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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 16:27

EuropaCorp Distribution 

Confortée à quelques mois de la sortie du film par une bande-annonce qui faisait à elle seule office d'oeuvre d'art, l'impatience était à son comble... le rêve d'assister à un pur nirvana cinématographique hantait chaque pensée. A la sortie du nouveau film de Terrence Malick, force est de constater que l'attente était beaucoup trop forte, les espoirs placés beaucoup trop hauts... et le constat s'impose, inexorablement, terriblement, difficile à avouer: la déception est à la hauteur de l'attente, immense.
Tree of Life est l'un des projets les plus ambitieux du cinéma, une entreprise démesurée où le sublime côtoie le risible, la fascination s'allie à l'ennui. La densité du travail formel est stupéfiante: cette symphonie de sens atteint à certains moments un point d'incandescence, de magnificence visuelle rarement égalée. Seulement ici, la beauté plastique semble n'exister que pour elle. Tree of Life accuse totalement le coup narrativement. Pour son dernier film, Terrence Malick tente, ose, et va jusqu'au bout de ses idées, pour atteindre son objectif ultime (par ailleurs louable): filmer le tumulte et la beauté de la vie en accédant à l'abstraction. Ainsi, son film écarte le plus possible tout développement narratif, dans le but de transcrire une symphonie sur l'histoire des hommes où les émotions seraient traitées avec le plus de pureté possible et la spontanéité la plus naturelle. Seulement, le cinéaste américain organise son récit, aussi abstrait puisse-t-il paraître, en chapitres qui laissent transparaître une structure trop mécanique. De plus, à l'inverse des autres films du cinéaste où elle était toujours utilisé à bon escient, la voix-off se révèle ici la plupart du temps creuse et redondante. Tree of Life, qui se veut être une ôde à la vie en même temps qu'un voyage initiatique sur l'acceptation de la mort, se vautre en fait dans des considérations mystiques, dans un discours plein de symboliques et de paroles religieuses, assénées sans une once de recul ou de lucidité. Tree of Life brasse les thématiques habituelles du cinéaste, mais, pour la première fois dans sa filmographie, Terrence Malick déçoit vraiment par son incapacité, voire pire, son parti pris volontaire à ne pas rendre compte de l'humain dans sa globalité: ici, tout est envisagé sous un angle religieux. Le panthéisme habituel du cinéaste, bien qu'il soit toujours présent, semble ici laisser place à un discours beaucoup plus chrétien, et donc restrictif. Tree of Life est une fresque sur la place de l'homme au sein de la nature, qui confronte nos petites destinées à l'immensité de l'univers. Le récit conte le parcours d'un homme qui se rappelle son enfance, et une tragédie familiale à laquelle il se retrouve confronté. La partie centrale, sur le quotidien du garçon, rend compte de l'atmosphère de l'enfance, de la vision pleine de curiosité que l'on porte sur le monde et des interrogations qui s'y rapportent: si cet aspect se révèle particulièrement intéressant, le cinéaste tombe dans la répétition et cette partie s'étire trop en longueur pour ne pas finir par susciter l'ennui. Toute une partie est consacrée à la naissance de l'univers: si la démonstration tient de l'opportunisme prétentieux, elle aligne des images somptueuses. Les séquences avec Sean Penn sont les plus faibles: elles veulent agir en contre-point avec le reste du film, mais restent d'une froideur assez frustrante. Si le trop-plein symbolique du film peut dérouter dans sa globalité, il sombre dans l'indigeste avec une conclusion édifiante de naïveté, filmée avec une austérité étonnante qui annihile toute émotion.

 Magistralement mis en image, ce poème métaphysique prouve une nouvelle aux plus récalcitrants que Terrence Malick est le plus grand créateur d'images actuel. Seulement, Tree of Life pêche par un récit bancal et frustrant. Le plus condamnable, c'est que Malick fait plus qu'échouer à toucher l'universalité pour un sujet qui se devait d'y prétendre, il évite volontairement de l'atteindre. Sur un thème similaire (l'acceptation du deuil), Darren Aronofsky a fait beaucoup mieux avec le sublime The Fountain.

4/10



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Published by julien77140 - dans Les Acceptables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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