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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 18:59


Cinéphile invétéré, Peter Bogdanovich s'était déjà essayé à la réalisation cinématographique trois ans avant La dernière séance, avec La cible. Avec le succès retentissant (aussi bien critique que public) de son deuxième film, Bogdanovich s'imposait déjà comme un cinéaste à part entière.
Le choix du noir et blanc, soufflé au cinéaste par un certain Orson Welles, tient moins de l'envie esthétisante que du moyen pour parvenir à une ambiance. En effet, de cette petite bourgade du fin fond du Texas et des personnages qui la compose, Bogdanovich restitue l'atmosphère perdue, désertique et désenchantée. La dernière séance est un film d'une pureté minérale qui illustre la grisaille quotidienne de cette petite ville figée dans l'ennui et le conformisme. A travers une galerie de personnages passionnants et surtout royalement interprétés (des principaux jusqu'aux seconds rôles, l'interprétation est uniformément démente), le film dresse un état des lieux d'une amertume déchirante: les plus agés traînent leurs souffrances, leur mélancolie d'un lointain passé heureux, optant pour le désespoir ou l'acceptation selon les caractères; l'adolescence est naïve, sans repères, presque désincarnée : l'une abandonne son corps aux autres sans plaisir, juste pour paraître devant la société, l'un s'enfuit avec une petite fille dans un but pas très net, et un autre part à la guerre avec une insouciance vraiment étonnante. Le personnage principal, Sonny, est le lien entre les deux générations: bien qu'il appartienne à la seconde et soit aussi paumé, il est aussi celui à qui les gens dans la force de l'âge se confient. La dernière séance transpire littéralement la mélancolie, aussi bien à travers ses personnages qui se remémorent leur passé que dans le portrait d'une ville qui se meurt (la fermeture du cinéma,...). Mais c'est aussi, dans sa description d'une jeunesse en lutte contre le conformisme, un film potentiellement libéré, qui, par sa façon directe d'aborder les tabous (sexuel, principalement), s'est attiré les foudres des plus conservateurs lors de sa sortie, en 1971.

D'une pureté plastique et narrative qui confine à la perfection, magistralement interprété (Timothy Bottoms et Ben Johnson en tête), La dernière séance est une chronique amère et désenchantée qui va droit au coeur.

9/10


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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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