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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 22:41

http://www.surcine.com/movies_photos/le-dernier-des-hommes.jpeg

Toujours dans cette même volonté de découvrir un territoire inexploré jusqu'alors, je me suis intéressé à un autre film de Murnau (et oui, encore lui...), l'un de ses plus fameux: Le dernier des hommes. Il n'est pas peu dire que la surprise est encore de taille, tant le film prend aux trippes. Décidément... quel génie, ce Murnau !
Le dernier des hommes, c'est le principe du muet poussé à son paroxysme: il n'y a pas un seul carton de dialogue, excepté pour présenter la décision du cinéaste concernant l'épilogue. La mise en scène, avec ses magnifiques jeux d'ombre et de lumière, instaure une atmosphère particulière, un peu plus crépusculaire à chaque plan. Le dernier des hommes est sûrement l'un des récits les plus terribles de toute l'histoire du cinéma. A travers la descente aux enfers progressive d'un homme vieillissant, le film montre comment un système inhumain détruit des vies, comment une société exclut une catégorie d'êtres humains, tout cela sous le prisme d'une ville indifférente à ceux qui la peuplent (cette thématique de l'enfer urbain est une obsession récurrente de Murnau - en cela, ses films conservent une incroyable modernité). Le film commence de manière plutôt légère. Même en découvrant le lieu de vie plutôt précaire du personnage, le film conserve cette tonalité. Il est d'ailleurs assez amusant de voir à quel point l'uniforme de portier influence l'attitude du personnage, qui se donne des airs nobles et attise le respect des gens de son quartier. Seulement, à cause d'une mégarde insignifiante, sa vie entière va basculer en une séquence. Cette séquence, où le vieil homme est viré sans ménagement, est une véritable déflagration, à la fois par son intensité dramatique (dans un premier temps cette distance, cette retenue de la caméra, puis cette proximité et cette intrusion brutales au coeur de la situation, traduisent une montée en puissance; après, il y a la vaine tentative du personnage de prouver qu'il est encore capable, qui se solde par une terrible désillusion) et sa puissance symbolique (dans un film qui se passe de la langue, toute l'ignominie humaine se transmet au moyen de mots tapés à la machine sur un lettre). Comme illustration de la déchéance, on a peut-être rarement fait mieux que le passage de ce film où le personnage principal travaille dans les toilettes. Tant son film regorge d'intensité, l'on comprend que Murnau a été porté, interpelé, et même bouleversé par son sujet. Pour aller au bout de sa logique, le cinéaste allemand a peut-être été trop caricatural dans son approche: ainsi, la réaction des voisins et surtout de sa famille, apparaît-elle excessive (l'humain est cruel, mais à ce point...). Néanmoins, le dernier plan qui précède l'épilogue, avec le geste du gardien de nuit, s'autorise une pointe d'humanité magnifique. Le carton qui introduit l'épilogue est nécessaire pour ne pas que le spectateur soit gêné par l'idée du happy-end. Murnau fait preuve de lucidité, il sait pertinnement l'issue tragique qui attend un tel homme dans la réalité, et utilise le cinéma pour ce qu'il peut être: un échappatoire au réel. Ainsi, ce grotesque retournement de situation finale apparaît-il dans le même temps comme une désillusion suprême et une foi incroyable en la puissance du Septième art, en sa capacité à réinjecter du merveilleux au coeur même des situations les plus désespérées. 

Le dernier des hommes est une oeuvre d'une force incomparable, qui émeut parfois jusqu'aux larmes. Ce genre de découverte prend une place importante dans la vie d'un cinéphile, ne serait-ce que pour montrer qu'en terme d'intensité dramatique, le cinéma parlant n'a pas inventé grand chose de plus.

9/10

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Published by julien77140 - dans Les Incontestables
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commentaires

Eeguab 05/02/2012 15:08

Je découvre ton site chez Christophe "Flâneries ciné".Il m'intéresse évidemment beaucoup.Je passerai régulièrement car les amis de Murnau sont mes amis.

julien77140 06/02/2012 08:28



Merci beaucoup. Et oui, il est vrai que Murnau a été une fabuleuse découverte !



CHRISTOPHE LEFEVRE 03/02/2012 00:28

Normalement, je publie ma critique de La découverte d'un secret demain, dans la journée. Mais je n'en suis pas fier, car j'ai laissé passé trop de temps depuis que je l'ai vu, au moins trois
mois...

CHRISTOPHE LEFEVRE 30/01/2012 22:22

Le maître du logis... encore un chef-d'oeuvre... Si tu n'as pas la possibilité de voir La découverte d'un secret, de Murnau, j'en ai une copie, engeristrée sur Arte lors de son passage il y a
quelques mois...

julien77140 31/01/2012 09:32



Merci beaucoup... j'irai jeter un coup d'oeil à la Cinémathèque française pour voir s'il y est...



CHRISTOPHE LEFEVRE 29/01/2012 00:53

Tu es parti pour une intégrale Murnau ! L'un de mes deux réalisateurs préférés, avec Dreyer, alors que je n'ai pas encore pris le temps de faire une critique d'un seul de ses films... et que j'en
possède une bonne dizaine...

julien77140 29/01/2012 11:43



Et oui, en plus je pense voir NOSFERATU dans la semaine ! Je prépare d'ailleurs en ce moment l'analyse d'une séquence du DERNIER DES HOMMES pour un devoir unversitaire, ce qui explique pourquoi
je fais moins de critique ces derniers temps (j'ai pourtant eu l'occasion de voir LE MECANO DE LA GENERAL ou encore LE MAITRE DU LOGIS...)



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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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