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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 13:06
Warner Bros. France


L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
constitue une sort d'anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Tout d'abord, par son ambiance et son rythme atypiques et donc peu commerciaux, qui rappelle les chefs-d'oeuvre de Terrence Malick, et ensuite par sa façon de réinventer un genre oublié depuis des décennies: le western.
Avec ce film, le réalisateur Andrew Dominik a été touché par la grâce: tout, dans les moindres détails, amène à une sorte de perfection. Il compose une oeuvre fleuve tétanisante de beauté, véritable symphonie des sens, comme suspendue dans le temps, imprégnée d'une sourde et lancinante mélancolie qui constitue un émerveillement de tous les instants. D'une élégance rarement aussi poussée, la mise en scène se révèle grandiose, contemplative et perfectionniste à l'extrême, soulignant la profondeur des personnages et la solitude des êtres à coups de silences, de regards terriblement évocateurs, de ralentis planants et de plans majestueux où la nature se révèle d'une beauté et d'une immensité infinies. On en oublierait presque qu'il s'agit d'un western, tellement Andrew Dominik s'affranchit des codes sur-exploité du genre en adoptant un point de vue littéralement opposé des fusillades et autres duels au soleil: ici, la quasi-absence d'action va de paire avec la richesse des personnages et la création d'une vraie ambiance. Il est également passionnant de voir comment le cinéaste australien critique nos sociétés modernes en montrant ouvertement la médiatisation et l'exploitation d'un crime. L'ambiance, qualité principale du film, a été tellement étudiée, millimétrée, que le spectateur a paradoxalement la sensation rare de se perdre, de pénétrer dans un rêve éveillé. La splendeur des cadrages, la poésie des plans, la subtilité des sentiments illuminent le spectateur, et le submerge d'une beauté indéfinissable mais puissamment évocatrice. Un film ample dans la durée, et pourtant resserrée dans le temps, où la lenteur du rythme ne constituent en aucun cas une source d'ennui, mais au contraire un prolongement de l'éblouissement constant qui habite chaque image, à l'instar de Terrence Malick dont Dominik se révèle être un passionnant concurrent (tous les deux savent également utiliser la voix-off à sa juste valeur). A travers les deux personnages principaux, le réalisateur s'interroge sur la gloire, que l'un est entrain de perdre et que l'autre cherche, l'amitié et la notion de confiance, qui se révèle particulièrement ambiguë et tendue dans la seconde partie du film, la lâcheté, représentée par le personnage de Robert Ford, ainsi que l'errance et le néant qui empreint les personnages, contrastant ainsi avec l'immensité des paysages. Le film est également une fresque sur l'ambiguïté de la nature humaine, et une peinture sur la fin d'un mythe, aussi bien par la mort physique inexorable de Jesse James que par sa la lente déchéance psychologique. Le soin apporté aux personnages est également frappant: en-dehors de seconds rôles particulièrement bien écrits, les deux principaux sont fascinants de profondeur. Jesse James, un truand dépassé par sa renommée, dont l'activité criminel est sur le déclin, désespérément seul malgré un entourage constamment à ses côtés, habité par des tourments psychologiques qui le pousse à la violence et la paranoïa, est interprété par Brad Pitt, qui lui confère une prestance, une violence sourde et un magnétisme impressionnants et trouve enfin son plus grand rôle. Mais la véritable révélation, c'est Casey Affleck, qui compose un Robert Ford d'une ambivalence sidérante, à la fois soumis et dangereux, fragile et ambitieux, détestable et pourtant toujours ignoré de ses proches, et, après son passage à l'acte, glorieux puis rongé par la culpabilité. En ressort une relation fascinante d'ambiguïtés, où Ford est à la fois admiratif et jaloux de Jesse James, son idole, qui possède une sorte d'aisance, de charisme, de virilité que lui, maladroit et caractériel, n'aura jamais. Le long-métrage est bien-sûr ponctué de séquences d'anthologie: au début, l'arrivée du train lors de l'attaque, tout en contraste de lumières, d'une beauté inouïe, donne l'impression d'assister à la naissance du cinéma; la scène du meurtre de Jesse James, bouleversante d'intensité, qui, implicitement, se révèle plutôt être un suicide; et la séquence finale, à la fois tragique et libératrice.
Magnifié par la photographie somptueuse de Roger Deakins, l'élégance des décors, l'excellence de l'interprétation et la grâce de la musique, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford constitue une proposition de cinéma ambitieuse et complexe, poétique et réaliste, violente et fascinante, d'une beauté plastique rare, où la mélancolie est un éblouissement, et la lenteur, une transe hypnotique.

10/10


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commentaires

casinos sans telechargement francais 28/03/2011 16:37

bravo de la part d'un gros fan!

Casinos en ligne 21/11/2010 00:32

Hello, on n'conaissait ps ce weblog, mais mon cop m'en avait fait les éloges samedi. Je pense que j'v bookmarké ce site vers friendfeed ! :D Bye Bye. Camille

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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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