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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 09:26

http://www.cinemotions.com/data/films/0010/32/1/affiche_Sentiers_de_la_gloire_1957_2.jpg

Pour son quatrième film, Kubrick renoue avec l'univers de la guerre après Fear and desire (qu'il a renié). Résultat: un manifeste sur la nature humaine dans ce qu'elle contient de plus bas comme de plus beau, qui contient déjà en substance les ingrédients de ce cinéma si singulier qu'a bâtit l'auteur de Barry Lyndon.

       Les sentiers de la gloire est un film qui pointe du doigt la propension de l'homme à la destruction: Kubrick pose un regard cynique sur les tribulations misérables de ces êtres, dominants ou dominés, autoritaires, soumis ou révoltés, tous, chacun à leur manière, égarés sur le grand échiquier du monde. Les généraux, bien au chaud dans leur somptueuse bâtisse, n'ont plus le sens de l'effort, ne pèsent plus le poids de la vie, et jouent littéralement avec les vies des soldats, comme avec des pions prêts à être sacrifié. Le personnage de Kirk Douglas apparaît comme le seul gradé un tant soit peu représentatif de la grandeur de l'homme qui peut s'afficher en temps de crise: il est celui qui ose, par son franc-parler et son honnêteté à toute épreuve, remettre en cause l'injustice d'un système archaïque et inhumain. Pour autant, Kubrick, lucide, ne l'affiche pas en héros en soulignant son échec: son erreur de départ (accepter la mission suicide de son supérieur) lui coûtera très cher, puisque, malgré ses tentatives, il ne pourra plus faire marche arrière (la séquence du tribunal témoigne de son impuissance face à une institution qui a érigé l'hypocrisie en valeur). Kubrick s'attarde bien plus sur les rouages hypocrites que sur les scènes de guerre proprement dites (nous n'en compterons que deux, et encore). Ainsi, Les sentiers de la gloire n'est pas un film de guerre, mais un film sur l'arrière-plan de la guerre, prétexte à une réflexion bien plus vaste: l'ambivalence de la nature humaine. Formellement, la mise en scène de Kubrick impose déjà sa puissance, soutenue par de superbes éclairages à tonalités expressionistes. La scène de fusillade, qui s'étire en longueur pour mieux faire ressentir l'intensité de l'instant, est un modèle de rythme et de tension: on ressent littéralement la proximité de la mort. Quant à la fin, brève parenthèse avant de reprendre le combat, elle est aussi poignante qu'inattendue, apportant un peu de fragilité et d'humanité dans cet univers en perdition: illuminée par la beauté d'un visage de femme (Susan Christian, qui se mariera par la suite avec le cinéaste), cette scène, par sa propension à résumer l'éventail de la condition humaine en quelques minutes, est sans aucun doute l'un des plus émouvants moments du cinéma de Kubrick. 

9/10 

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Published by julien77140 - dans Les Incontestables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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