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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:05

Inexplicablement sortie en DVD sans passer par les écrans de cinéma, Blood Island fait partie de ces perles injustement oubliées qu'il faut impérativement découvrir.
Présenté et vendu comme un vulgaire slasher pour adolescent, cet ovni venu tout droit de Corée confirme sur presque deux heures cette tendance qui semble se généraliser: les films coréens manifestent une énergie et une vitalité tout simplement démentes, à mille lieues des productions occidentales, qui pour la plupart se complaisent dans leur propre manque d'idées. Blood Island est un film boulimique, qui crache son envie de cinéma à la gueule du spectateur: en mélangeant chronique sociale, film de vengeance, drame humain, poésie morbide et désenchantée, le cinéaste crée une osmose magique, une synthèse parfaite de ce que le cinéma oriental peut faire de mieux. Le film trouve son point d'incandescence dans ces quelques instants fugitifs où fusionnent la barbarie et la poésie, la violence et la douceur, et c'est une sensation très rarement éprouvée au cinéma que le spectateur ressent alors: on est bouleversé et horrifié dans le même mouvement (à ce titre, les 10 dernières minutes sont anthologiques). Passée une introduction un peu trop étirée, Blood Island passe à la vitesse supérieure. Une fois que le récit prend l'île pour cadre, le spectateur découvre un microcosme englué dans des traditions passéistes, machistes, où les hommes règnent sans partage en n'hésitant pas à user de violence et d'humiliations sur leur femme, sous le regard passivement approbateur des vieilles dames de l'île. Métaphore d'une société coréenne où la condition de la femme est purement et simplement niée, Blood Island met en scène un duo de personnages féminins extraordinaire de complexité. Hae-Won, qui revient passer quelques jours sur l'île de son enfance, est une jeune femme assez recentrée sur elle-même. Bok-Nam est son amie d'enfance, qui a toujours vécu sur l'île, et qui subit des humiliations physiques et psychologiques au quotidien. Le traitement des personnages fait preuve d'une subtilité d'écriture étonnante: si, dans un premier temps, le récit propose une identification au personnage d'Hae-Won, une séquence clée, vers la fin, amène à reconsidérer entièrement les choses, et met en lumière l'individualisme de la jeune femme. Au final, c'est bien Bok-Nam qui émeut le plus: le spectateur ressent profondément les brimades quotidiennes qu'elle subit, et l'indifférence terrifiante des habitants de l'île. Après un événement tragique, tout s'enchaîne, inexorablement, vers le bain de sang: on le pressent, cette haine trop longtemps accumulée, trop longtemps retenue, va exploser dans un accès de barbarie tel que seul la mort pourra finalement apaiser sa vie ruinée. A cet égard, la seconde partie du film aligne les séquences-chocs, s'autorisant même quelques séquences à forte symbolique sexuelle, osées, mais jamais gratuites (elles traduisent un lien troublé ou un caractère des personnages), ce qui explique pourquoi le gouvernement coréen a censuré le film. Dans Blood Island, les personnages vivants sur l'île sont prisonniers de ce bout de terre perdu au milieu de l'océan qui semble catalyser l'instinct primal de chacun: ils ne peuvent échapper à leur condition.Contrairement à ce que certains ont pu penser, Blood Island ne fait aucunement l'apologie de la veangeance, de la révolte barbare face à l'oppression. Le cinéaste filme juste avec compassion le destin gâché d'une femme détruite par son environnement, de façon implacable. Sous les traits de Bok-Nam, La belleYoung-hee Seo est magistrale de fragilité et de cruauté mêlées. Et que dire de ce sublime fondu enchaîné final, véritable proposition de cinéma autant que métaphore poétique. 

Grand film féministe sur l'injustice et la soumission parsemé de séquences marquantes, Blood Island est une proposition de cinéma hybride, qui, sous des allures de film d'horreur, cache un drame humain d'une tristesse abyssale.

9/10



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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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