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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 12:12

 

La même année que La Horde Sauvage, le réalisateur Sam Peckinpah signait Un nommé Cable Hogue, un western-ovni d’une folle inventivité. A la fin de sa carrière, Peckinpah est allé jusqu’à affirmer que ce Cable Hogue était sa création préférée, déplorant qu’il fut l’un des moins connus et des moins encensés de sa filmographie.
Toute la force de Cable Hogue
réside en deux points : son trio de personnages (et, par extension, d’acteurs) cultes, et son récit foisonnant d’envie de cinéma.
Trio de personnages d’abord : chacun d’eux, à leur manière, est une illustration de la force de transgression du film. En génial contre-pied au cliché du genre qui met en scène un personnage principal charismatique, sérieux et invulnérable, Cable Hogue est un prospecteur vieillissant, inculte, bourru, bavard, rigolard et maladroit, animé d’une fierté qui confine parfois au ridicule (il faut voir comment il s’acharne contre ceux qui maltraitent son nom !), mais surtout très humain (cet aspect va se libérer dans un premier temps sous la forme d’une histoire d’amour, et ensuite, par un acte de pardon aussi étonnant que magnifique vers la fin). Sous les traits de Cable Hogue, Jason Robards livre une performance exceptionnelle de malice et d’intensité : plus que de jouer son personnage, il semble complice avec lui. De son côté, Stella Stevens apporte une touche sensuelle et débridée qui participe au ton osé du long-métrage : mais ici, la prostituée, blonde et craquante, n’est pas un faire-valoir, c’est une femme à part entière, avec des rêves, des projets, et des sentiments. Enfin, cette galerie de personnages se conclue sur le plus décalé des trois : le révérend, interprété avec ferveur (!) par David Warner. Il suffit d’une scène anthologique de « consolation » (après l’avoir vu, vous comprendrez de quoi je parle…), pour installer ce prêtre défroqué, très porté sur le sexe, halluciné mais toujours sérieux, parmi les personnages les plus drôles du cinéma.
Densité du récit ensuite : en effet, Un nommé Cable Hogue
est un film hybride, protéiforme, qui utilise les codes du western classique (la vengeance,…) pour mieux les transgresser. Ainsi, Peckinpah multiplie les enjeux afin de les détourner : le début introduit un récit classique de vengeance, avant de bifurquer vers le film d’aventures puis vers l’histoire d’amour. La fin est étirée à l’extrême pour cette bonne raison qu’elle apporte successivement une conclusion à chacun de ces trois enjeux. De plus, le film mélange les genres, les styles : la mise en scène se fait complice des situations ou des dialogues comiques en ajoutant des effets (les accélérés cartoonesques ; la succession rapide de plans courts quand Cable Hogue reluque la blonde pour la première fois, avec cette alternance entre le visage du prospecteur et des seins de la fille), mais sait aussi se faire sobre, notamment lors d’une dernière scène à la majesté crépusculaire. Cependant, à tout moment du récit, le burlesque est toujours en toile de fond : en témoigne la mort grotesque de Cable Hogue. Avec une ironie audacieuse mais toujours juste, Sam Peckinpah s’autorise, chose inédite pour un western, une satire mordante de la société de l’époque : il est peu dire que la religion et le système libéral en prennent pour leur grade ! Tout comme avec La Horde Sauvage (qu’il réalisera la même année), Peckinpah met en avant l’un de ses thèmes fétiches : la mort du vieil Ouest, causé par l’irruption de la modernité. Ici, ceux qui n’acceptent pas ou ne se conforment pas au monde nouveau sont dépassés, perdus (la cause hautement symbolique de la mort de Cable Hogue à la fin en est la plus parfaite illustration). Cable Hogue est le plus vieux du trio principal, le plus attaché aux traditions : représentant d'un monde sur le point de s'éteindre, il doit laisser sa place (on repense, en écho, à la conclusion des Feux de la rampe, de Chaplin).

 

Le génie de Sam Peckinpah s’exprime dans Un nommé Cable Hogue par sa façon de tourner en dérision un monde sur lequel il porte au final un regard extrêmement mélancolique : il rend compte de la fin d’un monde, d’un certain esprit aventurier, avec une grande justesse. Hilarant, jouissif, jubilatoire, voire désenchanté sur la fin, Un nommé Cable Hogue est l’un des western les plus originaux et les plus virtuoses qui puissent se voir.

 

9/10

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Published by julien77140 - dans Les Incontestables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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