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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:45

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Lors de son passage à Cannes, Kinatay a été vendu comme l'oeuvre de tous les extrêmes, face à laquelle il est apparemment impossible de rester indifférent. La presse s'est déchirée à son sujet: monumental pour certains, ignoble pour d'autres, le film a dans tous les cas suscité de vives réations. Et si la réalité se trouvait au carrefour de ces deux conceptions ?
Par sa manière de mettre en images un script rêche et tendu comme un arc, le film affiche un part-pris de cinéma que je qualifierai d'esthétique du vascillement. Tout repose là-dessus. Kinatay est un récit sur le thème rebattu de la perte de l'innocence, mais il peut se voir aussi comme le récit d'une déchéance morale en forme d'ascension sociale (l'illégalité comme solution au manque d'argent). La caméra accumule les tressaillements, les brusques changements de cadre, comme si, par sa mobilité sans cesse maintenue, elle cherchait à capter la marche instable du monde, à sonder les plus profonds soubresauts de la conscience du protagoniste. A peu près au milieu du film, la longue séquence en voiture, qui initie le basculement, est vécue au plus près des visages et de l'environnement nocturne, Mendoza refusant l'ellipse à tel point que tout semble vécu en direct, comme si le cinéaste voulait nous faire ressentir l'inconfort de l'attente, l'accumulation de la tension dans la plus infime véracité de leurs tressaillements. Mendoza noue les trippes du spectateur en repoussant toujours un peu plus l'inexorable, jusqu'à la monstration frontale de l'enjeu du récit. Du début à la fin, le spectateur ressent par le prisme du personnage principal. Son attente muette et insupportable dans la voiture, c'est la nôtre. Son regard qui veut fuir mais qui est forcé de voir quant surgit l'événement, c'est le nôtre. Son incapacité à agir face à la situation, c'est la nôtre. C'est l'un des principaux mérites de Kinatay que de chercher à montrer physiquement ce qu'est le sentiment d'impuissance. La fin n'est pas un retour à la situation de départ, mais peut aisément s'imaginer comme le début d'un parcours schizophrénique où se profile un quotidien sombre et brumeux, le jour et la nuit partageant le quotidien du personnage entre sa famille et ses nouveaux "partenaires", son poste (à venir) d'employé dans la police et sa pratique de la corruption et du meurtre. Si pour certains le film a pu paraître limité à une simple monstration d'un massacre, il est évident qu'il ne s'agit pas là d'un pur exercice de faiseur malhonnête et voyeuriste. Pour autant, on ne peut s'empêcher de penser que Kinatay s'apparente à une énième variation sur la perte de l'innocence, le film n'allant pas beaucoup plus loin dans la réflexion. Sans compter que, sur un thème similaire, le film australien Les crimes de Snowtown m'a paru encore plus profond et dérangeant.

Kinatay est une oeuvre hybride, dont on ne sait pas toujours trop quoi penser de l'apparente simplicité du scénario (qui pour certains, affiche le degré zéro du vide intersidéral) et du traitement "guérilla" imposé sur toute la durée, mais l'ambiguité qu'il manifeste distille un puissant parfum de malaise.

7/10 

 

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Published by julien77140 - dans Les Admirables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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