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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:28

Cheval de guerre

http://www.bad-moviegoer.fr/wp-content/gallery/affiches/cheval-de-guerre-affiche.jpg

      Dernier né de Spielberg, Cheval de guerre s'inscrit dans la grande tradition des contes de façon un peu consensuelle, mais somme toute plutôt agréable à suivre.
Le cinéaste américain se révèle plutôt inspiré sur le plan visuel. La photographie est très soignée, et le film contient de véritables idées de cinéma: oui, Spielberg a encore, à plus de 65 ans, de la passion plein la tête. Cependant, son nouveau film témoigne aussi d'une certaine perte d'inventivité dans la manière que le cinéaste a de recycler des séquences de ses films précédents: l'assaut des soldats qui sortent des tranchées ressemble à s'y méprendre au débarquement sur les plages de Normandie d'Il faut sauver le soldat Ryan, l'attaque à cheval dans les herbes hautes est plus qu'un clin d'oeil au Monde perdu,... On peut s'amuser à les débusquer, mais c'est quand même symptômatique d'un imaginaire spielbergien qui commence à tourner en rond. S'il accuse une trajectoire trop prévisible, reste trop académique dans son exaltation de valeurs telles que le courage et l'amitié, et souffre de quelques invraisemblances gênantes sur le plan scénaristique (la plus grossière étant le passage du médecin qui jure au héros de soigner le cheval alors qu'il a des centaines de soldats au seuil de la mort à quelques mètres de lui...), Cheval de guerre reste toutefois un divertissement familial de qualité, traversé de séquences spectaculaires (les passages dans les tranchées, notamment) et remarquablement mis en image par un Spielberg sous influence (les plans de paysage à la ferme sont tout droit sortie de l'univers de John Ford). Le casting, assez hétéroclite, s'en sort avec les honneurs, et la partition de John Williams inscrit davantage le film dans cette atmosphère de conte. A noter un point anecdotique qui m'a un peu gêné: dans ce contexte de Première guerre mondiale, voir des Allemands et des Français parler anglais (qui plus est, avec pour certains, un accent étranger assez prononcé) prête à sourire... Steven, je sais que c'est plus compliqué en terme de gestion au tournage et de lisibilité du récit, mais tu aurais quand même pu faire un effort de crédibilité sur ce plan là...

Si, en matière de conte, Scorcese a fait mieux avec Hugo Cabret, Spielberg ne démérite pas. Handicapé par un script plutôt consensuel, le réalisateur d'ET affirme toujours une certaine vitalité derrière sa caméra, et c'est plutôt une bonne nouvelle.

6/10

 

 

Master class avec Steven Spielberg

http://studentinformation.files.wordpress.com/2012/01/steven-spielberg.jpg?w=423&h=284

Quel privilège que d'assister à une conférence sur Steven Spielberg ! Voir en chair et en os ce grand artisan à l'origine de films qui ont marqué à jamais l'inconscient collectif, ce conteur hors pair qui a transmis à beaucoup d'enfants l'envie de devenir cinéaste, c'est peu dire qu'il s'agit d'un événement !

Ce cinéaste, animé depuis toujours d'une envie telle de filmer que cela confine parfois à la boulimie (par trois fois, il a sortit deux films la même année !), dispose d'une filmographie imposante d'où émerge quelques chef-d'oeuvres (Les dents de la mer, Duel, La liste de Schindler), une poignée de films qui constituent la quintessence du divertissement (Jurassic Park, Indiana Jones, Minority report), des films plus anecdotiques mais agréables (Attrape-moi si tu peux, Cheval de guerre), voire quelques ratés (La guerre des mondes ou encore le dernier Indiana Jones). Mais c'est pas grave, on lui pardonne, à l'oncle Steven: sur une carrière riche de plus d'une trentaine de films, il ne pouvait pas réussir à tous les coups !
Steven Spielberg est sans conteste le cinéaste le plus populaire, le plus renommé: c'est la figure de proue du cinéma populaire, du divertissement, qui a imposé son art comme vecteurs de rêve, comme exaltation de l'héroïsme et du courage. S'il peut sembler naïf, c'est que Spielberg orchestre chacun de ses films avec l'enthousiasme et le regard d'un enfant. C'est ce qui fait à la fois toute la force (la puissance d'émerveillement de certaines de ses oeuvres) et la limite de son cinéma (une tendance au manichéisme, à la schématisation simpliste). Ainsi, même s'il s'est confronté plusieurs fois (et souvent avec brio) au passé difficile de l'histoire des hommes (La liste de Schindler et Munich pour ne citer qu'eux), l'essence de son cinéma est peut-être à rechercher dans ses films a priori les plus anodins. Quel enfant ne s'est pas extasié devant Hook, cette fable sur Peter Pan, qui, une fois devenu adulte, nous apparaît malgré nous beaucoup trop guimauve? On peut évidemment regretter son côté américanisant, qui succombe aux sempiternelles représentations des valeurs américaines de la famille et de la patrie... mais bon, sans partager sa vision, on l'accepte, tout simplement parce qu'un Spielberg sans défauts ne serait plus un vrai Spielberg.
S'il a le don pour raconter des histoires, Spielberg n'en demeure pas moins un admirable technicien: en témoigne la désormais fameuse introduction d'Il faut sauver le soldat Ryan, qui ne peut faire que l'unanimité quant au talent du bonhomme...

Mais revenons à l'objet de mon article: la conférence. Entouré de Costa-Gavras et Serge Toubiana, Steven Spielberg s'est livré au cours d'un débat qui, émaillé de quelques pointes d'humour et d'anecdotes étonnantes, n'a jamais paru ennuyeux ou (trop) académique. Sa passion précoce pour le cinéma, sa priorité de cinéaste (raconter des histoires), l'importance de l'enfance mais aussi son regard sur l'actualité du monde qui transparaît au sein de ses films, le sujet de la Seconde guerre mondiale qui l'a particulièrement marqué, sa volonté de retravailler avec les mêmes personnes sur chaque nouveau projet (le chef opérateur, le compositeur et le monteur le suivent depuis ses débuts), son intérêt pour la télévision (une forme de retour aux sources, pour lui qui a commencé par là), et enfin le privilège qu'il a eu très tôt (à partir des Dents de la mer, son troisième film) de disposer du final cut auprès des studios, tout cela témoigne du statut d'un auteur qui, sans perdre son identité, a toujours su attirer le public, et qui apprend à s'adapter à la modernité (utilisation de la motion capture pour Tintin, abandon de la table de montage au profit des logiciels informatiques sur Cheval de guerre). Spielberg est aussi revenu longuement sur le tournage de Cheval de guerre: la genèse du projet (un coup de coeur pour le livre d'origine et la pièce de théâtre), la nouveauté d'avoir à travailler avec des animaux, sa première approche de la Première guerre mondiale,...

Cette conférence était l'occasion idéale pour lever le voile sur la personnalité d'un véritable mythe du cinéma américain: l'on a pu découvrir un homme généreux, passionné et passionnant, en perpétuel quête de création. Au final, sa filmographie témoigne de l'identité d'un auteur qui, s'il a pu être inégal, n'en reste pas moins un conteur hors pair qui n'a jamais cessé de rechercher la fonction essentielle du Septième Art: l'émerveillement.


 

 

 

 

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Published by julien77140
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Juriole 10/01/2012 16:50

Non, je ne pense pas. C'est juste un bon prétexte qu'a trouvé ce grand réalisateur anglophone pour se moquer des accents européens, encore une fois (oui, je lui trouve des excuses foireuses, et
j'assume).

julien77140 10/01/2012 13:53

Hey salut Juriole ! Content de te retrouver...
Pour te répondre, c'est plus de la flemme que de l'humour, tu ne crois pas?

Juriole 10/01/2012 01:35

"A noter un point anecdotique qui m'a un peu gêné: dans ce contexte de Première guerre mondiale, voir des Allemands et des Français parler anglais", tu vas pas lui reprocher d'avoir ajouté une
pointe d'humour !

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