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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 17:32

Un petit panorama des films vus cette année à Cannes...    

 

 

Compétition officielle :

 

Jeune et jolie (François Ozon)                                    
   
Le passé (Asghar Farhadi)   
Jimmy P. (Arnaud Desplechin)  
Inside Llewyn Davis (Joel et Ethan Coen)    
Behind the Candelabra (Steven Soderbergh)   
La grande bellezza (Paolo Sorrentino)   
Only God forgives (Nicolas Winding Refn)     
Nebraska (Alexander Payne)  
La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche)     
Michael Kohlhaas (Arnaud des Pallières)    

 

 

Un certain regard:

 

 Grand central (Rebecca Zlotowski)     
 L'inconnu du lac (Alain Guiraudie)     
 Sarah préfère la course (Chloé Robichaud)    

 

 

Semaine de la critique:

 

Salvo (Fabio Grassadonia et Antonio Piazza)  
The major (Yury Bykov)    

 

 

Quinzaine des réalisateurs: 

 

Le congrès (Ari Folman)    


 

Cannes Classics:

 

Le joli mai (Chris Marker)      

 

 

Hors compétition:

 

Moonsoon shootout (Amit Kumar)  
Blind detective (Johnnie To)  
All is lost (J.C. Chandor)  

 

=Mauvais
 

 = Mediocre

  = Pas mal 

   = Bon

    = Excellent

     = Chef-d'oeuvre 




Mon palmarès (des films vus en Compétition officielle)

 
Palme d'Or:   ONLY GOD FORGIVES (Nicolas Winding Refn)
 
 Grand Prix:   LA VIE D'ADELE (Abdellatif Kechiche)   
 
 Prix du Jury:   INSIDE LLEWYN DAVIS (Joel et Ethan Coen)
 
 Prix de la Mise en Scène:   MICHAEL KOHLHAAS (Arnaud des Pallières)

 Prix d'Interprétation Féminine:   Adèle Exarchopoulos (dans La vie d'Adèle)

 
 Prix d'Interprétation Masculine:   Mads Mikkelsen (dans Michael Kohlhaas)
 
 Prix du Scénario:   LA VIE D'ADELE (Abdellatif Kechiche)

 

Mon palmarès (des films vus toutes sections confondues)

 
 Palme d'Or:   ONLY GOD FORGIVES (Nicolas Winding Refn)

 
 Grand Prix:   GRAND CENTRAL (Rebecca Zlotowski)
 
 Prix du Jury:   LA VIE D'ADELE (Abdellatif Kechiche) 

 Prix de la Mise en Scène:    L'INCONNU DU LAC (Alain Guiraudie)

 Prix d'Interprétation Féminine:   Robin Wright (dans Le congrès)

 
 Prix d'Interprétation Masculine:   Mads Mikkelsen (dans Michael Kohlhaas
 
 Prix du Scénario:   LE CONGRES (Ari Folman)


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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 17:50

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Après le faux départ constitué par The master, l'année 2013 prend véritablement son envol avec le dernier rejeton de Quentin Tarantino: Django unchained. C'est à une célébration d'un genre et d'un art tout entier que nous convie l'américain surdoué, et il est peu de dire que le visionnage de ce film est un incommensurable plaisir.
Pour Tarantino aussi bien que pour ses fans, Django unchained est le film de toutes les promesses, et, on se prenait à y rêver, de toutes les prouesses, puisque le cinéaste déjanté ose enfin mettre directement en scène un western, genre matrice de son cinéma, sans se limiter au simple clin d'oeil. Et c'est en s'attaquant frontalement au genre tant admiré qui innerve de manière souterraine toute sa filmographie que le cinéaste atteint la plénitude de sa créativité. Le maniérisme tarantinesque y est porté à son plus haut point d'incandescence, et en même temps son style n'a jamais paru aussi pur, aussi franc, aussi libre, débarrassé des afféteries qui alourdissaient son précédent opus. Ainsi, n'ayons pas peur des mots, il est possible de se risquer à affirmer que Django unchained est non seulement le meilleur film de son auteur, mais qu'il est aussi l'un des plus grands films américains de ces dernières années. Il faut dire que, pour prétendre à ce statut, Tarantino a des arguments imparables. Déjà l'exceptionnel duo d'acteurs qui se partagent l'affiche (Jamie Foxx qui, tel le phénix, renaît de ses cendres et met un terme à la succession de rôles insignifiants qu'il a endossé à la suite de Ray; Christophe Waltz, qui confirme si besoin était qu'il est l'un des acteurs les plus jubilatoires de son temps), secondé par la composition aussi exceptionnelle qu'étonnante de Samuel Jackson. Les dialogues, aussi brillants qu'abondants, suffisent à eux-seuls pour instaurer une atmosphère. Et, bien-sûr, la toute-puissance de la mise en scène, virtuose, transcende un script de départ assez banal, pour en faire un pur objet de jouissance, jonglant entre humour dévastateur, violence graphique complètement décalée et scène de torture assez crue, en un battement de paupière, si bien que le spectateur est constamment balancé entre des sentiments contradictoires, néanmoins unifiés par ce souffle épique et irrésistible qui traverse chaque plan. Comme d'habitude chez le réalisateur de Boulevard de la mort, la BO est une pure merveille, d'une audace folle, où Morricone côtoie du hip hop (honnêtement, qui d'autre que Tarantino aurait pu faire un tel mélange sans faire tâche? ). Enfin, il est nécessaire de préciser que malgré la présence de petits "trous d'air" où l'intensité retombe légèrement (dans la seconde partie), les près de trois heures de métrage sont incroyablement bien gérées, encadrées par l'exceptionnel sens du rythme insufflé par le cinéaste. Actuellement, qui peut se targuer d'aligner les séquences anthologiques avec une facilité aussi déconcertante? 

Sommet de la carrière de Tarantino, Django unchained fait partie de ces rares films qui raniment et démultiplient l'irrépréssible besoin de voir et (accessoirement) de faire du cinéma, rien de moins. On en sort vidé, mais incontestablement heureux, avec une seule envie: le revoir !

10/10

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 23:30

Et voilà... une nouvelle année cinéphilique au compteur, et l'inévitable bilan se profile. Malgré la relativité d'une telle entreprise, il convient de s'y atteler avec passion, pour rendre compte au mieux des événements qui ont marqué 2012. 

Alors 2012, année de fantasmagorie collective (l'interprétation moderne des prophéties mayas en faisait l'épisode terminal de la civilisation humaine...), de craintes profondes (jusqu'où ira le déclin -ou la décadence- du modèle social occidental?) mais d'espoir, toujours (car il faut bien espérer, n'est-ce pas?), est-elle un bon cru cinématographique?

Après réflexion, trois films se détachent nettement du panier... trois ovnis, chacun dans un genre, chacun dans leur genre... perles irradiantes qui carburent à la créativité, l'audace, et la puissance plastique pour imposer des visions du monde qui bouleversent, fascinent ou dérangent. Qu'il s'agisse de Take shelter, véritable splendeur classique traversée d'un souffle peu commun, Holy motors, expérimentation poétique et plastique sans précédents dans le cinéma commercial, ou Killer Joe, relecture extrême et jubilatoire du film noir/urbain des 70's, ces trois grandes oeuvres partagent une volonté commune d'assumer leur part-pris jusqu'au bout, quitte à rester dans l'indécis (chez Jeff Nichols), à frôler le grotesque (chez Carax), voire à provoquer la répulsion (chez Friedkin)... mais c'est justement dans cette absence de concessions qu'elles se démarquent du tout-venant: par la prise de risque, l'audace, la recherche de l'imprévisible (qualités qui tendent à se faire rare dans le cinéma actuel...).
En-dehors de ces poids lourds, 2012 aura laissé dans son sillage quelques pépites justement célébrées dans le monde entier (Les bêtes du Sud sauvage, Tabou), d'autres très injustement sombrées dans les oubliettes de l'oubli (le fabuleux Louise Wimmer, le troublant Portrait au crépuscule), un renouveau créatif salutaire venu des contrées indés du cinéma américain (Martha Marcy May Marlene, Bellflower) et un uppercut radical tout droit sortit de Belgique (Bullhead).
2012, année de déceptions, aussi, avec en premier lieu dans la ligne de mire, le très attendu Prometheus, qui se révèle être une machine commerciale brouillonne et sans âme, où, Ridley Scott, reconverti en entrepreneur, semble avoir passé davantage de temps à soigner la crédibilité des gadgets technologiques à l'écran que son scénario, dont l'inutile complexité sert de prétexte à l'action et confine au grotesque prétentieux (quand l'on ambitionne un contenu métaphysique, et donc les interrogations vertigineuses qui s'y rapportent, on le fait avec un minimum de rigueur et de profondeur, ce qui n'est pas le cas ici), à milles lieues de l'élégance glacée, mystérieuse et terrifiante d'Alien. Ensuite, La taupe, de Tomas Alfredson, un exercice de style trop long, trop confus, et par conséquent trop chiant. Et enfin, Cosmopolis, le dernier Cronenberg: une parabole que l'on pressent comme virtuose et extrêmement complète du monde moderne, mais plombée par des séquences de dialogues philosophico-économiques totalement ineptes et qui s'étirent de manière interminable...

 

 

 

I. TAKE SHELTER (Jeff Nichols)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSEkht7f71LQu6fbSEmfU1p_ALmFtMTm-3976L_JTo1t6yd5ywv La mise en scène dense et maîtrisée de Jeff Nichols restitue toute sa puissance lyrique et réaliste à cette formidable entreprise de réactualisation des thèmes traditionnels. Une sublime histoire d'amour familial plongée dans les tourments du monde moderne (la réalité sociale, le fantasme psychotique de la fin du monde), qui emporte et bouleverse, interpelle et questionne, emmenée par un couple de cinéma parmi les plus inoubliables vus au cinéma depuis longtemps.

 

II. HOLY MOTORS (Leos Carax)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTGzNloOvn5duwJlr5HeTMLAL87gDTbU9OKPVFoZZQyoDg0DWkn Léos Carax réussit une sorte de prodige: immerger le spectateur dans un univers complètement à part, dont la radicalité n'a d'égal que la fluidité, sans jamais le perdre en route. Finesse d'un propos fait de métaphores jamais nébuleuses. Puissance esthétique d'images qui imprègnent la rétine pour la marquer durablement. Holy motors pourrait servir d'épitaphe au cinéma: même dans la mélancolie de son passé, même dans la crainte de son avenir, il faut croire dans son présent, et continuer, par-delà la mort, "pour la beauté du geste". 

 

III. KILLER JOE (William Friedkin)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQcqZunA-jGmeJ23Wn6eELnN45rrSVppc4mtPi8V0PHNc1gO1hN Si Killer Joe nous prouve quelque chose, c'est bien ceci: plus l'on se prend des poings dans la gueule, plus l'on a envie d'en recevoir ! Non, plus sérieusement... à l'âge où l'on déambule dans sa maison en fauteuil roulant, avec son dentier, sa télévision et une vieille mégère acariâtre en guise de femme, le vétéran William Friedkin réalise encore des films... et quels films ! C'est bien simple: aucun jeune cinéaste dans le cinéma actuel n'a osé aller aussi loin. Déjanté, amoral, jouissif, Friedkin met le spectateur face à ses propres contradictions en jouant avec ses nerfs: le film fonctionne comme un hommage brillant et fétichiste des films noirs des 70's pour finir par muter en espèce d'orgie sanguinaire monstrueuse dont le cynisme n'a d'égal que la puissance de choc. Un must.

 

IV. LES BETES DU SUD SAUVAGE (Benh Zeitlin)

http://www.franceinter.fr/sites/default/files/imagecache/scald_image_max_size/2012/05/19/366121/images/les-betes-du-sud-sauvage-affiche-4fa23d277e07b.jpg Emporté par une énergie sidérante, le film, quoiqu'un peu trop sûr des effets sur lesquels il se repose, procure une sensation de catharsis salutaire. Hommage aux marginaux, peinture d'un milieu rarement vu au cinéma, l'oeuvre de Benh Zeitlin digère ses références pour nous proposer quelque chose de véritablement neuf, beau et bouleversant.


V. LOUISE WIMMER (Cyril Mennegun)

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTG8GOc2-TIj1xfAN2xndcPPbm0PcnNUvtEjsUmJkPFJGeA4x_P Avec Corinne Masiero comme stupéfiante figure de cinéma, Mennegun dresse un constat social implacable doublé d'une ôde à la volonté absolument unique, qui culmine lors d'un final à la beauté terrassante. En mixant à merveille ses influences de documentariste à l'élaboration d'une fiction, il atteint une sorte d'épure stylistique qui évite miraculeusement toute complaisance et décuple la force du propos.

 

VI. BULLHEAD (Michael R. Roskam)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQHqj5QISg95nbgw_MDhbkTjvUMu2G8OkO5vEqc_FCknoIQ7WGg Noire et corsée, cette perle venue de chez nos voisins belges fait très forte impression, par la puissance de son récit et de ses interprètes. Michael R. Roskam, très maître de sa mise en scène, n'oublie pas de parsemer son histoire, particulièrement sombre et retors (le rebondissement à mi-parcours va vous retourner l'estomac...), d'une pointe d'humour salvatrice. Le final, opératique, démontre les folles capacités d'un cinéaste dont on attend impatiemment la suite...


VII. TABOU (Miguel Gomes)

http://images.lpcdn.ca/641x427/201211/28/615957-tabou-affiche.jpg Construit autour de deux parties antithétiques qui se nourrissent et se répondent mutuellement, le film de Miguel Gomes, malgré une certaine tendance à la pose, finit par emporter l'adhésion grâce à une seconde partie brillante, qui, dans la lignée du cinéma muet (auprès duquel il revendique son influence, jusque dans son titre emprunté à Murnau) semble redonner à l'ouïe du spectateur le vrai plaisir de l'écoute et à l'oeil celui de la contemplation. Un second visionnage ne serait pas de trop pour prendre pleinement compte de la mélancolie sourde qui habite chaque recoin de cette oeuvre délicate.

 

VIII. PORTRAIT AU CREPUSCULE (Angelina Nikonova)

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT3V61QROHXZXZM0So5sDmnOJvjlDQstTigeN2kPZ4hrVr82Hs3uw Fruit d'une collaboration entre deux femmes (l'actrice et sa réalisatrice), on aurait tort de ne voir en ce film qu'une simple dénonciation d'un régime corrompu et patriarchal. Il est avant tout un formidable portrait de femme paumée, dont la vie n'a pas fait de cadeaux, et qui se retrouve à user de stratagèmes radicaux et imprévus pour se venger d'un viol, au prix de son humanité. Puissante et ambigüe, une oeuvre qui marque durablement.

 

IX. MARTHA MARCY MAY MARLENE (Sean Durkin)

http://img.over-blog.com/250x334/4/91/79/02/2012/Fevrier/Martha-Marcy-May-Marlene/Martha-Marcy-May-Marlene---Affiche.jpg Elizabeth Olsen irradie de sa beauté fragile dans cette oeuvre troublante, superbement filmée, dont l'atmosphère étreint progressivement le spectateur jusqu'à le perdre dans les méandres d'une personnalité traumatisée. En prime, la présence du génial John Hawkins dans la peau d'un gourou manipulateur et charismatique.

 

X. BELLFLOWER (Evan Glodell)

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTP7gyWleiuQ9xDflm-lvX6CbUEyMzcOfv1ZzGjI7ULOi-7cKbw Objet arty toujours un peu à la limite du clinquant, le parti-pris esthétique de Bellflower est néanmoins toujours justifié par les exigences d'un récit plus profond qu'il n'y paraît, qui restitue en miroir les élucubrations névrotiques et mélancoliques de jeunes paumés qui se rêvent en cinéma. 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les films au pied du classement: Des hommes sans loi (John Hillcoat), Insensibles (Juan Carlos Medina), De rouille et d'os (Jacques Audiard), Miss Bala (Gerardo Naranjo)

 

Meilleur réalisateur de l'année:  Jeff Nichols (Take shelter)

Meilleures scènes de l'année:  les séquences finales de Take shelter, Killer Joe, et Bullhead ; la scène de l'accouchement dans Tabou

Meilleure actrice (ex-aequo):  Jessica Chastain (dans Take shelter) et Corinne Masiero (dans Louise Wimmer) 

Meilleur acteur (ex-aequo):  Michael Shannon (dans Take shelter) et Denis Lavant (dans Holy motors)

Pire film de l'année:  Detachment (Tony Kaye), un pensum démago et indigeste, prétentieux jusqu'au grotesque...

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:34

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Jamais le spectre utopique du cinéma total, si cher aux explorateurs de l'ère du muet, n'aura été aussi prégnant. Baraka est un torrent sensoriel qui dévaste tout sur son passage, traversé par des flux contradictoires qui n'en font qu'accroître la richesse.
Le projet titanesque de Ron Fricke parvient à transmettre ce qu'aucune oeuvre écrite ne saurait être capable de restituer: un panorama global de la Terre selon une logique purement sensitive. Autrement dit, nous faire ressentir, par le biais unique des images et des bruits, la marche du monde. Restituer la vie dans son plus simple appareil, questionner l'homme et son rapport à ce qui l'entoure, établir des connexions entre les différentes entités qui composent la nature, en plongeant au coeur des choses tout en ayant une vision globale. Si Baraka est une forme de cinéma aussi parfaite, c'est avant tout pour sa manière unique d'établir un discours par-delà la parole et la narration classique: loin de se limiter à un diaporama qui enchaînerait des plans tous plus magnifiques les uns que les autres (ce qui n'aurait aucun intérêt), le film suit le fil invisible d'une démarche sensitive et réflexive d'où émergent un discours immanent aux images elles-même et aux liens qu'elles entretiennent entre elles. A travers les quatres coins du monde, Baraka confronte différents systèmes de temporalité (en travaillant sur la vitesse de l'image, notamment), de multiples régimes de formes, de mouvements (fluide, saccadé), d'harmonies ou d'automatismes, d'abondance ou de rareté, qui rendent compte de la variété de notre planète. La vision de Baraka englobe toutes les productions et les occupations de l'homme: les modes de vie, les comportements quotidiens, l'art, la religion, les traditions, la modernité, la manière dont le présent raconte le passé (souvent traumatique) de l'histoire des hommes, et conserve des traces matérielles de cette mémoire à travers l'architecture. Plus dans le détail, le film de Ron Fricke est particulièrement travaillé par la notion du rite au sens large, c'est-à-dire en tant qu'il crée un collectif autour d'une croyance (ou d'une occupation) commune et s'inscrit pleinement dans son environnement, mais c'est pour mieux confronter les différences de vision entre les cultures (les danses exotiques dans les forêts équatoriales, qui témoignent d'une conviction spirituelle, d'un accord avec la nature, agissent en contre-pied du travail à la chaîne dans les usines, que l'on suppose éreintant et aliénant). Baraka propose un somptueux voyage en pleine nature et au milieu des peuplades primitives qui en font encore partie, mais c'est pour mieux en démontrer l'envers. La plongée dans un bidonville brésilien ainsi que le regard sur la ville, où les gens s'entassent et gesticulent comme des fourmis, laissant une poignée de marginaux sur le bord de la route, incapables de suivre la marche frénétique et inhumaine du monde moderne, sont édifiantes. Fricke parvient d'autant plus à susciter l'émotion que, contrairement aux nombreux documentaires fades et impersonnels dont le dernier fameux exemple en date est le Home de Yann Arthus-Bertrand, il va au-delà des plans vus de haut (ou des plans larges en général), et n'hésite pas à suspendre son film sur des gros plans absolument magiques, pour aller au plus près des êtres humains, comme si dans leur visage se manifestait toute la pureté de la nature, comme si dans leurs yeux se reflétaient l'immensité du cosmos. Le cosmos... peut-être l'élément majeur qui sous-tend Baraka. Il suffit d'un travelling avant qui semble littéralement pénétrer dans la tête d'un homme, et de son enchaînement (une succession de plans qui à chaque fois un peu plus se rapprochent des cieux, si bien que dans l'avant-dernier plan, un arbre semble littéralement flotter dans entre les étoiles) pour mettre en évidence, comme rarement un film n'aura eu l'occasion de le faire, l'obsession (consciente ou pas) de l'humanité vis-à-vis de l'infini qui l'entoure.

A la croisée du cinéma documentaire, expérimental et du film contemplatif, Baraka est une oeuvre-monde qui synthétise tout ce que le Septième Art peut apporter.

10/10

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 13:47

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Après presque deux décennies de disette, William Friedkin s'affirme avec Bug et maintenant Killer Joe comme le cinéaste américain des seventies qui s'est le mieux adapté à l'époque actuelle sans jamais trahir sa personnalité et son style. Là où des monstres sacrés comme Scorcese ou Coppola affichent, pour l'un, un certain apaisement, et, pour l'autre, une volonté désuette d'un retour en arrière, Friedkin continue de tracer sa route sans rendre de compte à personne et, à l'approche des 80 ans (!), signe l'une de ses oeuvres les plus féroces.
Si le récit semble emprunter la voie du thriller/policier plutôt classique par certains motifs qu'il s'approprie (la dette à la mafia, le recrutement d'un tueur à gages), il n'en reste pas moins déviant par les enjeux qu'il pose (le projet d'assassiner la mère consentit par tout le reste de la famille, "l'avance" du tueur qui consiste à s'offrir les charmes de la jeune soeur) et le climat qu'il instaure (l'action prend place dans une famille de dégénérés). Friedkin pousse les archétypes (le tueur/flic élégant et au sang-froid terrifiant; la jeune fille vierge, innocente et rêveuse; la belle-mère dépravée, aguicheuse, avide de sexe et d'argent) à leur paroxysme pour mieux inverser la tendance dans la dernière ligne droite du récit (où l'explosion des tensions coïncident avec la cohabitation dans un lieu confiné) et dévoiler l'envers, l'intériorité, le hors-champ, des personnages. Killer Joe excelle à rendre compte de ce microcosme de personnages embarqués dans une spirale vertigineuse de violence sur laquelle ils n'ont aucune prise mais qu'ils pensent pourtant maîtriser: la chute n'en sera que plus brutale. La gestion du rythme, monument de tension qui monte crescendo, ainsi que la puissance des interprètes (Matthew McConaughey, Juno Temple et Gina Gershon en tête), accompagnent cette longue descente aux enfers, sur fond de dynamitage en règle des valeurs familiales (réduites à néant dans un final ahurissant où les individualités prennent le dessus jusqu'à la folie) et de l'amour (quoique l'incertitude du plan de coupe final laisse le soin au spectateur de se faire son opinion). Le plus dérangeant dans Killer Joe, c'est cette capacité du cinéaste à superposer un regard cynique à un récit déjà noir comme l'ébène, de telle manière qu'il en résulte un film extrême qui choque autant qu'il défoule (en agissant comme une catharsis) et provoque le rire (comme mécanisme face à l'incertitude morale). Et c'est bien là que le cinéaste nous met face à nos propres contradictions: oui, l'amoralité nous attire, la violence nous fascine... car elles sont en nous. Voilà pourquoi s'insurger contre une dernière partie soi-disant trop excessive serait méconnaître les enjeux même de ce type de cinéma, et dans le même mouvement les pulsions inhérentes à la nature humaine. Jean-Baptiste Thoret était parfaitement clair sur ce point, dans son livre-somme intitulé Le cinéma américain des années 70: la débauche d'énergie, quand elle est trop longtemps réfrénée, aboutit toujours sur une violence démesurée, donc irrationnelle (d'où ce que certains qualifient de "grand-guignol"). La fin de Bug reposait déjà sur le même schéma: quand des êtres radicaux vont au bout de leur logique, cela prend la forme d'une farce pour le spectateur tiède, alors que c'est justement là que les personnages se révèlent vraiment.

Vous l'aurez compris, Killer Joe n'est pas d'un optimisme salutaire, loin s'en faut. Tout ici n'est que vice, délabrement, bêtise humaine, absence de communication, tensions mal maîtrisées, horizon sans espoir. Mais quoi que les personnages tentent de faire pour s'extirper de la boue, ce sont toujours les pulsions qui auront le dernier mot. Friedkin, fidèle à lui-même, est toujours là pour nous le rappeler, et c'est tant mieux. Grand film.

9/10



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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:08

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Au-delà de la qualité propre du film, il est nécessaire de rectifier cette pseudo-réflexion (pardonnez-moi, le mot est déjà bien trop grand), disons plutôt ce bruit ambiant absurde relayé par une partie de la presse et du public, selon lequel la présence Des hommes sans loi en compétition au festival Cannes était injustifiée, voire imméritée: bref, que son soi-disant trop grand classicisme n'était pas digne d'une représentation aussi voyante à Cannes. Comme s'il y avait une grille de lecture à respecter, un type de profil à garantir, alors que Cannes est réputé pour être un festival transcendant les genres, et qui par là-même se doit d'honorer, non pas un cinéma, mais le cinéma. Si habituellement ce sont les organisateurs qui pêchent par l'élitisme de leur choix (Cannes compte son lot de cinéastes privilégiés, en particulier européens, qui reviennent à chacun de leur film), force est de constater que la sélection d'un film américain traditionnel (réalisé par un quasi-inconnu pour les non-néophytes) dans la compétition témoigne d'un soucis réel de variété, et que, pour une fois, ce sont bien les contestataires qui méritent la Palme d'Or du conservatisme condescendant et hypocrite.
Taxer d'académisme le travail effectué avec Des hommes sans loi serait se méprendre considérablement sur la nature et la portée du projet. Secondé par le singulier Nick Cave, John Hillcoat (The proposition, La route) ne se contente pas de copier des codes et des motifs, il se les réapproprie par le regard bienveillant qu'il pose sur eux. En jouant avec la matière même d'un scénario a priori sans grand intérêt (c'est du vu et re-vu, clameront certains) et la mise en scène trop vite critiquée par son classicisme apparent, le tandem australien offre un hommage vibrant au cinéma américain traditionnel tout en s'autorisant de petits écarts de conduite qui soulignent la modernité du film sans pour autant trahir son amour du cinéma classique. Le décalage du film vis-à-vis de la tradition à laquelle il semble se rattacher (au-delà du fait premier que Des hommes sans loi se situe à la croisée entre le film de gangster et le western) s'opère par saillies. Imprévisibles, ces traits d'humour du récit qui, plutôt que d'envisager avec condescendance ses influences, apporte un recul admiratif vis-à-vis de la substance qui le nourrit. Etonnants, ces instants de pure violence graphique qui surgissent à l'écran sans pudeur aucune (rattachant ainsi le film à la radicalité du cinéma américain des années soixante-dix). Au-delà du récit d'initiation classique (mais par ailleurs fort bien mené), Des hommes et des loi questionne les contradictions de ses personnages principaux. Refusants la modernité (ils veulent agir comme ils l'ont toujours fait), attachés à des principes traditionnels de la société américaine (la cellule familiale), les frères Bondurant apparaissent dans un premier temps comme les vestiges de temps anciens où, après avoir acquis sa part d'espace, l'on était légitime, et donc en règle avec la loi. Seulement, quand les mutations sociales (l'arrivée des flics de la ville) s'en mêlent, et remettent en cause leur principe de vie (leur activité, jusque-là tolérée, devient complètement illégale), il n'y aura d'issue que par la violence. Le film interroge finement les relations entre la légende et la vie réelle: si cette-dernière, par son absurdité, peut "s'auto-mythifier" en quelque sorte, il suffit d'un rien pour que cette même absurdité nous ramène à notre insignifiance (si la rumeur de l'invicibilité de Forrest au combat s'avère réelle -Hillcoat pousse sa logique jusqu'au grotesque-, ce gaillard soi-disant intouchable mourra stupidement d'une pneumonie). Quoique caricaturée, la vision de la ville proposée à travers le personnage de Guy Pearce n'en demeure pas moins éclairante. Si les "campagnards" s'accompagnent d'une dimension animale et instinctive (les grognements inoubliables de Tom Hardy; la tronche crasseuse de Jason Clarke; la logique purement primaire dont ils font preuve par leurs actes de vengeance), l'homme de la ville, dissimulant son instabilité névrotique derrière une élégance douteuse et fétichiste, est l'incarnation la plus proche du Mal absolu, auteur d'une violence calculée et perverse, renforcé par le fait qu'il se sait du bon côté de la loi, et en profite.

Des hommes sans loi est donc, en plus d'un divertissement haut de gamme servi par un casting démentiel et une bande-son exceptionnelle, un film qui pousse son travail formel et thématique bien plus loin que l'on voudrait nous le faire croire, et opère un lien plus qu'intéressant entre tradition et modernité.     

8/10

 

 



 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 17:40

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Après Touristes!, L'Etrange Festival 2012 nous ressert une histoire de couple tueurs, mais cette fois-ci dans une optique de dénonciation d'une Amérique complètement décérébrée. 
God bless América trimballe derrière lui tout un tas d'influences (le motif du couple tueur avec, au choix, Badlands, Bonnie&Clyde,... ; la critique violente d'une télévision comme seul apport culturel et intellectuel de la population, déjà magistralement anticipé en 1976 avec Network) et arrive bien trop tard pour faire preuve d'originalité (la matrice du genre, Tueurs nés, a presque 20 ans). Aussi prendrons-nous ce film comme un rappel et une réactualisation d'un phénomène que l'oeuvre-phare d'Oliver Stone avait parfaitement mise en exergue: la déroute complète d'une Amérique gangrénée de l'intérieur par la société de consommation et les médias, qui propagent la superficialité et la haine aveugle dans le seul but de faire du profit. Pour autant, God bless América prend le pari de se démarquer en adoptant un ton décalé, voire humoristique, qui en fait un pur plaisir coupable. Le dispositif est assez lourd, mais son côté caricatural semble n'être même pas forcé tant l'objet de dénonciation du film est déjà, en soi, une caricature. Après, l'on peu regretter certaines maladresses (le film n'épouse pas un point de vue plus global que celui de l'Amérique, et laisserait même penser au détour d'un dialogue que ce serait mieux ailleurs, avec une réplique sur la France qui, si elle a de quoi flatter l'élan patriotique de certains, ne parvient pas à faire oublier que notre pays "s'américanise" depuis des décennies déjà), une structure trop démonstrative qui ne laisse pas réfléchir le spectateur par lui-même (peut-être pour viser le plus grand nombre), et un travail formel pas forcément à la hauteur dû au manque de moyens (il est difficilement imaginable qu'un tel film ait pu être financé sur le sol américain... vive les petites boîtes indépendantes!), mais l'ensemble tient la route. Les multiples clins d'oeil et autres références à la culture américiane en générale participent à la cohésion d'un projet qui se veut marginal, satirique et éminemment ludique.

God bless América est un pur défouloir, aux mécanismes tout sauf subtils, mais qui fonctionne à plein régime!

7/10

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:59

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Il est de ces oeuvres sur lesquels les conditions de réception ont peu d'impact, tant la proposition de cinéma qui est donnée à voir marque le spectateur. Ainsi, même vu dans une édition DVD indigne (rendu visuel blafard, qualité sonore parfois difficilement audible, doublage français imposé), On achève bien les chevaux reste une oeuvre intense et magistrale; même affublée d'une voix française absolument insupportable, Jane Fonda irradie le film de sa prestence et sa sensibilité.
Adapté du roman éponyme d'Horace McCoy, On achève bien les chevaux est une plongée dans l'Amérique de la Grande Dépression des années 30, qui, comme dans toute grande oeuvre, sert avant tout de prétexte pour dresser un constat plus qu'amer de son époque (les années 70) et traiter de l'humain dans sa globalité. La force du film de Sidney Pollack est inséparable du personnage de Gloria, et par extension son interprète, Jane Fonda. Figure de la beauté féminine que des années de misère ont patiemment détruites, Gloria se démarque dès le départ, avant tout par son âpreté dans la relation aux autres. "Trop souffrir rend aigre", disait Félix Leclerc. Ainsi, pour elle, tout est déjà joué d'avance. Pourtant, la rencontre avec Robert va dans un premier temps prendre la forme d'une lueur d'espoir, mais c'est pour mieux l'étouffer dans l'oeuf. Le récit, traversé de flashs dont on ne comprend qu'à la toute fin qu'il s'agissait en fait de flash-forward, épouse davantage le point de vue du jeune homme (mais ce n'est pas pour autant que la noirceur est nuancée, bien au contraire, la souffrance est partout, jusque dans ce flash-back d'enfance a priori idyllique et qui se termine de manière tragique). Parce qu'il est le seul à s'engager dans ce marathon sans motivation véritable, et que l'on suppose en conséquence qu'il n'a pas un besoin aussi urgent que les autres de la récompense pour survivre, c'est bien lui que les rouages du système doivent briser, pour bien nous montrer à nous spectateurs que même les plus aguerris, les moins "miséreux", peuvent plier. La rencontre avec Gloria, et la fascination qu'elle exerce sur lui, lui donneront progressivement une résistance et une motivation pour continuer ce marathon qui ne pourrait qu'être un jeu pour lui. Seulement, au bout de chemin, il paiera le prix de cette expérience extrême (voir la mer ne lui fait plus aucun effet). Gloria, tellement épuisée par la vie qu'elle ne trouve pas les ressources pour se tuer, demandra à Robert de lui rendre ce "service". Le seul réconfort que l'on puisse trouver dans une conclusion aussi pessimiste réside peut-être dans le fait qu'il s'agit là de l'acte ultime d'amour. On achève bien les chevaux peut aussi se voir comme l'un des premiers films à dénoncer la société du spectacle, qui jette en pâture la misère et la souffrance des autres pour détourner l'attention du spectateur et nourrir ses plus bas instincts (voyeurisme, égoïsme, voire même sadisme). La danse, motif éminemment symbolique de l'élégance et du mouvement gracieux des formes, est ici détournée par le récit pour n'être plus qu'un moyen comme un autre de générer l'épuisement: aux mouvements habituellement agiles et gracieux se substituent des corps vidés d'énergie, qui finissent par se mouvoir de façon totalement désincarnée et automatique. L'organisation de ces marathons de danse se posent en métaphore d'une société obsédée par le profit, dont les instigateurs sont des figures calculatrices pleinement conscientes de ce qu'elles font ("Ils viennent voir la misère des autres pour oublier la leur", dit l'animateur dans les coulisses à propos des spectateurs) mais qui décident de mettre leur humanité au placard, et dont l'entreprise réside dans la lente destruction des plus faibles, ou disons plutôt, des plus marginalisés du système.

Jusqu'à un certain point, l'on voudrait croire que la noirceur ambiante sera nuancée par une victoire finale tant espérée du couple principal, mais les dernières minutes, encore plus sombres que tout ce qui a précédé, viennent littéralement enterrer les rêveries naïves du spectateur. Par sa façon d'aller au bout des choses, de refuser le sentimentalisme et le happy-end, On achève bien les chevaux s'inscrit clairement dans cette mouvance désenchantée du cinéma américain des années 70. On achève bien les chevaux, quand ils souffrent trop. Et pourquoi pas les hommes?

8/10

 

 

 

 

 



 

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 14:02

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Pour peu que l'on se fie à l'accroche sensationnaliste (et déjà trop explicative) de l'affiche du film et que l'on connaisse un minimum les thématiques chères à Pascal Laugier, le spectateur envisage déjà le début de The secret en doutant de ce qui est montré. Pour autant, le film parvient aisément à dépasser le stade de la simple structure ostentatoire entièrement régie par la succession de twists que laissait suggérer sa campagne promotionnelle.
Le film dans sa globalité est plutôt bien filmé, bien joué, et le puzzle narratif tient la route au-delà des fragilités inhérentes à ce genre de récit à tiroirs (tout comme Sixième sens, mais dans une moindre mesure, le film partage cette invraisemblance aussi criticable que prétexte à des interrogations vertigineuse sur la texture même de l'ellipse narrative, à savoir: comment le film peut-il continuer imaginairement au-delà de ce qu'il filme sans sacrifier sa cohérence? Les situations présentées sont-elles possibles entre les lignes du récit? Autrement dit, l'ellipse n'est-elle pas une facilité pour masquer la proposition incohérente du scénario?). Après une première partie (et un générique) lorgnant sur les séries B d'horreur à la Stephen King, le récit de The secret, comme celui de Martyrs, prend un virage imprévu à mi-parcours. Le dernier rejeton de Pascal Laugier s'inscrit en effet dans une continuité vis-à-vis de son prédécesseur: s'ils partagent la même structure, leurs thématiques sont également communes (l'idée d'une réalité inavouable toujours masquée derrière les apparences, avec le motif de l'organisation secrète; les agissements ambigus des personnages principaux, figures qui dépassent la sempiternelle frontière Bien/Mal). Le puzzle narratif invite à s'interroger sur la notion du point de vue, et de la manière dont il peut être conditionné par les apparences et influence à son tour la réflexion du spectateur. Dans The secret, chaque personnage, chaque maison, chaque élément banal est susceptible de dissimuler un envers bien plus sombre et torturé, mais, et c'est ce qui fait aussi l'intérêt de l'entreprise de Laugier, l'inverse est également vrai. Ainsi, avec son nouveau film qui, rappelons-le, est sa première expérience américaine, Pascal Laugier surfe sur la vague d'un genre fondamental et codifié du cinéma américain (le film d'horreur), pour mieux le pervertir par une bonne dose d'incertitude morale. Ici, et le spectateur le découvre progressivement, pas de bons, pas de méchants, juste des gens qui tentent de survivre et d'autres qui tentent de rendre le monde moins déséspéré. Aussi la scène finale a de quoi déranger en ce sens que l'on soupçonne Laugier, par l'intermédiaire de la voix-off, de prendre parti. 

En désamorçant totalement le manichéisme inhérent à ce genre de production, The secret trouve là sa profonde raison de vivre. C'est ce qui en fait tout l'intérêt, mais il n'est pas certains que les spectateurs américains le voient de la même façon...

7/10

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 22:06

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Avec ses deux personnages principaux qui partent en vacances et qui sont prêt à tout pour ne pas être emmerdés, Touristes! s'apparente à une version à la fois amusante, décalée et cradingue de tous ces films mettant en scène un couple de tueurs (Badlands, Bonny&Clyde, Tueurs nés,...).
Avec son dernier film, Ben Wheatley change de registre et convainc davantage que Kill List, ovni aussi creux qu'harassant plébiscité un peu partout et réalisé un an auparavant. Pourtant, à y regarder de plus près, Touristes! partage pas mal de points communs avec son prédecesseur: même volonté de dévoiler la face cachée des êtres humains (seulement, ici l'effet est bien moins opportuniste, relevant davantage d'une évolution du personnage - aussi mécanique soit-elle - que d'un twist final foireux), même attirance pour le mélange des genres (le récit est un peu fourre-tout, mais l'humour omniprésent rend Touristes! bien plus jouissif que l'épuisant Kill List) et la violence graphique. Ici, le scénario est par contre classique et prévisible (l'on anticipe aisément dans un premier temps que si l'homme n'est pas très clair, c'est bien la femme qui, au final, se révélera la plus dangereuse), et qu'importe si Wheatley a parfois recours à des lieux communs (la figure maternelle étouffante) puisque ceux-ci sont finalement éclipsés par des thématiques plutôt intéressantes (la déréalisation totale de la femme envers la violence: dès le premier meutre, elle réagit déjà de manière anormale; les assassinats comme conséquence d'une volonté de se démarquer des autres). La structure de Touristes! n'échappe pas à la suite de vignettes ressassant à l'infini les mêmes enjeux (une rencontre, un assassinat), mais malgré tout, l'on finit par se prendre au jeu. Est-ce l'implication réelle des acteurs? Le rythme décalé de la mise en scène, soutenu par une bande originale de qualité? Toujours est-il qu'au-delà des facilités et des effets de manche qui caractérisent le style Wheatley, il serait hypocrite de ne pas avouer que Touristes! fait passer un bon moment au spectateur.

Avec Touristes!, Ben Wheatley s'est assagi et ne prend plus ses spectateurs pour des dégénérés en quête d'expériences épileptiques. Il ne lui reste plus maintenant qu'à dépasser le stade du simple exercice de style pour prétendre à sortir du lot...

7/10

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  • : La longue élaboration de ce blog de critiques cinématographiques est le témoignage de ma passion pour le Septième Art. J'écris ces critiques davantage pour partager mon point de vue sur un film que pour inciter à le voir. Ainsi, je préviens chaque visiteur de mon blog que mes critiques peuvent dévoiler des éléments importants de l'histoire d'un film, et qu'il vaut donc mieux avoir préalablement vu le film en question avant de lire mes écrits.
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  • Depuis très jeune, l'art est omniprésent dans ma vie: cinéma, musique, littérature... Je suis depuis toujours guidé par cette passion, et ne trouve pas de plaisir plus fort que de la partager et la transmettre aux autres.
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