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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 23:22

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Il n'aura pas fallu attendre très longtemps... en effet, le voilà, tout modeste, tout timide, et pourtant si fort: le premier choc de l'année 2012 !
Take shelter  est un film résolument moderne en ce sens qu'il fait coexister au sein d'un même récit deux des problématiques majeures de notre temps. Celle, très concrète, de la réalité sociale, et donc de l'état de la société dans laquelle nous vivons, et l'autre, qui tient davantage de l'obsessionnelle appréhension collective, sur le sombre destin de ce monde malade (autrement dit sa finitude à venir - mais quand?)). En confrontant une thématique rarement utilisée au cinéma (le statut des classes moyennes malmené par les difficultés économiques) avec une autre utilisée à outrance ces temps-ci (l'apocalypse), le film s'apparente à un drame humain réaliste traversé de mystère et de visions apocalyptiques saisissantes, trouvant au passage un point d'équilibre d'une rare perfection. Au centre de Take shelter trône une figure, une présence, une puissance: le personnage de Curtis, magistralement interprété par un Michael Shannon en pleine ascension, forcément déjà repéré par les cinéphiles mais encore inconnu d'une grande part du public, et qui prouve après Bug qu'il peut jouer des rôles similaires de façon radicalement différente. Avant même de traiter ce qui fait la spécificité et la grande qualité du film (à savoir le regard du metteur en scène sur son personnage principal), il faut s'intéresser aux caractéristiques objectives du comportement de Curtis, qui interpelle assez rapidement. Il agit comme un paranoïaque en croyant aux hallucinations qui l'assaillent, et entame pourtant de lui-même un suivi médical car il se croit paranoïaque: cette ambiguïté de statut (le paranoïaque qui sait qu'il l'est) ne fait que renforcer la densité d'un personnage éminemment complexe, mais surtout très humain. En effet, le projet de construction d'un abri à tempête qui, aux yeux de tous, passe pour une manifestation de folie, s'affirme pour Curtis comme un puissant témoignage d'amour à sa famille, qu'il souhaite à tout prix protéger, et ceci au détriment de tout ce qui l'entoure (amis, travail). Amour... un mot qui exprime peut-être l'essence même du film. Pour ces scènes intimistes, d'une rare vérité (Jessica Chastain est fabuleuse de naturel aux côtés de Michael Shannon), où l'amour est justement le ciment qui permet à cette famille de traverser les épreuves. Mais aussi pour cet amour du cinéaste envers Curtis. En ne tranchant jamais sur le statut de son personnage (psychotique ou prophète? la fontière n'est peut-être pas si distincte...), Jeff Nichols est toujours dans un rapport d'empathie avec lui, le regard qu'il pose est toujours bienveillant: il cherche l'identification. Ce qui est beau, c'est que le film se garde bien de donner des réponses toutes faites, de donner une perspective unique à son récit: le spectateur peut laisser libre cours à son imagination. A cet égard, la fin (dont on peut d'ores et déjà affirmer qu'elle est l'une des plus belles -la plus belle?- de l'année en devenir) constitue une apothéose stylistique autant qu'une continuité scénaristique. Pour un deuxième film, ce qui frappe, c'est l'absolu maîtrise de son auteur: par la puissance de son style (qui explose lors de magnifiques fulgurances), l'élégance de sa retenue, la sincérité de sa démarche, et sa manière de tisser une histoire où rien ne manque et rien n'est en trop, Jeff Nichols fait preuve d'un tel talent qu'il risque fort bien de s'imposer comme un réalisateur majeur dès son prochain film s'il continue sur cette voie.

De Take shelter, magistrale métaphore qui ne parle finalement que d'amour, l'on est pas près d'oublier ces quelques séquences de cauchemars d'une sublime brièveté, ce duo d'acteurs d'une incontestable virtuosité, et surtout cette dernière demi-heure d'une hallucinante intensité dont le souffle vous emporte littéralement.

9/10

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Published by julien77140 - dans Les Incontestables
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CHRISTOPHE LEFEVRE 14/01/2012 00:51

J'ai également beaucoup aimé. Mais je suis un peu en panne sur l'écriture de ma critique...

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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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