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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 14:13

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Le récit se déploie avec une évidence et une simplicité toujours imprévisibles, comme la vie. Dans Deep End, forme et fond se mêlent en une seule et même balade poétique. L'influence de la peinture (qu'il pratique) se ressent chez Skolimowski, le film mêlant couleurs vives et délavées comme autant d'échos symboliques d'une initiation à la vie, d'une sensation intérieure, voire d'un présage (la couleur rouge anticipe la conclusion tragique de cette transfiguration par la beauté, celle-ci restant inacessible). Scandées au rythme d'une B.O. proprement magique (le titre principal est signé Cat Stevens, et les autres mélodies, tout aussi superbes, sont du groupe The Can), l'énergie et l'insouciance de l'adolescence confrontée aux dilemmes de la vie sont magistralement restituées. La longue séquence de déambulation du garçon dans un Londres nocturne en pleine ébullition, à la poursuite de la jeune femme, synthétise à elle-seule cette sensation d'évoluer difficilement dans un monde qui n'est pas à son image, qui ne se plie pas à ses désirs. Deep end, c'est aussi l'inoubliable figure de Jane Asher en ange triste et perverti, véritable déesse impure affublée d'une affolante crinière rousse qui s'imprime sur la rétine et semble à tout moment sur le point de brûler la pellicule. C'est une jeune femme libérée, confrontée à l'amour inconditionnel, maladroit et envahissant que lui voue un jeune puceau, s'amusant avec lui, cruellement parfois. Parfaitement campé par John Moulder-Brown, l'adolescent va progressivement sombrer dans l'obsession maladive de cette jeune femme qui hante ses rêves. Deep End transcende ainsi ses thématiques pour atteindre à l'universalité, en traitant avec pudeur de la difficulté d'aimer sans l'être en retour. Au final, ce qui marque le plus avec Deep End, c'est cette manière toute naturelle de traiter de choses profondes, voire graves (les enjeux et tourments de l'adolescence) avec une sorte de légèreté apparente, de grâce poétique, qui font de Deep End un film en lévitation, presque aérien. A ce titre, la fin, à la fois déchirante et incroyablement douce, s'inscrit durablement dans les esprits.

D'où vient cette poignante sensation qui nous étreint tout au long du film? Est-ce l'énergie colorée de la mise en scène? La beauté du visage de Jane Asher? La justesse avec lesquels les thèmes sont traités? Sûrement pour tout cela, mais aussi parce qu'inévitablement, Deep End noue une relation intime avec notre mémoire d'adolescent, dans une atmosphère constamment touchée par la grâce.

9/10 

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Published by julien77140 - dans Les Incontestables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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