le contexte de l'époque, Le voyeur est un film impressionnant, car en avance sur son temps.
Le film de Michael Powell s'ouvre sur un plan remarquablement beau (une rue, la nuit), qui imprègne déjà le spectateur de cette ambiance poisseuse qui va subsister par la suite. L'auteur des Chaussons rouges prouve avec ce film son aisance à maîtriser des genres très différents: il distille la tension avec un sens de la mesure, et dirige parfaitement l'acteur principal, Karlheinz Böhm, convaincant dans la peau d'un être complexe et tourmenté. Portrait psychologique assez fin d'un homme rongé par ses traumatismes d'enfance, prisonnier de ses névroses, Le voyeur présente l'épisode crucial de sa vie, où celui-ci va tomber amoureux et se retrouver ainsi tiraillé entre ses pulsions et ses sentiments, entre la partie souillée et la partie innocente de son être. Le personnage est remarquablement écrit, pétri d'ambivalence: tour à tour terrifiant ou sensible, pervers ou infantile, déchaîné ou d'une timidité maladive, il provoque le malaise chez le spectateur dans la mesure où il lui fait ressentir une foule d'émotions contradictoires. Indirectement, mais de façon claire, le film pointe du doigt une science qui aliène les hommes, avec cette histoire d'un père spécialisé dans l'étude du mécanisme de la peur, et qui, en prenant son fils comme cobaye, l'a rendu fou. Si le film a quelque peu perdu en intérêt (visuellement un peu passé, construction dramatique prévisible), il n'en reste pas moins que le récit aborde des thématiques majeures, et s'est imposé comme une influence pour les générations suivantes œuvrant dans le film de genre.

Œuvre polémique à sa sortie, Le voyeur annonce le filmage en temps réel comme porte d'accès à la perversité et aux pulsions les plus primitives (la télé réalité, les snuff movies,...), et s'affirme comme une ingénieuse mise en abyme du cinéma, art voyeuriste par excellence. Un film important sur le fond, car avant-gardiste.

7/10




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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:34
Warner Bros. France

En 1985, After hours relance la carrière d'un Martin Scorcese déprimé suite à l'échec d'un projet qui lui tenait à cœur, et qu'il réalisera finalement quelques années plus tard: La dernière tentation du Christ.
After hours, film le plus injustement sous-estimé de la carrière de Martin Scorcese, prend le spectateur dans les mailles du filet dès les premières images. Du début à la fin, cette œuvre hybride subjugue par son ambiance nocturne fascinante, et sa galerie de personnages étonnante. En écho à Taxi Driver, Martin Scorcese montre ici qu'il filme toujours aussi parfaitement sa ville natale, New-York: chaque cadrage, chaque mouvement de caméra est pensé pour nous plonger dans ses bas-fonds à la fois inquiétants et attirants, impression renforcée par le cadre nocturne dans lequel se déroule l'histoire. Histoire tout ce qu'il y a de plus étonnante, d'ailleurs. En effet, After hours, et c'est ce qui fait sa grande qualité, est constamment à la limite du réel: c'est un film qui, sans cesse, intrigue, par cette irruption subtile de l'étrangeté dans le banal, et étonne, par son habileté à jongler entre humour, noirceur et tension sexuelle.

Tour à tour inquiétant, drôle, et hypnotique, After hours laisse le spectateur dans un état d'euphorie assez jouissif. Mis en scène avec grâce et énergie, il s'impose comme une œuvre passionnante, empreinte d'une irrésistible ambiance 80's. Le meilleur film de Scorcese, après Taxi Driver.

9/10


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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 16:58
Paramount Pictures France

Si, au premier abord, True Grit semble être à l'opposé des productions habituelles des frères Coen, il y a en fait , tout au long du film, des signes qui ne trompent pas...
Récit tout ce qu'il y a de plus académique, et qui, plus est , remake d'une film avec John Wayne, True Grit pourrait paraître très loin du style décalé des frères Coen. C'est sans compter sur l'intelligence des deux acolytes, qui s'amusent pleinement à revisiter un genre oublié et usé jusqu'à la corde. Et si le film traîne un peu en longueur au début (avec une scène de tribunal interminable), le pari est nettement relevé. Non seulement les auteurs de Barton Fink s'accompagnent d'une troupe d'acteurs géniaux (la jeune Hailee Steinfeld est hallucinante!), mais en plus leur sens du dialogue et de l'humour explose littéralement du cadre. C'est d'ailleurs de ce point de vue-là que True Grit s'impose comme un grand film: sa capacité à s'ancrer dans les codes du western tout en les détournant, mais sans jamais sombrer dans la parodie. Western à la fois classique et décalé, le nouveau film des frères Coen se révèle revigorant, et ne se prend jamais au sérieux. On peut même y déceler une pointe de poésie dans la superbe séquence à cheval vers la fin. Alors il faut tout de même rester lucide, le film faiblit par un scénario maigrichon, et ce, malgré une galerie de personnages assez jubilatoire.

Sur un postulat de départ totalement impersonnel, les frères Coen greffent leur sens de l'absurde, et le résultat est, il faut l'avouer, irrésistible. Un film dont on ressort le sourire aux lèvres, tant la sincérité et l'envie de cinéma du projet éclaboussent l'écran.

8/10


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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 15:10



En apparence, 127 heures apparaît comme le film le plus tape-à-l'oeil de Danny Boyle. Il s'impose au final comme l'un de ses films les plus jubilatoires.
Alors oui, on peut reprocher au réalisateur de Slumdog Millionnaire de faire dans la surenchère, dans l'esthétique outrée et publicitaire, mais force est de reconnaître que le résultat est totalement jouissif. La principale qualité de 127 heures, c'est de traiter cette course-contre-la-montre pour survivre d'une façon totalement excessive (on verse tour à tour dans le tire-larmes, la naïveté conservatrice, ou le gore bien saignant), à milles lieues de toute subtilités, mais qui agit comme une catharsis, un défouloir, une décharge d'adrénaline concentrée, et ça fait un bien fou. Le spectateur passe par tous les états (tristesse, joie, peur, frustration, nervosité), à l'instar du personnage principal, et reste scotché jusqu'à la bouleversante libération finale. On aura beau lui reprocher ce qu'on veut, Boyle est à l'apogée de son style. Il suffit de voir le générique survolté pour comprendre sa manière toute personnelle (et plus efficace qu'il n'y paraît) de montrer le fait de "quitter le monde", de basculer dans la solitude, au milieu d'un environnement aussi hostile que somptueux. Dans son premier rôle vraiment marquant, James Franco orchestre un one-man-show époustouflant.

127 heures n'est rien de plus qu'un film déchaîné sur la survie. Mais il réussit cela à la perfection...

8/10


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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 11:47

Les Grands Films Classiques

Film emblématique de l'oeuvre de Michelangelo Antonioni, Blow Up est un objet de cinéma étrange, languissant, et unique.
Sur un postulat de départ a priori impersonnel, qui emprunte aux thrillers ou autres films policiers, Antonioni tisse une atmosphère éminemment lente, remplie de ses obsessions les plus personnelles. Blow Up prend son temps pour mettre en scène son personnage principal, et au final, l'intrigue reste en retrait et prend un attrait différent de ce à quoi l'on aurait pu s'attendre. En effet, Antonioni s'intéresse moins à cette histoire de meurtre mystérieux qu'à ce qu'elle implique sur le personnage principal, elle n'est qu'un prétexte pour servir la réflexion que veut engager le cinéaste: à la place d'une enquête classique, Blow Up met en avant l'obsession du personnage principal, et s'interroge sur la représentation du réel par le prisme de l'image et de l'imagination, sur ce que l'on voit et ce que l'on imagine. Si le film accuse un rythme étrangement lent, et s'autorise quelques digressions dans son récit volontairement décousu, la longue séquence du développement des photos, qui lance le mécanisme de l'intrigue, se révèle totalement passionnante, habitée d'une atmosphère à la fois tendue et jouissive, car le spectateur ne peut s'empêcher l'identification au personnage, aussi empressé que lui à résoudre l'énigme. Bénéficiant de l'énergie de David Hemmings, le héros de Blow Up se révèle assez fouillé: le cinéaste dresse le portrait de cet artiste qui vit dans l'instant avec un sens de la psychologie étonnant.

Porté par un excellent David Hemmings et une ambiance fascinante, Blow Up part d'une idée classique pour concevoir un tissu de réflexions éminemment personnelles, en engageant une réflexion sur le temps et notre représentation du monde.

7/10



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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 19:49

La célébrité planétaire de Paul Newman en tant qu'acteur a malheureusement masqué son activité méconnue de réalisateur. En 5 films, il s'est imposé comme une figure du cinéma indépendant. Et, De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, ce film au titre étrange, ne fait qu'attester du talent certain de M. Newman derrière la caméra.
La réalisation témoigne d'un vrai regard de cinéaste, d'une vraie personnalité qui tient les rênes du projet: Paul Newman prend son temps à définir ses personnages, à établir leurs relations, à mettre en place les enjeux qui les concernent. Le récit dresse une étude de personnages puissante et subtile, qui s'appuie sur un trio d'actrice lumineuse, en particulier Joanne Woodward, dans le rôle complexe de Béatrice, qui rappelle ceux de Gena Rowlands, et Nell Potts, qui prête ses traits à l'inoubliable Matilda, toutes deux éblouissantes sous la caméra d'un Paul Newman qui les filme avec une générosité et une sensibilité extrêmes et justifiées (les deux sont respectivement sa femme et sa fille). De l'influence... se démarque par ses dialogues superbement écrits, qui mélangent à la perfection l'humour et la gravité, et replacent les personnages dans toute leur humanité, leurs failles et leur tempérament; ce qui n'empêche pas Paul Newman d'avoir recours aux silences et aux non-dits. Sans véritable histoire, le script décrit le quotidien d'une femme et de ses deux filles avec une justesse documentaire, et Newman traduit cette démarche avec une mise en image d'une pureté exceptionnelle. Si l'on s'attend dans un premier temps à un film exclusivement concentré sur le personnage joué par Joanne Woodward, on se rend compte qu'il s'agit en fait de la description globale d'une famille morcelée. A mi-chemin entre Wanda et Une femme sous influence, le film de Paul Newman surpasse ces deux modèles imposants en livrant plus qu'un portrait de femme. De l'influence... se conclut sur un monologue d'une humanité déchirante et d'une portée quasi-métaphysique, qui insiste sur la nécessité d'être curieux du monde et de l'existence pour mieux les apprécier et se protéger des différents maux qui s'y rapportent: sur cette fin, Newman affirme sa foi en l'homme avec une simplicité et une vérité bouleversante.

 Il y a presque 40 ans déjà, Paul Newman signait ce film solaire, d'une beauté et d'une pureté incomparables, mettant en scène deux actrices, deux personnages, qu'on n'est pas près d'oublier: Joanne Woodward (Béatrice) et Nell potts (Matilda). Une oeuvre aussi méconnue que somptueuse.

10/10



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Published by julien77140 - dans Les Incomparables
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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 18:28

Rares sont les cinéastes à entrer dans la cour des grands dès leur deuxième film. Avec Requiem for a dream, électrochoc d'une puissance inégalée (et sûrement inégalable), Darren Aronofsky y parvient aisément, tant son film bouleverse les fondations d'un cinéma moderne en perte d'intensité et d'inventivité.
La toute première des nombreuses qualités du film reste la mise en scène. Apre, redoutablement inspirée, sublimée par une B.O. d'ambiance somptueuse (devenue culte), la mise en scène opte pour une esthétique outrée qui lui confère une puissance formelle hors du commun et illustre de la manière la plus forte possible un récit déjà suprêmement dérangeant. Si, avec Pi, Darren Aronofsky se révélait capable à produire du malaise, il passe cette fois-ci à l'échelon supérieur en atteignant les limites du soutenable. Tiré d'un roman d'Hubert Selby Jr, le récit, écrit en collaboration avec l'auteur, se révèle tranchant, d'une noirceur abyssale, d'un pessimisme extrême, et conte avec minutie une descente aux enfers, le quotidien de personnages déchirants d'humanité mais totalement à la dérive, qui se cherchent une raison de vivre dans un monde toujours plus sombre, toujours plus violent, et toujours plus désespéré. Au moyen d'une mise en image nerveuse, l'addiction des personnages est partagé au spectateur d'une manière inédite, pour mieux s'identifier à des hommes et des femmes engagés malgré eux sur le chemin de la souffrance et de la perte des illusions. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, à la fin, ils se replient tous en position foetale, comme pour retrouver un semblant d'innocence et de pureté. Le récit monte en puissance jusqu'aux vingt dernières minutes: éprouvantes, exténuantes, choquantes, elles marquent au fer rouge des spectateurs peu habitués à assister à un propos aussi jusqu'au boutiste. Malgré son manque d'expérience, Aronofsky s'affirme comme un fabuleux directeur d'acteurs: dans Requiem for a dream, et c'est absolument exceptionnel, chacun des acteurs principaux trouvent ici le plus grand rôle de sa carrière. Jennifer Connelly est étincelante, déchirante et somptueuse; Ellen Burstyn au-delà des mots tant sa performance est inouïe; Jared Leto est époustouflant et Marlon Wayans remarquable. Chacun participe à faire de ce film une oeuvre à part, à l'ambiance délètère, fascinante, magnifiée par une musique qui lui confère une atmosphère lumineusement tragique, une poésie authentiquement désespérée et totalement bouleversante. Un film extrêmement déstabilisant, et totalement terrible d'un bout à l'autre, dont on ressort brisé, le corps remplit de spasmes, l'âme déchirée. C'est un sentiment très rarement éprouvé au cinéma, et, en cela, Requiem for a dream est un chef-d'oeuvre absolu, d'une beauté brutale à en crever.

Jamais un film n'aura été aussi loin dans la description d'une addiction, d'une déliquescence, dans une même vision d'humanité déchue. La mise en scène à la fois grâcieuse et épileptique, l'interprétation uniformément démente et un récit d'une noirceur inouïe font de Requiem for a dream l'un des films les plus terrifiants à avoir jamais foulé les salles obscures.

10/10



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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 17:46

Nouvelle réalisation d'Aronofsky, Black Swan s'impose autant comme une oeuvre trouble sous influences multiples qu'un film-somme pour le cinéaste, où la mise en scène conjugue avec brio tous les partis pris formels expérimentés depuis Pi.
Il serait extrêmement injuste de réduire Black Swan à un film sur la folie. En effet, l'histoire s'aborde de différentes manières: portrait de femme, quête d'une artiste, peinture d'un milieu, étude de la souffrance, Black Swan est un film résolument dense, plus riche en enjeux à lui tout seul que beaucoup de productions actuelles réunies. En écho aux admirables Chaussons Rouges, Black Swan est, en surface, une peinture sans concessions du milieu exigeant et destructeur de la danse, et plus largement de la dévotion absolue que tout engagement envers l'art nécessite. Mais le film est aussi et avant tout un portrait féminin d'une puissance extraordinaire: peinture brutale du passage à l'âge adulte, de l'abandon de soi, le nouveau film d'Aronofsky suit la quête obsessionnelle de Nina, une jeune femme, pour accéder à la perfection. La galerie de personnages qui entoure Nina alimente ses névroses: une mère castratrice, une collègue séduisante, un professeur exigeant et manipulateur, une ancienne danseuse déchue et suicidaire, chacun campé par des acteurs formidables (Mila Kunis, d'une beauté vénéneuse, et Vincent Cassel, au regard hautain et mystérieux). L'interprétation de Natalie Portman s'assimile en fait davantage à une performance physique hors normes qu'une performance de jeu; il n'en reste pas moins qu'elle n'a aucune concurrente au niveau du jeu à proprement parler pour les Oscars. Si le rapport à la souffrance du corps, à la chair meurtrie, renvoit à The Wrestler, le cinéma d'Aronofsky prend ici une toute autre dimension car, en s'intéressant à l'initiation sexuelle et à la découverte du plaisir, il densifie le portrait psychologique, en confrontant la frustration à la libération, et élargit sa réflexion sur notre rapport au corps, en y incluant la notion de plaisir. La mise en scène prend des allures multiples. Pour traduire les états d'âmes tourmentés du personnage principal, Aronofsky use des effets, avec une caméra sans cesse en mouvement, pour mieux plonger le spectateur dans une atmosphère étouffante et faciliter l'identification. Avec Black Swan, Aronofsky continue d'appliquer ce qui fait l'essence de son cinéma (si l'on excepte The Wrestler, un film à la pureté documentaire): à savoir une utilisation importante d'effets, toujours au service du récit, pour mieux plonger le spectateur dans la psychologie de ses personnages tourmentés. Et c'est à ce niveau-là que la séparation entre les récalcitrants et les adeptes du cinéma d'Aronofsky s'opère. Au moyen d'une construction narrative remarquable, qui va crescendo, le récit aboutit sur un dernier quart d'heure en forme d'apothéose: monumentale, cette dernière séquence laisse le spectateur totalement sur le carreau. Et Aronofsky de nous asséner: si toute perfection existe, elle exige un sacrifice.

Le dernier long-métrage de Darren Aronofsky revendique ses influences tout en imposant sa singularité. Black Swan continue d'élargir et d'enrichir une filmographie d'une cohérence et d'une intensité exceptionnelles: dans cette capacité qu'il a à se renouveler à chaque film, Aronofsky n'est pas sans rappeler un certain Stanley Kubrick. Il y a pire comparaison!

9/10



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  • Le Point Critique
  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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