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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:23

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Renié par Abel Ferrara qui ne supportait pas l'idée d'un remake de son Bad Lieutenant, la version 2011 par Werner Herzog, et l'on pouvait s'y attendre vu la personnalité du réalisateur, n'est en aucun cas une plate adaptation: à cent lieues de l'original, ce Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans se fixe un tout autre objectif.
La trame polardesque est tout ce qu'il y a de plus classique, voire même clichée (l'enquête sur un meurtre, la descente aux enfers un inspecteur de police drogué qui agit dans l'illégalité, et finit par s'associer par les bandits à l'origine du meurtre), mais peu importe car, même si le film y reste encore trop attaché (d'où quelques longueurs regrettables), Werner Herzog ne s'y intéresse pas vraiment: il l'utilise pour mieux la dynamiter de l'intérieur. En d'autres termes, ici, l'histoire est au service de l'ambiance, et non l'inverse comme il est communément usage de faire dans le cinéma dit classique. Ce qui fait la singularité de Bad Lieutenant, c'est qu'il n'existe vraiment que par ces quelques passages en lévitation qui gravitent autour de l'histoire: sans cela, il ne serait qu'un film policier de plus, dénué d'inventions et passablement ennuyeux. Il suffit d'un cadre fortement symbolique (la Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina), d'une désormais célèbre séquence d'hallucination avec des iguanes, d'une âme qui danse à côté de son cadavre, d'un plan final étonnant de poésie absurde, ou encore de l'abattage d'un Nicolas Cage sous amphétamines, pour affirmer toute l'essence de ce projet en marge. Si le cynisme du film n'est jamais gratuit ou poseur, s'il est toujours mordant et redoutablement efficace, c'est parce qu'il est aussi et surtout un cynisme qui se moque de lui-même. Sur le plan-là, la mise en scène de l'auteur de Fitzcarraldo affiche un talent certain, renforcée par le jeu halluciné mais incroyablement libre de Cage (ce n'est pas une performance téléguidée, l'acteur, par son jeu, s'autorise tout, jusqu'à se moquer du personnage qu'il est entrain de jouer). Alors oui, le film est globalement un peu long, Herzog ne parvenant pas tout le temps à se décider entre classicisme et détournement décalé, mais Bad Lieutenant n'en demeure pas moins une oeuvre précieuse parce qu'étonnante et inclassable, bien plus enthousiasmante que le plombant film d'Abel Ferrara qui lui sert prétendument de modèle.

7/10

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Published by julien77140 - dans Les Admirables
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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • julien77140
  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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