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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 18:40

Affiche américaine. 2005 Twentieth Century Fox

Après maintes péripéties (problème de financement, Brad Pitt qui se retire du projet au dernier moment), The Fountain put enfin sortir en 2006 grâce à la détermination de Darren Aronofsky. Si ce projet extrêmement personnel est considéré par son auteur comme son oeuvre la plus aboutie, elle prendra néanmoins au dépourvu tous ceux qui s'attendaient à quelque chose dans la même veine que Requiem for a dream.
Mise en valeur par une partition de Clint Mansell digne d'intégrer le panthéon des plus belles musiques de l'histoire du cinéma, la mise en scène, lumineuse, onirique, à la fois épique et intimiste, fait preuve d'un souffle lyrique majestueux, et d'une singularité esthétique aussi radicale que somptueuse. L'histoire, se déroulant sur 3 niveaux qui chacun empruntent au film d'aventure guerrier, au drame moderne, et à la science-fiction psychédélique (rien que ça!), se révèle d'une puissance hors du commun. Oeuvre sur la pérennité de l'amour face à la mort, de l'âme face au corps, The Fountain concentre des interrogations existentielles et philosophiques qui fascinent et hantent longtemps après la projection: Aronofsky nous renvoie ainsi brutalement aux limites de la condition humaine. Seulement, son film, comme touché par la grâce, encourage la nécessité d'accéder à la plénitude, à la remise en question de notre vision de la mort, à l'acceptation de son caractère inéluctable. Le script semble porter en son sein cette transcendance nécessaire qu'il faut acquérir, l'homme ne pouvant remédier à la mort par quelques moyens que ce soit (l'impuissance de la science, et, par extension, de la raison; le fantasque de la religion, et par là même de l'imagination). Il nous livre finalement une approche lucide de cette fin de tout qu'est la mort, en nous amenant à la reconsidérer comme un acte de création pour reprendre la magnifique formule du personnage d'Izzy: en effet, pour sauver son amour, le personnage principal doit achever le roman de sa bien-aimée. Ici, la résignation (face à la fatalité) est une libération (de nos obsessions, de nos tourments), et l'amour est le moteur pour transcender cet état de fait. Le scénario fait se télescoper l'intime et l'universel, la religion, la science et l'immensité de l'univers, le corps, la raison et l'esprit qui luttent chacun à leur manière, vainement, pour atteindre un idéal: la quête de vie. Si de telles thématiques auraient pu tomber dans le pathos mensonger avec bon nombre de cinéastes, le réalisateur de Requiem for a dream s'y attelle avec une telle force de conviction que son film transpire littéralement de beauté, s'appuyant sur des cultures, des pensées de civilisation, et un univers hyper référencé pour nous livrer une vision sur l'amour et la mort parmi les plus belles jamais rencontrées au cinéma. La fusion magique d'un travail formel époustouflant et d'un script à l'ambition démesurée fait de The Fountain un maelström d'émotions et de réflexions, une apothéose et un absolu de cinéma qui témoigne que le Septième Art n'est pas encore tout à fait mort.

Bouleversant, épique, intimiste, lyrique, hors normes et hallucinant, ce somptueux poème cinématographique laisse le spectateur en élévation. Avec The Fountain, Aronofsky accomplit un miracle: filmer la mort comme un acte de vie. L'oeuvre la plus intime de son auteur, et donc la plus inaccessible, la plus incomprise, est pourtant incontestablement la plus belle.

10/10



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Published by julien77140 - dans Les Incomparables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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